La série Conflict est-elle réaliste ?
Racontant le début d’une guerre par procuration en Finlande et en Europe, la série Conflict est d’un réalisme qui fait froid dans le dos. Mais les événements qu’elle décrit sont-ils plausibles d’un point de vue géopolitique ?
Conflict ou les prémisses de la guerre
Finlande, de nos jours. Durant une journée d’été comme une autre dans la péninsule de Hanko, de mystérieux soldats débarquent sur le territoire et prennent la population en otage. C’est le début d’une crise diplomatique sans précédent pour le pays, dirigé par la présidente Linnea Saaristo, qui doit rapidement élaborer une stratégie afin de sortir de l’impasse. Alors que le brouillard politique s’épaissit, les contours d’une guerre mondiale bien plus grave se dessinent…
Voilà le pitch de Conflict, la nouvelle série finlandaise du réalisateur Aku Louhimies, à qui l’on doit aussi les films Unknown Solider ou The Wait. L’idée ? Offrir au spectateur une plongée dans le monde opaque de la diplomatie internationale et des hautes sphères politiques, mais aussi dépeindre très clairement la tension d’une zone de guerre, par le biais de personnages très variés (familles, soldats) qui vivent la situation heure par heure.

La stratégie de la guerre par procuration
Au cœur de ce drame fictif, on retrouve la notion de guerre par procuration, qui, elle, est bien réelle. Concept très ancien, la guerre par procuration consiste, pour deux puissances ennemies, à s’affronter par le biais d’adversaires interposés, qui eux, se battent directement sur le terrain. Les premiers exemples de cette stratégie se retrouvent dès l’Empire byzantin, et dans des combats aussi historiques que la Guerre de Trente Ans ou la guerre civile espagnole.
Avec la Guerre Froide, la guerre par procuration atteint une apogée sans précédent : les États Unis et l’URSS défendent leurs intérêts respectifs et s’opposent à travers les conflits qui ont lieu dans d’autres pays, comme la Corée et le Vietnam. Fournissant armes, soldats et argent à leurs alliés, ils évitent ainsi de se confronter directement et de risquer l’escalade nucléaire.

Réaliste et improbable à la fois
En transposant cette stratégie à la série Conflict, ses créateurs ont fait preuve d’une remarquable compréhension des enjeux géopolitiques de notre époque. En effet, les tensions entre les pays sont aujourd’hui de moins en moins frontales, et impliquent bien souvent des complots diplomatiques. Et alors que de nombreux conflits déstabilisent les pays européens aujourd’hui, à commencer par celui en Ukraine, et que la Suède a récemment détecté des attaques non-identifiées dans la mer Baltique et dénonce à son tour une guerre par& procuration, le scénario de Conflict paraît plus crédible que jamais.
Néanmoins, il faut relativiser : la possibilité d’une attaque aussi directe sur le sol européen reste improbable, même dans le contexte de tensions politiques actuelles, tout comme la prise d’otage de tout une partie d’un territoire. En cela, Conflict joue aussi sur nos angoisses les plus profondes, en renversant l’imaginaire de la guerre en tant que situation éloignée de nous et lot des pays les plus précaires ; en la transposant (fictivement) aux pays occidentaux, elle rappelle surtout que nous sommes tous concernés par les événements politiques mondiaux et que la paix n’est jamais acquise.




