Succession (OCS), un final époustouflant particulièrement cruel

Posté par Marc Larcher le 14 décembre 2021
Pour le dernier épisode de la troisième saison, la série met en scène une nouvelle opposition frontale entre le patriarche et sa famille au moment où un concurrent veut racheter l’empire.
Un énorme coup de poker

Voilà, c’est fini. Les plus accros à la brillante série sur les manigances d’une famille dégénérée de magnats américains ont vécu un final haletant dimanche et vont pouvoir méditer le sens du cliffhanger de l’épisode 9 pendant de longs mois. Sans en dire trop, le patriarche de la famille Roy n’est pas encore à terre malgré les assauts répétés de sa descendance et de la concurrence pour conquérir son empire. En maître du jeu familial et en expert des manœuvres les plus tordues, le boss du groupe tentaculaire Waystar RoyCo a encore un coup de poker dans sa manche. Signe du succès grandissant, la chaîne HBO a annoncé avoir commandé une nouvelle saison tant le buzz, long à démarrer pour cette série complexe et exigeante, a fini par conquérir le grand public aux États-Unis comme en France.

Une saison pour faire triompher Logan Roy ?

Encore une fois, la série nous a bluffés. Tout d’abord grâce à Brian Cox, toujours plus vicieux et increvable, dont le jeu atteint des sommets de cruauté. On regarde le milliardaire comme on observe un ogre ou un fauve dévorer ses enfants. Plus il est odieux, plus c’est, il faut bien l’avouer, jouissif. Et surtout, dans ce monde d’héritiers pourris gâtés n’ayant jamais rien fait de leurs dix doigts, lui qui a bâti un empire fait preuve encore une fois pendant cette saison d’un phénoménal instinct de survie. Il semble voir à travers les gens, il repère leurs faiblesses et en use jusqu’à la corde. Idem en matière de business, il sent le marché et prend les bonnes décisions. Pour le reste, sa vision du pays colle à celle de sa famille. Ainsi on se souviendra longtemps de sa tirade : « À mon arrivée, il y avait de gentils géants qui sentaient l’or et le lait. Ils savaient tout faire. Maintenant, ce sont des gros lards ou des sacs d’os accros à la meth ou au yoga. Ils ont tout foutu en l’air ». Au passage, il a bien sûr oublié sa propre œuvre de destruction.

Un sommet pour les acteurs

Cette saison restera également dans les mémoires pour la présence fantomatique de son fils, Kendall Roy joué par Jeremy Strong, toujours au bord de l’abîme. En toute franchise, on a rarement vu - si ce n’est jamais - un acteur jouer aussi bien le mal-être dans une série. Archi dominé par la figure dictatoriale du père, il connaît pendant plusieurs épisodes une bouffée délirante égotique. En passe de devenir un people tant son opposition à sa famille défraie la chronique, il va tenter dans une série de dérapages incontrôlés de devenir un mélange entre jet-setteur, influenceur et humoriste. En un mot, il devient la risée du web et de New York. Sans pour autant régler son autre problème existentiel : la culpabilité qui le dévore depuis qu’il a tué accidentellement un inconnu à la fin de la première saison. Bien sûr, les autres personnages tirent également leur épingle du jeu et notamment la mère de la fratrie qui fait un retour retentissant en fin de saison.

Un géant du web en arbitre ?

Enfin, ces neuf épisodes valent également leur pesant de cacahuètes pour une autre raison. Hormis la bataille fratricide pour succéder au père, un autre jeu prend de l’ampleur au fil de la saison : et si un géant du web réussissait à s’allier à l’empire médiatique papier et télé des Roy ? Et s’il prenait carrément le contrôle de la holding familiale ? Dès lors, on peut aussi regarder « Succession » comme un documentaire sur la façon dont se dévorent entre eux les groupes industriels, nouveaux contre anciens. Soit exactement comme Logan Roy et ses enfants. Sur cette planète de prédateurs, les carnivores finissent tous par se ressembler.

La saison 3 de Succession est disponible sur OCS, disponible avec CANAL+.