Sur ordre de Dieu (Disney+) : Andrew Garfield en mormon, c’est sacrément bon

Posté par Alexis Lebrun le 29 juillet 2022
Décidément, rien ne semble pouvoir arrêter l’acteur britannico-américain ces derniers mois. Après avoir récolté cette année sa deuxième nomination à l’Oscar du meilleur acteur, voilà qu’il est nommé aux Emmy Awards pour sa performance dans une nouvelle mini-série en forme de true crime fascinant : Sur ordre de Dieu.
True Detective chez les mormons

De ce côté de l’Atlantique, l’évocation de la religion mormone déclenche le plus souvent des réactions amusées. Difficile pourtant de trouver le moindre soupçon d’humour dans la série que le scénariste et réalisateur Dustin Lance Black consacre à un fait divers sordide remontant à 1984 et qui a secoué une petite bourgade très pieuse de l’Etat mormon de l’Utah. Cette année-là, une jeune mère nommée Brenda Lafferty (Daisy Edgar-Jones) et son bébé sont brutalement assassinés chez eux par des individus qui affirmeront plus tard avoir agi « Sur ordre de Dieu ».

Si les soupçons se dirigent d’abord naturellement vers le mari, Allen Lafferty (Billy Howle), c’est sa famille très nombreuse – Allen a cinq frères – qui intéresse rapidement les enquêteurs. Car les Lafferty ne sont pas n’importe quelle famille dans la communauté « LDS » (Latter-Day Saints, Saints des Derniers Jours) : ce sont des gens qui pèsent dans le coin et qui appliquent rigoureusement les préceptes du fondateur du mormonisme, Joseph Smith. Peut-être un peu trop d’ailleurs, même au goût de Jeb Pyre – ce personnage principal joué par Andrew Garfield est fictif –, l’inspecteur chargé de l’enquête et dont la profonde foi religieuse est sérieusement ébranlée au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette affaire, d’une noirceur telle qu’elle rappelle parfois les meilleures heures de True Detective.

À la tête d’une micro-société outrageusement patriarcale et misogyne, les hommes de la famille Lafferty ont en effet eu beaucoup de mal à accepter dans la famille la future victime (Brenda), en raison de sa liberté de ton et de ses aspirations professionnelles, peu compatibles avec une vision radicale de la religion mormone – à laquelle elle appartient pourtant. C’est du moins ce que l’on découvre progressivement via de nombreux flashbacks, puisque la série est découpée en trois temporalités : l’enquête, l’évolution de la famille Lafferty, et les débuts du mormonisme au 19ème siècle pendant la conquête de l’Ouest, une période elle aussi présentée sous la forme de flashbacks qui évoquent le western.

Andrew Garfield, touché par la grâce divine

C’est un genre que connaît bien le réalisateur des deux premiers épisodes, David Mackenzie, auteur en 2016 d’un néo-western très remarqué, Comancheria (où jouait déjà Gil Birmingham, l'acteur qui incarne le collègue Païute pas mormon pour un sou de Jeb). Mais le principal responsable de la réussite de la série est d’abord son scénariste Dustin Lance Black, oscarisé en 2009 pour Harvey Milk (Gus Van Sant, 2008) et qui a aussi signé le J. Edgar de Clint Eastwood (2011) et la série queer When We Rise (2017).

Black connaît bien le sujet au cœur de Sur ordre de Dieu, puisqu’il a grandi dans une famille mormone, une expertise déjà mise au service de la série Big Love (OCS), qui dépeignait le quotidien de mormons adeptes de la polygamie. Et comme cette dernière, sa nouvelle série peut compter sur un casting exceptionnel, en commençant par un Andrew Garfield en pleine bourre après sa nomination aux Oscars pour Tick, Tick... Boom! (Lin-Manuel Miranda, 2021) et son rôle génial de télévangéliste escroc pour Dans les yeux de Tammy Faye (Michael Showalter, 2021).

Il a la chance de partager l’affiche avec une actrice qui est elle en pleine explosion, l’excellente Daisy Edgar-Jones révélée chez nous par La Guerre des mondes (CANAL+) et devenue une star grâce au chef-d’œuvre Normal People (STARZPLAY). Quant à Sam Worthington (Jake Sully dans Avatar) et Wyatt Russell (John Walker dans Falcon et le Soldat de l'Hiver sur Disney+), ils sont parfaitement effrayants dans le rôle des mâles toxiques.

Car contrairement au personnage relativement touchant joué par Andrew Garfield, Ron et Dan Lafferty ont bien existé, et leur histoire tristement fascinante a d’ailleurs aussi été racontée dans le livre éponyme sur lequel la série est basée, publié en 2003 par Jon Krakauer (l’auteur d’Into the Wild). Comme le livre, la série dépeint certains adeptes du mormonisme d’une façon qui n’a évidemment pas été du goût de tout le monde aux Etats-Unis, mais n’en déplaise à ceux qui se sont sentis visés par elle, Sur ordre de Dieu constitue une très bonne porte d’entrée pour comprendre les ressorts du fondamentalisme religieux.

Sur ordre de Dieu épisodes 1 à 7 sur Disney+, disponible avec CANAL+.