Obituary : quand une journaliste irlandaise devient tueuse en série
La nouvelle série irlandaise Obituary, avec Siobhan Cullen dans le rôle d'une jeune rédactrice d'avis de décès qui décide de créer elle-même sa matière première, débarque sur Paramount+ le 18 avril. Un cocktail détonant de comédie noire et de thriller qui joue habilement avec la fascination irlandaise pour la mort (et les commérages) !
Une anti-héroïne radicalement nouvelle
À 24 ans, Elvira Clancy n'a rien d'une jeune femme ordinaire. Obsédée par la mort et douée pour l'écriture de nécrologies, elle se retrouve dans une situation précaire lorsque son journal local, en difficulté financière, décide de la payer à l’article : 200 euros par nécrologie. Dans la petite ville mourante, sans mauvais jeu de mot, de Kilraven, les décès se font rares et donc insuffisants pour lui assurer un salaire décent. Sa solution ? Provoquer elle-même la mort des habitants les plus désagréables pour alimenter sa production littéraire et son compte en banque. À l’écran, Siobhan Cullen livre une interprétation saisissante oscillant entre une froideur distante et un monologue intérieur dérangeant, empreint d’une jubilation face à la mort. Ce qui n’est pas sans rappeler le plot de Sweetpea, également sur Paramount+, dont nous parlions récemment.

Au-delà du Dexter irlandais
Si les comparaisons avec Dexter sont inévitables, Obituary prend le contrepied de son homologue américain. Là où Dexter Morgan évoluait dans une Floride peuplée de monstres, Elvira opère dans une bourgade irlandaise où les "méchants" restent à échelle humaine : une employée de banque qui détourne l'argent des allocations, un entrepreneur négligent responsable de plusieurs décès sur ses chantiers... Des êtres détestables mais pas des monstres. Et contrairement à Dexter, Elvira est une tueuse amateur, maladroite dans l'art de maquiller ses crimes, bien que paradoxalement douée pour le tir. La série de Ray Lawlor ne cherche jamais à justifier moralement les actions de sa protagoniste, assumant pleinement sa mauvaise foi tout en la rendant fascinante.

Une série qui bouscule les clichés du personnage féminin
Obituary propose une héroïne radicalement différente des standards hollywoodiens qui, au nom d'un pseudo-féminisme de surface, rechignent à créer des personnages féminins authentiquement complexes ou détestables. Elvira est résolument méchante, progressivement rongée par la satisfaction que lui procure le meurtre, mettant en péril son père alcoolique et sa seule amie Mallory (interprétée par l'excellente Danielle Galligan). L'arrivée d'Emerson, un journaliste venu d'une grande ville pour enquêter sur un meurtre non résolu, vient compliquer cette spirale destructrice. Écrite par Ray Lawlor, la série se présente comme un roman de Sally Rooney version gothique - une proposition qui fait mouche grâce à son ton décalé. Tournée dans le comté de Donegal, cette série en six épisodes s'impose comme l'une des propositions les plus dérangeantes de ce printemps, portée par une écriture affûtée et une ambiance malaisante à souhait.



