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SLOW HORSES, une série inspirée des romans de Mick Herron

Adaptée des romans de l’écrivain britannique, la série d’Apple TV+ dynamite le mythe du renseignement glamour. Portée par un Gary Oldman en chef de bande désabusé, elle conjugue satire féroce et thriller haletant.

Le contrepied de James Bond

Adaptée des romans de Mick Herron, la série SLOW HORSES explore avec un humour noir et une précision cruelle l’envers du décor du renseignement britannique. Loin du glamour de James Bond, l’intrigue se concentre sur les agents mis au rebut du MI5, relégués dans les bureaux poussiéreux de Slough House après une erreur de parcours ou un raté jugé irrémédiable. À leur tête, l’inoubliable Jackson Lamb, campé par un Gary Oldman magistral en loque bougonne et lucide, dont le cynisme sert de masque à une intelligence intacte.

Derrière la satire du monde du renseignement, Mick Herron et les scénaristes mettent en lumière une Angleterre hantée par ses obsessions sécuritaires, ses fractures sociales et ses bureaucraties ankylosées. Chaque saison oscille entre la farce grinçante et le thriller paranoïaque, rappelant que l’espionnage est moins une affaire de gadgets que de compromissions, de lâchetés et de petites vanités. Tous les personnages d'Herron ont leurs vices, y compris les gens bien sous tous rapports et l'auteur ne va avoir de cesse que de faire apparaître comment les institutions de la sécurité intérieure, les forces de police sont dirigés dans une instabilité quasi générale. 

Une adaptation fidèle au ton des romans

Ce qui frappe dans SLOW HORSES, c’est la fidélité avec laquelle la série épouse le ton et la structure des romans de Herron : une écriture tendue, rythmée par des dialogues mordants, où les fautes individuelles rejoignent les failles du système. Le showrunner Will Smith note pourtant : « Le défi, pour nous, c’était que Mick fait quelque chose de brillant au début de SLOW HORSES: il décrit une attaque, on croit être quelque part au Moyen-Orient, puis il révèle que c’est dans le Derbyshire, et c’est génial. On ne peut pas faire ça dans la série. ». De son côté, Mick Herron confie : « Dans les livres que j’ai écrits depuis que la série est en cours – ce devait être mon subconscient – j’ai toujours inclus des choses qu’il serait impossible de filmer. » Ainsi les limitations du visuel, celle des adaptateurs qui doivent traduire et ajuster nourrissent l’intensité de l’adaptation. À mesure que les saisons avancent, la galerie de personnages gagne en épaisseur, révélant leurs contradictions et leurs blessures, loin des archétypes du genre.

Gary Oldman complète ce tableau à sa façon : « Mick a accompli une chose merveilleuse. On dit parfois qu’il est l’héritier de John le Carré — certains pensent même qu’il est meilleur que le Carre. Mais ce qu’il a fait, c’est qu’il a pris ce monde et l’a vraiment humanisé, y a injecté de l’humour, une sorte d’ironie mordante. C’est ce qui les distingue. » Oldman ajoute : « La création de Lamb était presque toute là dans le livre. Tout ce que j’avais à faire, c’était de donner une voix et un peu d’imagination, apporter ma petite touche. »

C’est cette attention aux “perdants magnifiques” qui fait tout le sel de la série et des livres : dans l’univers désenchanté de Herron, même les ratés du MI5 finissent, malgré eux, par tenir entre leurs mains le destin du royaume.