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Pourquoi tous les plus grands réalisateurs se tournent-ils vers la série ?

Klapisch, Vinterberg, Gondry... De plus en plus de réalisateurs se mettent aujourd’hui à la série, dont la qualité égale (voire surpasse) désormais celle des films. De l’influence à la concurrence, le documentaire Cinéastes en séries revient sur le lien particulier qui unit les deux formats.

Un format attrayant

Pourquoi les cinéastes ont-ils envie de se tourner vers la série ? C’est la question que pose le documentaire de Stéphane Bergouhnioux, qui, pour l’occasion, a interrogé tout un panel de réalisateurs et réalisatrices européens ou américains s’étant essayés aux deux genres. “Il y a autant de réponses [à cette question] qu’il y a de réalisateurs” avance pour sa part Thomas Lilti, réalisateur et scénariste de la série Hippocrate

Possibilité de développer une intrigue, exercice alternatif d’écriture, audience plus large… Autant d’arguments qui ont pu séduire parmi les plus grands réalisateurs de notre époque, de David Fincher (Mindhunter) à Tim Burton (Mercredi). La tendance, nous rappelle le documentaire, n’est pas nouvelle, en témoigne les incursions côté petit écran d’Alfred Hitchcock (Alfred Hitchcock présente), de David Lynch (Twin Peaks) ou d’Ingmar Bergman (Fanny et Alexandre).

La revalorisation d’un genre

L’engouement des réalisateurs pour la série est évidemment lié à la revalorisation du format. Exit les jours où elle n’était qu’un sous-genre, un parent lointain du cinéma : aujourd’hui, après des années d’expérimentation formelle, elle s’est imposée comme une oeuvre d’art à part entière, avec ses propres codes et ses propres chefs-d’oeuvre, comme en témoigne leur diffusion croissante à Cannes ou à la Mostra de Venise.

Certaines des œuvres majeures de notre époque ont aussi été des séries ; le succès mondial de Games of Thrones, d'Euphoria ou de Breaking Bad a ainsi été déterminant dans la construction du paysage culturel de ces dernières décennies. D’autres shows, comme True Detective, ont aussi redéfini leur propre genre, en réinventant des intrigues que l'on croyait connaître et en innovant stylistiquement. Au point que, comme le rappelle le réalisateur Enrico Maria Artale, on a pu avoir parfois l’impression de voir “plus de cinéma en regardant les séries à la télévision”.

Entre cinéma et séries, des liens complexes

Après des années de “mépris de classe” du cinéma pour la série, aujourd’hui, la tendance semble s’être inversée, au profit d’une créativité sans cesse renouvelée. Mais des tensions entre les deux univers continuent de se faire sentir, notamment à travers les conflits entre les intérêts du showrunner et celui du réalisateur. “Le cinéma en France, c’est quand même un grand lieu de liberté” note Thomas Lilti. “Avec les séries, c’est moins le cas”.

Opposition entre image et intrigue, rapports au cinéma différents selon les pays : le documentaire revient aussi sur les différents enjeux qui sous-tendent la réalisation d’une série par un cinéaste habitué au film, et les limites que cela peut représenter. Pourtant, s'il met en avant le fossé qui existe parfois entre ces deux mondes, il rappelle aussi qu’ils ont tout à apprendre l’un de l’autre. “Je pense profondément que le cinéma est l’avenir de la série, et la série, l’avenir du cinéma”, résume la réalisatrice Katell Quillévéré. Et ce n'est pas les spectateurs qui diront le contraire.

Cinéastes en séries, un documentaire disponible sur CANAL+ et en replay sur myCANAL.