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Depuis 40 ans, ce film est toujours l’un des plus sexy du cinéma français

Quarante ans après sa sortie, 37°2 LE MATIN continue de faire fantasmer, de troubler et de marquer les esprits. Sorti en 1986 et porté par un duo devenu mythique, le film de Jean-Jacques Beineix n’a rien perdu de sa puissance sensuelle. Retour sur une œuvre emblématique, toujours brûlante, mais bien plus complexe qu’un simple fantasme de cinéma. Il est disponible sur CINE+OCS dans sa version longue.

37°2 LE MATIN : 40 ans déjà pour cet amour brûlant

Sorti au printemps 1986, 37°2 LE MATIN (internationalement connu sous le titre BETTY BLUE, d’après le prénom de son héroïne) souffle cette année ses quarante bougies. Adapté du roman éponyme de Philippe Djian et réalisé par Jean‑Jacques Beineix, le film est rapidement devenu un phénomène. Il s’inscrit dans ce que les critiques ont appelé dans les années 1980 le « cinéma du look", courant où la mise en scène puise dans la publicité et le clip pour porter des histoires de jeunesse marginale et passionnée (on y trouve aussi les films de Luc Besson, ou de Leos Carax). 

Dès la scène d’ouverture de 37°2 LE MATIN, le ton est donné : sur la plage de Gruissan, Zorg, un réparateur de bungalows et aspirant écrivain, fait l’amour à Betty, une jeune femme de dix‑neuf ans à l’énergie contagieuse, tandis qu’il livre en voix off un avertissement poétique : « Ça faisait une semaine que j’avais rencontré Betty. On baisait toutes les nuits. Ils avaient annoncé des orages pour le soir ». Et en effet, l’idylle torride tourne rapidement à l’ouragan.

Les deux amants emménagent ensemble après quelques jours. Betty veut que le monde reconnaisse le talent d’écrivain de Zorg et le pousse à publier son manuscrit. Lorsque leurs rêves se heurtent à la réalité, elle déclenche un incendie et le couple part sur les routes. Mais cette cavale vire peu à peu au cauchemar pour Betty qui sombre dans une folie destructrice.

À sa sortie dans les salles en avril 1986, 37°2 LE MATIN est un succès, avec plus de trois millions de spectateurs. Le film récolte huit nominations aux César 1987, et représente la France aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.

Ses deux interprètes, Béatrice Dalle (alors totalement inconnue), et Jean-Hugues Anglade, deviennent des icônes.

Plus qu’un simple film érotique

Quatre décennies plus tard, 37°2 LE MATIN reste l’un des films les plus sensuels du cinéma hexagonal. La sensualité du long‑métrage célèbre les corps sans pour autant les fétichiser. La caméra s’attarde sur les gestes de Zorg et Betty, sur leurs peaux enlacées, et la bande originale de Gabriel Yared vient souligner cette chaleur moite. Pourtant, la violence et la tristesse rôdent. 

Betty est consumée par un rêve trop grand et sombre peu à peu dans la maladie mentale. Plus qu’un film érotique, il suggère aussi la part de fantasme et de danger inhérente au regard masculin, où l’on voit comment le regard de Zorg enferme Betty dans un rôle de muse et ignore ses souffrances.

En effet, pour Zorg, Betty incarne un idéal sauvage qui doit nourrir son inspiration. Les essais du roman suggèrent qu’il la regarde davantage comme un catalyseur de sa propre créativité que comme une personne en souffrance. En prenant le point de vue de Zorg, Jean‑Jacques Beineix dévoile comment ce regard enferme Betty dans un personnage de fantasme et retarde la prise de conscience de sa maladie mentale. Dans le même temps, le film s’amuse avec les théories du « male gaze » (l’histoire vue du point de vue masculin) : il affiche volontiers la sensualité de Béatrice Dalle tout en montrant l’aveuglement et l’irresponsabilité de son compagnon.