Landscapers, la dernière pépite british avec Olivia Colman

Posté par Alexis Lebrun le 13 juin 2022
Vous pensez que les polars britanniques ne peuvent plus vous surprendre parce que vous connaissez par cœur leur recette ? Détrompez-vous : dans Landscapers, deux des meilleurs acteurs de sa majesté s’en donnent à cœur joie en jouant un couple responsable d’un crime sordide, devant la caméra d’un jeune réalisateur audacieux qui fait exploser les codes du genre.
Monsieur et madame Tout-le-monde, vraiment ?

C’est une affaire criminelle qui a marqué le Royaume-Uni il y a une dizaine d’années. En 2012, la police britannique reçoit un tuyau pour le moins perturbant, puisqu’une femme les informe que deux personnes âgées disparues depuis une quinzaine d’années sont en réalité enterrées dans le jardin d’une maison à Mansfield, dans le comté de Nottinghamshire. En bonus, cette femme indique qu’elle tient cette info de son beau-fils, Christopher Edwards, exilé en France avec sa femme Susan justement depuis la disparition des parents de cette dernière en 1998.

Et pour cause : les deux corps déterrés sont bien ceux des géniteurs de Susan, William et Patricia Wycherley. La culpabilité du couple Edwards ne fait pas trop de doute – ils seront condamnés à la perpétuité en 2014 –, et ce n'est d’ailleurs pas vraiment le propos de Landscapers, même si les quatre épisodes reconstituent tout de même l’enquête policière, puisque la série démarre au moment de la dénonciation en 2012 pour se terminer au procès en 2014.

L’ensemble est agrémenté de nombreux flashbacks qui multiplient les temporalités et permettent notamment de remonter à l’époque des faits et de la fuite en France des deux époux, partis après avoir vidé leurs comptes en banque et ceux de leurs victimes. Ce qui intéresse davantage Ed Sinclair, le créateur et scénariste de la série, c’est donc d’abord cette relation amoureuse à la vie, à la mort entre Christopher et Susan, deux personnes très douces en apparence, et que personne ne soupçonnerait d’un double meurtre avec préméditation.

Mais on le réalise vite, il s’agit aussi d’un couple de marginaux ayant perdu le contact avec la réalité depuis longtemps. Malgré leurs difficultés financières – c’est pour demander de l’argent à sa belle-mère que Christopher avoue pour la première fois le crime –, ils dépensent quasiment sans compter pour leur passion : les vieux souvenirs sur un Hollywood fantasmé, et plus particulièrement l’âge d’or des westerns.

Entre les frères Coen et David Lynch

Pour incarner ces personnages aussi étranges que leurs actes sont odieux, il fallait deux acteurs capables de jouer et  de passer du pathétique au sordide sans oublier l’émotion ou l’absurde, et souvent tout cela à la fois. Face à cette gageure, David Thewlis et Olivia Colman sont simplement extraordinaires. Avec ses mimiques faciales indescriptibles et sa diction reconnaissable entre mille, le premier rappelle à quel point il est un acteur sous-estimé. Et depuis sa prestation inoubliable dans le rôle de V. M. Varga, le grand méchant doucement terrifiant de la saison 3 de Fargo (Netflix), on sait qu’il est taillé pour les rôles inquiétants dignes des comédies noires des frères Coen, à qui on pense justement très souvent devant l’intrigue et les personnages absurdes mais étrangement attachants de Landscapers.

Quant à Olivia Colman, il est presque inutile de chanter ses louanges, tant la Britannique oscarisée pour une autre comédie noire, La Favorite (Yórgos Lánthimos, 2018) est déjà considérée à juste titre comme l’une des meilleures actrices en activité. Outre son rôle mondialement connu de la Reine Elisabeth II dans deux saisons de The Crown (Netflix), elle avait aussi joué dans l’excellente série Flowers (Netflix), réalisée par la même personne que Landscapers : Will Sharpe. Après avoir déjà fait la démonstration de sa maîtrise technique dans son premier long-métrage, La Vie Extraordinaire de Louis Wain (CANAL+), avec Benedict Cumberbatch et Claire Foy, le voilà qui remet ça dans une série.

C’est aussi grâce à lui si Landscapers est un ovni qui se démarque tant du tout-venant des polars britanniques, car sa mise en scène épouse la psychologie dérangée de ses personnages pour varier les couleurs, les effets, les formats d’image, les incrustations et les filtres hallucinogènes, au point que le mystère de la série tourne parfois au mystique et peut même lorgner du côté du chef-d’œuvre de David Lynch, Twin Peaks (CANAL+). Si seulement ça pouvait durer plus longtemps…

Landscapers épisodes 1 à 4, diffusés à partir du 13 juin sur CANAL+.