Aller au contenu principalAller à la recherche

Le film F1 est-il réaliste ? Voici ce qu’en pensent les experts.

Le film F1 avec Brad Pitt est disponible sur CANAL+. Immersif à souhait, le long-métrage de Joseph Kosinski en est-il pour autant réaliste ? Voici ce que disent les experts en la matière.

F1 : plongée immersive dans les circuits auto

Au moment de lancer le chantier de F1, le réalisateur Joseph Kosinski et le producteur Jerry Bruckheimer savent qu’ils s’attaquent à un univers codifié. Pour respecter le frisson de la course tout en racontant une fiction, ils font appel à la star Lewis Hamilton, qui devient coproducteur et véritable caution technique. 

Le septuple champion du monde a non seulement participé à l’écriture, mais il a aussi demandé à briefer les acteurs. Brad Pitt et Damson Idris n’ont pas fait semblant : ils ont suivi une formation sur différents types de monoplaces et ont roulé plusieurs milliers de kilomètres sur de vraies pistes. Certains week‑ends, les caméras d’APX GP se sont incrustées dans le paddock des Grands Prix de Grande‑Bretagne, de Hongrie ou d’Abou Dhabi. Brad Pitt et Damson Idris ont tourné des séquences de départ et de tour de formation sur les mêmes circuits et les mêmes week‑ends que Verstappen, Hamilton ou Leclerc, dans des sessions dédiées, intégrées au programme.

Cette immersion s’étend à la mise en scène. Les voitures utilisées sont de véritables monoplaces construites sur des châssis de Formule 2, re‑carrossées façon F1 et truffées de caméras embarquées innovantes pour restituer l’accélération, les vibrations et le rugissement du moteur. Lors d’une conférence de presse, Joseph Kosinski avait révélé que Lewis Hamilton était présent sur le plateau et avait donné des idées très précises, pour coller au mieux à la réalité des courses, notamment sur les comportements au volant des pilotes. 

Pierre Gasly et Franco Colapinto, interrogés par Men’s Health lors du Grand Prix du Canada, avaient salué la façon dont le film capturait les enjeux d’un sport où des centaines de personnes dépendent de la performance des deux pilotes. Pierre Gasly soulignait que la dynamique entre Sonny et Joshua reflétait bien la pression qui pesait sur des coéquipiers : l’un peut remporter la gloire, l’autre subir les conséquences de la défaillance d’une voiture. Franco Colapinto de son côté, insistait sur le rendu sensoriel et saluait le fait que la caméra permettait de ressentir la vitesse, le bruit et les secousses que ne transmet pas toujours la télévision. Pierre Gasly appréciait aussi que le film montre des aspects moins spectaculaires mais essentiels, comme l’analyse de données et les stratégies pneumatiques.

En France, le journaliste et commentateur Julien Fébreau, avait déclaré qu’il ne fallait pas prendre F1 pour un documentaire, mais plutôt saluer la démarche intellectuelle autour, qui a permis au film d’être crédible. Et de conclure « ils ont respecté la Formule 1 ».

Des libertés prises

Malgré ces efforts, F1 reste une fiction. Les experts s’accordent à dire que certaines situations relèvent davantage de la fiction Hollywoodienne que des règlements de la FIA. Sonny Hayes qui débarque à la dernière course sans avoir roulé une seule séance d’essais ni de qualifications ? Impossible ! Le règlement sportif impose qu’un pilote ait pris part à au moins une séance d’essais et aux qualifications, sauf dérogation exceptionnelle des commissaires

Le film se permet aussi quelques entorses logistiques. Dans un montage, la saison commence au Canada pour s’envoler ensuite au Mexique puis revenir en Belgique. En réalité, la F1 regroupe les manches géographiquement pour limiter les déplacements : le Grand Prix de Belgique se tient généralement au cœur de l’été européen, bien avant la tournée américaine. Le spectaculaire accident de Joshua Pearce à Monza a fait rire certains pilotes lors d’une projection privée, tant la scène paraissait improbable. Joseph Kosinski reconnaît que cette cascade s’inspire d’un crash du film Grand Prix de 1966 et du spectaculaire accident de Romain Grosjean à Bahreïn en 2020, qui reste encore dans les mémoires.

Autre liberté narrative : le « plan » de Sonny pour aider son coéquipier. Dans le film, il provoque volontairement plusieurs neutralisations en endommageant sa propre voiture et en projetant des débris sur la piste. Une manœuvre qui ferait bondir les commissaires en réalité. Pierre Gasly rappelle que toute action intentionnelle est sanctionnée par des points de pénalité, comme cela a été le cas lorsque Fernando Alonso avait eu un comportement « potentiellement dangereux » lors de l’accident de George Russell en 2024 lors du Grand Prix d’Australie et avait écopé d’une lourde sanction. 

Accumuler 12 points en douze mois entraîne une suspension : Sonny aurait sans doute été banni pour la saison. Les experts pointent aussi du doigt une romance improbable entre le pilote et sa directrice technique, et l’idée qu’un vétéran sans départ en trente ans puisse révolutionner la conception d’une monoplace à lui seul.