Les 10 actrices et acteurs de séries qui ont fait l’année 2021

Posté par Alexis Lebrun le 28 décembre 2021
Signe que les douze derniers mois ont été riches en performances mémorables, la concurrence pour obtenir ne serait-ce qu’une nomination à un prix d’interprétation dans les différentes cérémonies n’a jamais été aussi féroce. La preuve avec ces 4 acteurs et 6 actrices qui ont beaucoup fait parler d’eux en 2021 sans forcément être récompensés, mais qui méritent bien une place dans notre cœur et dans cette liste.
Laetitia Kerfa (Validé)

En 2020 déjà, la série de Franck Gastambide avait révélé au grand public les talents d’acteur et de rappeur d’Hatik, solide rôle principal de la première saison phénomène de Validé. Après son départ pour les raisons scénaristiques que l’on connaît (pas de spoiler), la pression qui pesait sur les épaules de sa successeuse était immense. Pour sa saison 2, Validé a eu la bonne idée d’opter pour une héroïne, et celle-ci a été magnifiquement interprétée par Laetitia Kerfa, rappeuse encore inconnue du grand public il y a quelques mois.

Après avoir impressionné Franck Gastambide, venu voir son seul en scène, celle qui se fait aussi appeler Original Laeti a écrasé le casting puis saisi parfaitement sa chance pour sa première vraie expérience d’actrice. On se souviendra longtemps du visage lumineux de Lalpha, son double de fiction grâce à qui Validé a intelligemment abordé la place des femmes dans le milieu du rap français. On peut en dire autant de ses quelques morceaux composés pour les besoins de la série, prometteurs pour la suite de sa carrière de rappeuse. Et si une saison 3 de Validé n’est pas encore à l’ordre du jour, on imagine qu’on la reverra bientôt dans d’autres rôles sur grand ou petit écran. En un mot, c’est ce qui s’appelle une révélation.

Validé saisons 1 et 2, disponibles sur CANAL+.

Aidy Bryant (Shrill)

Elle n’est pas une débutante, bien au contraire. En 2021, l’actrice et humoriste américaine a fait ses adieux à sa série après une troisième saison aussi réussie que les deux premières. Et après avoir été ignorée pendant plusieurs années par les cérémonies de remise de prix, Aidy Bryant a enfin reçu une nomination méritée aux Emmy Awards pour son travail en tant qu’actrice sur Shrill, comédie unique en son genre où elle s’est mise en scène dans la peau d’une jeune femme en surpoids qui tente de surmonter la grossophobie qu’elle subit quotidiennement et un peu partout dans sa vie.

On a adoré suivre pendant trois ans les aventures souvent tristement drôles d’Annie, cette journaliste qui se libère progressivement de toutes les entraves pour exprimer son potentiel face à l’adversité, mais qui n’est pas pour autant le cliché aussi répandu qu’agaçant de l’héroïne parfaite (sauf dans sa garde-robe, irréprochable). On le sait depuis ses débuts dans le Saturday Night Live, Aidy Bryant est une femme extrêmement drôle, et outre ses talents d’actrice, cela s’est aussi confirmé dans la subtilité d’écriture des 22 épisodes de Shrill, dont l’humour volontairement malaisant se doublait toujours de réflexions pertinentes.

Shrill saisons 1 à 3, disponibles sur CANAL+.

Ethan Hawke (The Good Lord Bird)

En matière d’interprétations jusqu’au-boutistes, l’année avait commencé fort grâce à l’acteur qui donnait autrefois la réplique à Julie Delpy dans la trilogie Before culte. Rarissime sur le petit écran, Ethan Hawke a bien choisi la première série dans laquelle il tient le rôle principal. Dans The Good Lord Bird, il incarne une figure de l’abolition de l’esclavage, le controversé John Brown, qui ferraillait avec les esclavagistes dans les années 1850, période du « Bleeding Kansas » qui précède de peu la guerre de Sécession. Personnalité volcanique à la conviction inaltérable, brûlant d’un feu intérieur, John Brown est ici ressuscité par un Ethan Hawke en état de grâce.

Littéralement possédé, l’acteur parvient à rendre compte de la dimension ambivalente de ce personnage parfois drôle, parfois exaspérant, mais toujours touchant et fascinant, capable d’éructer sans fin la Bible dans sa barbe en plein combat pour galvaniser ses troupes et lui-même. Pour ce rôle, Hawke a été snobé de façon complètement incompréhensible par les Emmy Awards, mais l’essentiel est ailleurs : The Good Lord Bird est une grande série, et tout le monde sait grâce à qui.

The Good Lord Bird épisodes 1 à 7, disponibles sur CANAL+.

Bryan Cranston (Your Honor)

Comme Ethan Hawke, Bryan Cranston a été nommé aux Golden Globes cette année, et comme lui, il est reparti bredouille face à Mark Ruffalo (I Know This Much Is True), ce qui n’a évidemment rien de honteux. Cela étant, l’acteur devenu une star grâce à Breaking Bad (Netflix) était attendu au tournant pour son grand retour dans un premier rôle de série, et sa prestation dans Your Honor n’a pas déçu

En incarnant un juge important de La Nouvelle-Orléans qui décide de prendre tous les risques pour protéger son fils – coupable de délit de fuite après avoir déjà causé la mort du rejeton du baron de la pègre locale –, Bryan Cranston est de nouveau entré dans la peau d’un personnage difficile à aimer et confronté cette fois à des dilemmes impossibles en tant que père et homme de loi. Car si le fils du juge échappe à la justice grâce à son père, d’autres personnes innocentes doivent forcément trinquer pour ses actes et étancher la soif de vengeance du parrain de la mafia, ce qui enclenche une mécanique macabre. Avec Your Honor, Bryan Cranston est ainsi parvenu à s’attaquer au privilège blanc et au racisme systémique, ce à quoi on ne s’attendait pas à l’annonce de la série, renouvelée pour une deuxième saison. Bravo.

Your Honor épisodes 1 à 10, disponibles sur CANAL+.

Michael C. Hall (Dexter : New Blood)

En matière de retours très attendus par les fans, il était difficile de dépasser cette année les attentes suscitées par la nouvelle mouture des aventures sanglantes de Dexter Morgan. Huit ans après une fin ratée qui laisse encore à peu près tout le monde perplexe, la série de Showtime a opéré un retour aussi inespéré que réussi avec Dexter : New Blood, nouvelle saison qui prend place dix ans après la conclusion tristement célèbre de la série d’origine.

Si le décor a évolué (exit le soleil et la plage de Miami, bonjour la forêt et la neige de la côte est), de même que le nom du héros (Dexter a changé de vie et d’identité), Michael C. Hall est resté quasiment le même, et il n’a visiblement eu aucun mal à retrouver ses marques dans la peau du tueur en série le plus célèbre du petit écran. Bien aidé par le retour du showrunner des meilleures saisons de la série (Clyde Phillips), l’acteur a réussi à effacer quelque peu le souvenir du premier final scandaleux de Dexter, ce qui n’est pas un mince exploit. Et un personnage vieux de quinze ans que l’on croyait perdu pour toujours se retrouve même peut-être encore avec un avenir sur le petit écran. Pas loin d'être un miracle de Noël.

Dexter saisons 1 à 8 et Dexter : New Blood épisodes 1 à 10, disponibles sur CANAL+.

Murray Bartlett (The White Lotus)

Dans la catégorie des acteurs qu’on n’attendait pas, Murray Bartlett a sans doute réussi le hold-up de cette année 2021. Entouré d’un casting brillant, constitué de noms expérimentés (Connie Britton, Jennifer Coolidge) ou en pleine ascension (Sydney Sweeney, Alexandra Daddario), l’acteur australien a crevé l’écran et volé la vedette à tout le monde avec son interprétation délicieusement hilarante d’Armond, le gérant gay de l’hôtel de luxe de The White Lotus. Constamment martyrisé par les exigences de richissimes clients mais obligé de conserver un improbable sourire Colgate quoi qu’il arrive, son personnage a illuminé notre été.

Et si à l’heure des bilans, The White Lotus est clairement l’une des meilleures séries de l’année, c’est en grande partie grâce à lui et ce rôle déjà culte. Rien que pour la délectable façon dont il prononce « Pineapple Suite », il faut voir ce nouveau chef-d’œuvre HBO où la cringe comedy est au service d’une critique féroce des classes supérieures de la société américaine, via notamment la façon dont elles perçoivent Hawaii et le personnel de l’hôtel. Bonne nouvelle : il y aura une deuxième saison de The White Lotus. Mauvaise nouvelle : ce sera sans Murray Bartlett.

The White Lotus épisodes 1 à 6 sur OCS, disponible avec CANAL+.

Kate Winslet (Mare of Easttown)

En parlant de chef-d’œuvre HBO, comment ne pas évoquer la série qui a été l’un des plus gros chocs de cette année ? Le fait que Kate Winslet remporte un nouvel Emmy Award pour son rôle dans Mare of Easttown est presque anecdotique pour elle, tant son armoire à trophées déborde déjà, et tant sa performance ahurissante n’a pas besoin d’un prix pour qu’on se rende compte qu’il s’agit de l’une des meilleures de sa carrière déjà assez hors du commun.

En incarnant une détective abîmée par la vie, un personnage féminin complexe comme on en voit encore trop rarement à la télévision, Kate Winslet a signé un retour triomphal sur le petit écran, dix ans déjà après son succès avec une autre mini-série HBO, Mildred Pierce (OCS). Rien qu'avec sa présence physique impressionnante et son travail remarquable sur un accent caractéristique de la région de Philadelphie, Kate Winslet a porté la série sur ses épaules et donné une consistance saisissante à son rôle, sans pour autant écraser le reste du casting, également brillant et récompensé (Julianne Nicholson, Evan Peters, Jean Smart). Une grande actrice pour une grande série.

Mare of Easttown épisodes 1 à 7 sur OCS, disponible avec CANAL+.

Kaley Cuoco (The Flight Attendant)

Après des années passées dans le costume trop petit pour elle de Penny dans The Big Bang Theory (Netflix), l’actrice californienne a enfin réussi à se libérer de ce personnage très limité pour jouer un rôle à la hauteur de son talent. Après avoir acheté les droits d’adaptation du roman The Flight Attendant (Chris Bohjalian, 2018), Kaley Cuoco est devenue l’une des productrices de cette adaptation très réussie en série dont elle tient le rôle principal. Elle y interprète une hôtesse de l’air dont le penchant un peu trop prononcé pour l’alcool va avoir de graves conséquences, puisqu’elle se réveille à côté d’un homme assassiné sans se souvenir correctement de la soirée de la veille.

L’actrice comme la série passent sans cesse – et avec succès – d’un registre à l’autre, ce qui fait de The Flight Attendant l’une des créations les rafraîchissantes de cette année 2021. Entre thriller, drame, comédie noire et film d’espionnage à suspense, on ne sait pas trop comment classer ce que l'on voit, mais peu importe : cette série très pop et survitaminée est un écrin idéal pour permettre à Kaley Cuoco de montrer toute l’étendue de sa palette d’actrice, et d’obtenir une reconnaissance méritée : l’actrice et la série ont été nommées aux Golden Globes.

The Flight Attendant épisodes 1 à 8 sur Warner TV, disponible avec CANAL+.

Elizabeth Olsen (WandaVision)

2021 a été marquée par l’arrivée des premières séries Marvel Studios sur Disney+, avec pas moins de quatre créations pour le petit écran. Si Hawkeye et surtout Loki n’ont pas démérité, loin de là, la série qui continue de nous hanter est incontestablement la première sortie, celle qui reste aussi l’une des plus grosses surprises de l’année : WandaVision. Bien sûr, il est un peu cruel d’écarter Paul Bettany et surtout Kathryn Hahn de cette liste, tant ils mériteraient aussi d'y figurer. Oui mais voilà, WandaVision est d’abord et avant tout une série qui réhabilite le personnage de Wanda Maximoff, si souvent maltraité ou négligé dans les films du MCU.

On a beaucoup écrit sur le scénario renversant de la série, et son écho particulier en cette période de pandémie, mais on a sûrement insuffisamment loué la qualité de l’interprétation d’Elizabeth Olsen, bouleversante dans le rôle de cette super-héroïne qui peine à faire son deuil. Capable de nous faire passer du rire aux larmes en quelques instants dans le même épisode, l’actrice a aussi réussi avec une aisance déconcertante à briller dans tous les styles de sitcoms explorés par la série pendant ses neuf épisodes. Et dire qu’Elizabeth Olsen comme WandaVision ont été complètement snobés par les Emmy Awards…

WandaVision épisodes 1 à 9 sur Disney+, disponible avec CANAL+.

Margaret Qualley (Maid)

Comme Elizabeth Olsen, on sait depuis longtemps que la fille d’Andie McDowell a un talent fou. On l’avait découverte en 2014 dans The Leftovers (OCS), sûrement la plus grande série des années 2010, avant que Fosse/Verdon (CANAL+) puis Once Upon a Time… in Hollywood (Quentin Tarantino, 2019) ne la propulsent dans une autre dimension. Rien de surprenant donc à voir aujourd’hui Margaret Qualley mener une excellente série Netflix, qui plus est d’utilité publique, mais à ne pas mettre pour autant devant tous les yeux.

Si les dix épisodes de Maid sont souvent très difficiles à regarder, c'est parce que la série aborde frontalement et avec une intelligence rare le sujet on ne peut plus délicat des violences conjugales et de l’emprise psychologique. Margaret Qualley y est absolument déchirante en jeune mère courage qui tente de refaire sa vie en partant de très bas, après avoir subi l’innommable et vu ses rêves brisés. Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à l’éclosion à la télévision d’une future star, mais à la vue de sa prestation dans Maid, on peut arguer qu’à seulement 27 ans, l’actrice américaine en est déjà une.

Maid épisodes 1 à 10 sur Netflix, disponible avec CANAL+.