Reyka, la série qui traque un serial-killer en Afrique du Sud

Posté par Marc Larcher le 10 janvier 2022
Viols, apartheid, traditions ancestrales… C’est dans le décor particulièrement violent de la société africaine-du-sud que se déploie une étonnante nouvelle série sur POLAR +. Une profileuse enquête sur les crimes perpétrés par un serial killer en pleine campagne. Audacieux et réussi.
Un bras humain dans une plantation

« Et si les victimes de violence étaient les mieux placées pour comprendre et retrouver les criminels… ». C’est sur une intuition géniale que repose cette énigmatique nouvelle série venue d’Afrique du Sud, un pays jusqu’à présent peu connu pour ses productions télévisuelles. Dès les premières minutes du premier épisode, l’ambition est évidente : Reyka (POLAR +) va se dérouler sur deux temporalités, les années 90 au moment où s’achève la terrible période de l’Apartheid et le présent dans le pays le plus moderne du continent. Au cours de ces deux époques, le personnage principal, Reyka, se retrouve au centre de deux drames. A 11 ans, elle est kidnappée par un couple blanc qui ne peut avoir d’enfants, le mari, un certain Angus Spelman, un paysan écossais, en profite pour la violer pendant quatre ans avant qu’elle ne s’échappe et qu’il ne se fasse arrêter et jeter en prison. Devenue adulte, la jeune femme interprétée par l’étonnante Kim Engelbrecht exerce le métier de profileuse à la recherche de serial killers. Lorsqu’un chien retrouve un bras humain en pleine campagne, elle est immédiatement plongée dans une enquête qui va bouleverser sa vie.

La source de la policière : l’homme qui l’a martyrisée

Ce n’est pas un hasard si, au gré des épisodes, les souvenirs traumatisants du film « Le Silence des Agneaux » reviennent en mémoire. Avec sa fougue et sa détermination, Reyka rappelle par moments l’agent Sterling du film de Jonathan Demme. Comme elle, la Sud-Africaine est hantée par des traumas anciens qui remontent à la surface, par une forme de culpabilité et comme elle, elle consulte, fascinée, un bourreau, celui qui a ruiné son adolescence, pour faire avancer ses recherches. Seulement, la série y ajoute une dimension supplémentaire : c’est en partie sa captivité auprès de son bourreau et les violences sexuelles qu’elle a subies qui lui font comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les esprits criminels. Enfin, le contexte sud-africain de la fin de l’apartheid et de ses blessures toujours ouvertes des décennies après, plonge le lecteur dans une ambiance d’autant plus oppressante. Au cours de l’enquête, tout paraît abrasif et peut entraver le travail de l’héroïne : sa couleur de peau tout d’abord - Reyka est métisse -, le double jeu des coupeurs de canne à sucre exploités dans des champs où a été retrouvé le premier cadavre, les traditions tribales des territoires où se déroulent les crimes ou les puissants propriétaires terriens de la région… Les paysages eux-mêmes composés de plantations où les cadavres apparaissent les uns après les autres et où il est impossible de circuler apparaissent menaçants. La série de Rohan Dickson fait également la part belle aux personnages secondaires, notamment aux membres de l’équipe de Reyka, aux suspects, aux malfrats – en particulier l’hallucinant chef du gang des taxis - autant de personnalités rarement vues sur petit écran. Au final, le programme coche au fil des huit épisodes de multiples cases pas aisées à remplir : un véritable thriller à suspense, une plongée dans un pays violent et complexe, un beau portrait de femme. Sans crier gare,  Reyka pourrait bien décrocher auprès des spectateurs le trophée de révélation série de l’année.

Reyka en intégralité sur POLAR +, disponible avec CANAL+