Aller au contenu principalAller à la recherche

Le spectre de Boko Haram – documentaire sur la résilience à hauteur d’enfant

Kolofata, Grand Nord du Cameroun : les enfants apprennent le calcul à l’école et jouent au foot, les femmes pilent le mil, les poules gambadent. La vie suit son cours mais on entend des tirs de mitraillette hors-champs. Kolofata n’est pas un village comme les autres : des militaires armés jusqu’aux dents ont la tâche de protéger la population. Depuis 2013 cette communauté, comme toute la région, est martyrisée par les attaques de l’organisation terroriste Boko Haram. Aujourd’hui leurs exactions se raréfient mais la menace reste réelle, omniprésente. Le Spectre de Boko Haram analyse avec humanisme le quotidien d’une population qui a appris à façonner son existence malgré tout. Le regard de la réalisatrice du film, la talentueuse Cyrielle Raingou, se pose en particulier sur des écoliers en CP. Un documentaire sensible et lumineux où la barbarie n’a aucun droit à l’image. Une coproduction CANAL+ en exclusivité sur CANAL+ Première à partir du 7 avril à 20h30.

« La situation dans la région a été amplement documentée sur le plan politique, rappelle la réalisatrice camerounaise dans une interview. Je voulais faire ce qui n’avait pas été fait, en donnant à ressentir la tragédie humaine des victimes du terrorisme, et plus particulièrement des enfants, qui sont sans filtre, incroyablement atteints mais incroyablement vivants ». Ils s’appellent Ibrahim, Mohammed, Falta, Ladji, Ismaela et Maloum. Ils ont tous entre 4 et 11 ans. Ibrahim et Mohammed sont deux frères rescapés d’un kidnapping du groupe terroriste, ils gardent l’espoir de retrouver leurs parents vivants et ils ont du mal à s’intégrer avec les autres. Falta a perdu son père lors d’une attaque, elle s’accroche pour avoir des bons résultats à l’école, elle rêve de devenir enseignante. Les enfants évoquent avec naturel et sans pathos leur passé traumatisant tout en se projetant dans l’avenir. Dans ce sens, le film peint la vie dans un espace où tout est perdu et ose le rêve quand on n’a plus le droit de rêver.

Cyrielle Raingou construit cet espace des « possibles » grâce à sa façon de filmer les visages et les paysages. Qu’il s’agisse du sourire de Falta, des montagnes qui encerclent le village ou des couleurs chatoyantes des hijabs, sa caméra capte avec délicatesse leur beauté en contraste avec la menace invisible qui incombe sur le village.

Le spectre de Boko Haram est un documentaire délicat et humaniste où les éclats de rires des enfants resonnent plus forts que les tirs de mitraillette. Le film a remporté une dizaine de prix en Afrique et à l’international, dont le prestigieux Tigre d’Or du Festival International de Rotterdam.   

A voir absolument ! En exclusivité sur CANAL+ Première à partir du 7 avril à 20h30.