American Rust : plongée dans l’Amérique désenchantée des cols bleus

Posté par Alexis Lebrun le 18 novembre 2021
Doté d’un casting prestigieux et adapté d’un roman à succès, ce polar social du scénariste Dan Futterman s'intéresse aux déclassés d’une certaine classe moyenne américaine et blanche, celle qui habite la « Rust Belt » touchée par les délocalisations de l’industrie de la métallurgie.
De rouille et d’os

Le shérif Del Harris (Jeff Daniels) est un homme fatigué. Ce vétéran de la guerre du Golfe est encore hanté par ses souvenirs du premier conflit irakien, responsables de sa forte addiction aux opiacés. Alors qu’il approche du crépuscule de sa carrière de flic dans un trou perdu de Pennsylvanie, il s’accroche quand même à l’espoir de séduire Grace (Maura Tierney), une mère célibataire qui s’abîme la santé dans une usine de confection textile pour essayer de ne pas être expulsée de son mobile home, dont elle a bien du mal à payer les factures.

Elle vit avec son fils Billy (Alex Neustaedter), un jeune adulte passé à côté d’une carrière sportive prometteuse et qui semble coincé dans cette petite ville industrielle fictive nommée Buell. Cette situation déjà pas folichonne prend un tournant dramatique quand Billy est accusé du meurtre d’un ancien collègue du shérif, et que ce dernier est confronté à un dilemme. Doit-il aider ce suspect par amour pour sa mère, ou doit-il faire abstraction de ses sentiments et mener l’enquête normalement, au risque de finir seul et malheureux, mais avec la conscience tranquille ? Dans une ville laissée à l’abandon comme Buell, il n’est pas toujours évident de faire les bons choix, surtout quand on n’a pas grand-chose à perdre.

Les oubliés de la mondialisation

Série très sombre, American Rust met en scène ceux que l’on appelle communément les déclassés de l’Amérique, ces classes moyennes ouvrières livrées à elles-mêmes dans la « ceinture de la rouille » du nord-est des Etats-Unis, après la fermeture des aciéries délocalisées au Mexique ou en Chine. Cette Rust Belt est principalement composée de quatre Etats : le Michigan, l’Ohio, le Wisconsin et donc la Pennsylvanie, où la série prend place – les épisodes ayant été tournés dans les environs de Pittsburgh. Ici, le chômage atteint des sommets, le prix de l’immobilier s’effondre et la population fuit la région, des phénomènes illustrés par les personnages d’American Rust, qui se débattent avec un quotidien sinistre sans perspectives.

Difficile de ne pas voir en filigrane une série qui tente de comprendre les ressorts du ressentiment de l’Amérique trumpiste, la Pennsylvanie faisant partie comme les trois autres Etats de la Rust Bult cités ci-dessus de l’ancien « blue wall » démocrate et col bleu tombé dans l’escarcelle de Donald Trump en 2016. Mais l’intrigue d’American Rust est bien antérieure à cet événement, puisqu’elle est adaptée du roman éponyme publié en 2009 par Philipp Meyer, et paru en français avec le titre Un arrière-goût de rouille.

Un grand couple d’acteurs

Cette adaptation a été confiée à Dan Futterman, un scénariste rare mais qui fait généralement mouche, puisqu’il a été nommé aux Oscars pour deux excellents films de Bennett Miller : Capote (2005) et Foxcatcher (2014). Ses choix en matière de séries ne sont pas mal non plus, puisqu’il a aussi bossé sur En Analyse (OCS), Gracepoint (2014) et The Looming Tower (2018). On retrouve d’ailleurs dans cette dernière Jeff Daniels, l’acteur principal d’American Rust, également vu récemment sur le petit écran dans The Comey Rule (CANAL+), après Godless (Netflix) et The Newsroom (OCS), deux séries pour lesquelles il a été sacré aux Emmy Awards.

Le couple qu’il forme avec Maura Tierney est le plus gros point fort d’American Rust, tant l’actrice révélée pour son rôle dans Urgences est aujourd’hui au sommet de son art, après avoir enchaîné les bons choix. Rien qu’en matière de séries, elle a joué entre autres dans The Good Wife, The Affair (CANAL+) et dernièrement dans Your Honor (CANAL+). Il faut ajouter à ce duo l’inévitable Mark Pellegrino (Supernatural, Dexter, Lost, 13 Reasons Why...) et surtout le très bon Bill Camp, lui aussi présent dans The Looming Tower, mais qui est de toute façon dans tous les bons coups (The Night Of, The Leftovers ou très récemment The Queen’s Gambit et The Outsider). Avec un casting pareil, la traversée très dure d'une Amérique ordinaire en détresse proposée par American Rust se fait heureusement en très bonne compagnie.

American Rust épisodes 1 à 9, disponibles le 25 novembre sur CANAL+.