Les SuicideGirls, mieux que S.O.S Amitié

Au début des années 2000, le Toxic de Britney Spears tournait en boucle sur MTV, Les Frères Scott et Malcolm squattaient le petit écran et les baggies étaient à la mode... Mais cette décennie a également vu un nouveau phénomène érotico-artistique naitre aux U.S.A sous le doux nom de SuicideGirls. En voici les grandes lignes.
Posté par Thomas Ducres le 17 novembre 2022
Casser les normes

« Il y a 20 ans, il n'y avait vraiment que deux types de belles femmes qui étaient représentées. Il y avait soit le top-modèle blond, mince, naïf, de type Kate Moss, soit le fantasme plantureux et renforcé de silicone à la Pamela Anderson et il y avait très peu de choses entre les deux » clame la photographe Selena Mooney (connue aussi sous le blaze de Missy Suicide) pour expliquer les raisons qui l'ont conduites à créer son site internet en 2001. Et c'est un parcourant des vieux magazines jaunis où figurait la légendaire Betty Page qu'elle s'est dit qu'une autre représentation de la féminité était nécessaire. S'inspirant des sub-cultures de l'époque (skatecore, punk, émo-goth, etc...), Missy Suicide propose dès lors des sets de photos avec des modèles hors des stéréotypes en cours, qu'elle appellera « SuicideGirls ». Par ailleurs, l'appellation de SuicideGirls vient d'une expression tirée du bouquin SURVIVOR (1999) de Chuck Palahniuk pour décrire « des filles qui ont choisi de se suicider socialement en ne s'intégrant pas ». Le ton est donné : badass, provocateur, agressif et fait la part belle esthétiquement aux tatouages, piercings, teintes capillaires en tout genre, avec des références geeko-alternatives très marquées. Mais n'allez pas chercher du porno hardcore dans leur imagerie, ici, c'est avant tout le nu érotique qui est de mise.

Infusion dans la pop culture

Il faut donc voir les SuicideGirls comme une immense communauté de pin-ups DIY et underground. Après avoir été sélectionnées par le board, celles-ci doivent suivre un protocole assez précis quant à leur set de photos, pièce maîtresse du site : composé de 40 à 60 images, il commence avec avec le modèle entièrement vêtu et finit avec lui entièrement nu, la nudité commençant dans le premier tiers du set. Et ce qui rend ces shooting particulièrement uniques et originaux pour l'époque, c'est que ce sont les modèles, et non les photographes, qui prennent littéralement les décisions. Cette émancipation du « female-gaze » rencontre assez vite son petit succès, et l'accès du site devient majoritairement payant pour les membres. De plus, toute une communication « activiste » fait peu à peu connaître leur credo au grand public. Par exemple, un groupe de fans appelé la « SuicideGirls Army » s'est amusé à peindre leur logo (un gros SG en rose) sur les murs ou les voitures de police, des performances burlesques (The SuicideGirls Blackheart Burlesque) ont sillonné les États-Unis et ont même fait les premières parties de Gun's and Roses et de Courtney Love. Hollywood et les médias s'intéressent progressivement à elles et les intègrent dans leurs émissions ou dans leurs séries (on pense ici au personnage de Dani California dans Californication). En 2015, le site SuicideGirls est au sommet de sa gloire : avec plus de 5 millions de visiteurs mensuels, les SuicideGirls se comptent par milliers et les « Hopefuls » (celles qui aspirent à devenir modèles) par centaines de milliers. Notons également pour l'anecdote qu'elles sont présentes sur tous les continents – même en Antarctique.

Un nouveau cliché ?

Mouvement érotique, esthétique, sociétal, nous pouvons aussi percevoir chez les SuicideGirls une bonne dose de féminisme, bien que celui-ci soit remis en question par une frange des militantes anti-porn. Pour Eloria, SuicideGirl française interviewée par le site Buzz On Web en 2021 : « Selon certaines personnes, le fait de partager des photos de nu en majorité regardées par des hommes est antiféministe. Pour les filles du site (et pas seulement elles), le principe même de faire ce que l'on veut, à savoir ici partager des photos de nu, même si ce n'est pas ce qu'on attend de nous, c'est ça être féministe. » Bien que nous ne trancherons pas ce débat, il est cependant certain que les SuicideGirls ont ouvert la porte à toute une imagerie émancipatrice et mis une certaine idée du girl power (so 2000's) au centre de l'attention. Mais avouons-le, voir une babe tatouée sur Internet aujourd'hui est presque devenu un lieu commun et la charge subversive de ces représentations n'est plus la même qu'il y a 20 ans. Et c'est sans doute là le signe paradoxal de la réussite de leur entreprise : avoir normalisé ce qui ne l'était pas avant elles, processus implacable de la grande « mainstreamisation ». En définitif, le suicide social est de nos jours ailleurs : les SuicideGirls ont malgré elles fini par s'intégrer... 

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