Philippe Rebbot, notre ado attardé préféré

Posté par Marc Larcher le 2 novembre 2021
Avec la série « L’amour flou », l’acteur longtemps cantonné aux petits rôles explose véritablement. Et se révèle grand séducteur
Un adolescent de… 57 ans

Il a les yeux qui plissent comme les chiens qui ont fait une bêtise. D'ailleurs, il a un peu un air de chien qui serait resté trop longtemps sous la pluie. Il est grand, dégingandé, il porte une casquette de pompiste américain, un t-shirt avec un énorme logo, parfois une veste avec une cravate mais toujours avec des baskets au pied. Des baskets qui n'ont jamais dû voir un terrain de sport mais qui ont arpenté chaque recoin de Montreuil de long et en large. Cet adolescent attardé de 57 ans ne semble pas tout à fait prêt pour le monde des adultes, ce monde dans lequel il faut se lever tôt, arriver à l'heure et surtout avoir un projet de vie autre que celui d'écouter ses disques préférés en fumant des joints. En quelques minutes au début du premier épisode de L'amour flou, Philippe Rebbot campe ce genre de personnage dont on a tous croisé un ou plusieurs représentants au cours de notre vie. Et déjà, il semble plus vrai que nature.

Un mec véritablement « attachiant »

Si Romane Bohringer est à la fois la réalisatrice et le personnage principal de L'amour flou, c'est son ex qui lui vole la vedette, le comédien avec qui elle partage le fameux « sépartement » au centre du film originel et de la série. Il est drôle - il multiplie les jeux de mots à la vitesse de l'éclair -, il est séduisant, même Monica Belucci succombe, il sait se plaindre pour se faire consoler et il est insupportable. En un mot, il est « attachiant ». Et assez vite, on a envie de l'adopter. Pourtant la carrière de l'acteur n'a pas toujours aussi bien fonctionné. Il a commencé par des courts-métrages et des petits rôles dans des films souvent oubliés aujourd'hui comme On a très peu d'amis de Sylvain Monod (1998) aux côtés d'un autre débutant nommé Mathieu Almaric. On l'a ainsi vu garçon de café chez Cédric Khan, gardien d'immeuble, brocanteur, vétérinaire, prêtre défroqué chez Jean-Pierre Mocky, poète dans Gauguin-Voyage de Tahiti d'Edouard Leduc (2017), et dans le dernier film de Gustave de Kerven et Benoît Delépine Effacer l'historique (2020), dans lequel il incarne tout simplement un personnage nommé « le feignasse ». Il sait donc tout faire sans jamais se départir de son style personnel.

Un aimant à sentiments

Et ce n'est pas qu'une question d'attitude, Philippe Rebbot est en fait un aimant à sentiments, il attire la sympathie comme l'agacement, on a envie de le prendre par la main pour aller boire des coups ou lui remonter le moral. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que lui-même trouve son fameux projet de vie dans la série en s'attachant à une de ses idoles, Jacques Brel. Le chanteur belge des « Paumés du petit matin », de « Voir un ami pleurer » et de « Ne me quitte pas » est pourtant une figure intouchable. Sauf que Rebbot l'aime tellement, qu'il va oser l'interpréter sur les planches d'un petit théâtre, lui la bête de scène dont la seule vision des vidéos sur Youtube suffirait en raison de leur intensité à décourager n'importe quel prétendant. En le regardant jouer ce rôle impossible, on comprend vite pourquoi ça fonctionne aussi bien. Le moteur du comédien Philippe Rebbot, c'est la sincérité. Et ça, c'est une forme de talent réellement imparable.

La série L'amour flou est disponible en intégralité sur CANAL+.