Tim Burton réanime son génie avec Beetlejuice Beetlejuice
Trente-six ans après avoir fait frissonner et rire le public avec Beetlejuice, son bio-exorciste (fantôme chassant les vivants) au costume rayé, Tim Burton ressuscite son univers dans une suite qui marque son retour tant attendu à l'esthétique gothique et décalée qui a fait sa renommée. Le réalisateur de 66 ans renoue avec l'esprit artisanal et l'imagination débridée de ses débuts, privilégiant effets pratiques et maquillages élaborés pour donner vie à son monde fantastique.
Retour aux sources
En 1988, Beetlejuice surprenait avec son esthétique néo-gothique bricolée et son humour macabre. Le film, porté par Michael Keaton, Winona Ryder, Geena Davis et Alec Baldwin, racontait l'histoire d'un couple de fantômes sollicitant l'aide d'un esprit chaotique pour chasser les nouveaux propriétaires de leur maison. Sa direction artistique iconique mêlait maquettes artisanales, stop-motion et effets spéciaux qui ont défini l'identité visuelle du cinéaste. Pour cette suite, la signature de Burton retrouve toute sa force distinctive. Des décors expressionnistes aux maquillages grotesques, Beetlejuice Beetlejuice renoue avec l'âme de l'original tout en l'enrichissant. Le réalisateur a délibérément choisi de tourner rapidement, utilisant marionnettes et maquillages, improvisant sur le plateau comme à ses débuts. Michael Keaton, 72 ans, est arrivé sur le tournage sans répétitions préalables, réincarnant instantanément le démon facétieux avec une énergie intacte. Cette approche artisanale transpire à l'écran et donne au film une touche de magie brute qui capture l'essence du Burton des premières années.

Une esthétique intemporelle
Si le film conserve le parfum nostalgique des années 1980, Burton y insuffle des préoccupations résolument contemporaines. De Edward aux mains d'argent à L'Étrange Noël de Monsieur Jack en passant par Frankenweenie, l'esthétique burtonienne se reconnaît instantanément : personnages marginaux, contrastes marqués entre ombre et lumière, et univers aux frontières du fantastique. Ici, à travers le personnage de Lydia Deetz (Winona Ryder), devenue animatrice d'une émission sur le paranormal tout en luttant contre ses propres démons intérieurs, le cinéaste aborde avec sensibilité la crise existentielle de la quarantaine. L'intrigue se complexifie quand sa fille Astrid (Jenna Ortega) se retrouve piégée dans l'au-delà, obligeant Lydia à y plonger pour la sauver. Les paysages automnaux de la Nouvelle-Angleterre se mêlent aux visions surréalistes de l'au-delà, créant un ballet visuel où les hommages au cinéma italien de Fellini côtoient un spectaculaire numéro musical inspiré de l'émission Soul Train. Danny Elfman, fidèle compositeur de Burton, livre une partition qui revisite les thèmes iconiques tout en apportant une nouvelle profondeur émotionnelle.

Un succès de nostalgie?
Le triomphe de Beetlejuice Beetlejuice illustre parfaitement comment l'esthétique de Burton, jadis considérée comme marginale, s'est imposée dans la culture populaire. Avec 1,2 million d'entrées en France en trois semaines, doublant l'audience de l'original (628 458 spectateurs en 1988), le film témoigne d'un phénomène plus large : la sous-culture gothique et ses codes ont conquis le grand public. Plus qu'une simple suite, Burton livre ici une œuvre qui dialogue avec l'original sans en être prisonnière - il s'agit moins d'une continuation que d'une réinterprétation moderne de son propre univers. Preuve que son imaginaire macabre et poétique demeure aussi pertinent aujourd'hui qu'il y a trois décennies !
Beetlejuice Beetlejuice, bientôt disponible sur myCANAL.


