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JE SUIS TOUJOURS LÀ : Walter Salles au plus près de l'intime

Avec JE SUIS TOUJOURS LÀ, Walter Salles revient sur un pan traumatique de l'histoire brésilienne à travers le prisme d'une famille. Le réalisateur, habituellement associé aux récits de route, signe ici une œuvre plus resserrée, centrée sur la mémoire, l'absence et la résistance personnelle.

Du chemin à la maison

Depuis CENTRAL DO BRASIL (1998) ou DIÁRIOS DE MOTOCICLETA (2004), le cinéma de Walter Salles s'intéresse aux trajectoires, aux rencontres et aux mouvements d'identité. Dans JE SUIS TOUJOURS LÀ, il garde cette idée du voyage, mais déplace le décor : le pèlerinage n'est plus géographique, il devient intime.

L'histoire se déroule principalement à Rio, en 1971, dans la grande maison des Paiva, près de la plage, un lieu d'ouverture qui semble à l'abri du monde. Le film suit Eunice Paiva (jouée par Fernanda Torres, puis par Fernanda Montenegro dans sa vieillesse, mère et fille dans la vie et toutes deux nommés à L'Oscar de la meilleure actrice pour un film de Walter Salles à 26 ans d'écart), et son mari Rubens Paiva (incarné par Selton Mello). Rubens est un ancien député, ingénieur, opposant à la dictature militaire. En janvier 1971, des agents font irruption à son domicile pour l'arrêter. Eunice et leur fille sont également interpellées ; Eunice est détenue et interrogée pendant plusieurs jours au DOI-CODI. Rubens, lui, est transféré dans un centre de détention où il meurt sous la torture. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Une trajectoire de mémoire et de reconstruction

Après l'arrestation de Rubens, Eunice et leurs cinq enfants sont confrontés non seulement à la perte, mais au vide de toute information officielle sur le sort du père. Eunice, d'abord femme au foyer, devient une figure active de la mémoire : elle s'engage, étudie le droit, milite et lutte pour obtenir la reconnaissance de la disparition de son mari.

Le film ne reste pas fixé à 1971. Il adopte une narration éclatée : on bascule dans les années 1990, où Eunice est devenue avocate, puis jusqu'en 2015, alors qu'elle souffre d'Alzheimer. Ces différentes périodes permettent de dessiner non seulement la lutte politique, mais aussi la dimension intime : la douleur, la résilience, la tentative de garder vivant un souvenir longtemps ignoré.

L'enjeu principal du film est double : rendre compte d'une part de l'histoire personnelle de la famille Paiva, et d'autre part de la nécessité collective de se souvenir dans un contexte de dictature. Salles met l'accent sur la dignité d'Eunice, sa force tranquille, sans tomber dans la grandiloquence : le portrait est humain, fait de gestes simples, de regards, de silences. La caméra privilégie des plans fixes ou lents qui laissent respirer le quotidien familial (repas, lectures, échanges) et c'est dans cette constance que transparaît la résistance. Salles filme sans exposer, montrant qu'Eunice tient par sa capacité à continuer malgré l'absence et le danger.