OUSSEKINE, la série qui appuie où ça fait mal

Posté par Marc Larcher le 19 mai 2022
En racontant dans le détail comment des policiers ont battu à mort un jeune arabe en 1986 avant de le nier, la série diffusée sur Disney+ crée l’événement. Un tabou français vient de tomber.
Un crime d’Etat sorti de l’oubli

L’affaire Oussekine était bel et bien enterrée depuis des lustres, une immense majorité de Français avait oublié qu’en marge de manifestations étudiantes, un passant, un jeune homme d’origine maghrébine avait été massacré à coups de matraque par des policiers dans un hall d’immeuble parisien en 1986. Et que la révélation de cette mort avait fait trembler la République, l'Etat craignant même un nouveau mai 1968. Même le nom de Malik Oussekine n’évoquait plus rien pour beaucoup de citoyens. Ça c’était avant qu’en toute discrétion, le réalisateur Antoine Chevrollier, passé à la bonne école du  Bureau des Légendes et de  Baron Noir, ne s’empare de l’affaire pour la reconstituer avec brio.

Un travail aussi précis qu’émouvant

Il fallait beaucoup de tact pour redonner vie à un épisode traumatique de l’histoire française, du courage pour le mettre sous les yeux d’un pays qui a préféré l’oublier et du talent pour ne pas créer un simple drame tire-larmes ou un brûlot à charge contre la police française. Oussekine évite tous ces écueils en choisissant l’angle de la famille et de comment elle a vécu un drame dont elle ignorait tout tant la police a voulu le dissimuler. Cette mini-série de quatre épisodes d’une heure prend donc son temps, permet au spectateur d’apprivoiser chacun des membres de la famille, le grand frère très occupé par les affaires, la sœur amoureuse d’un policier, la mère dépassée par les événements et concentrée sur le cocon familial, un autre frère qui veut à tout prix savoir ce qu’il se passe lorsque le jeune Malik ne reparaît pas. On sent dès les premiers instants qu’un travail colossal de documentation et de dialogue avec les vrais membres de la famille Oussekine et les témoins de l'époque  a été effectué. De la même manière, la reconstitution du Paris des années 80 est remarquable et surtout pas trop voyante, un travers fréquent pour les séries revenant dans le passé. Les personnages du second cercle, en particulier les policiers voltigeurs motorisés responsables du crime et en tête Thierry Godard dans le rôle du brigadier Schmitt, les avocats dont Kad Merad dans le rôle du ténor Georges Kiejman, sont tout aussi bien rendus. La série ne juge pas, elle montre et c’est encore plus accablant. Car si les faits sont désormais incontestables – des voltigeurs ont battu à mort un étudiant sans défense qui ne manifestait même pas contre la loi Devaquet -, c’est toute la mécanique de déni et de protection des policiers par l’Etat français qu’on voit se mettre en place. Notamment en montrant le travail du ministre de la Sécurité intérieure de l’époque, Robert Pandraud, joué par un Olivier Gourmet glaçant. Négation du crime, accusation de terrorisme contre l’étudiant décédé, soupçons sur son état de santé puis lors du procès, une série d’irrégularités et un verdict final proprement hallucinants.

Deux France face à face

Et si les séries et les films américains aiment ressortir et examiner les pires épisodes de l’Histoire de leur pays, Oussekine procède plus finement en montrant tout autant les efforts d’une famille pour s’intégrer, ses liens avec leur Algérie natale, la douleur qui la frappe et comment elle va se reconstruire. Avec en creux, deux France face à face, une qui une fois le drame connu, insulte la famille au téléphone, tague son immeuble et pisse sur sa porte, et une autre, celle du jeune homme témoin du crime qui, écoeuré par le comportement des policiers, a choisi de les dénoncer.

Oussekine, disponible sur Disney + avec CANAL+.