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Cannes 2025 : Quels films pourraient remporter la Palme d’Or ?

Ce samedi soir, la 78e édition du Festival connaîtra son épilogue lors de la cérémonie de clôture, présidée par l’actrice Juliette Binoche. Dans une sélection officielle saluée pour sa richesse narrative et sa diversité formelle mais où certains films ont été considérés comme clivants par la presse, cette édition 2025 s’annonce comme l’une des plus disputées de la décennie.Tour d’horizon des favoris pour les récompenses majeures, à la lumière des retours critiques et de l’empreinte laissée par chaque film.

PALME D'OR - Qui succédera à ANORA de Sean Baker, lauréat en 2024 ?

L’AGENT SECRET de Kleber Mendonça Filho : Le Brésilien tisse un thriller à la fois haletant et profondément politique, s’appuyant sur une mise en scène nerveuse, traversée de respirations visuelles marquantes.

UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi : Un film de l’urgence, tourné dans la clandestinité, qui transforme la contrainte en force créative. Panahi orchestre son récit avec une mise en scène sobre mais puissamment expressive. 

SENTIMENTAL VALUE de Joachim Trier : Trier signe ici un retour à l’intime, explorant les non-dits d’une fratrie déchirée. Sa mise en scène, discrète et élégante, capte avec finesse les frémissements de l’âme humaine.

SIRÂT d’Oliver Laxe : Entre lumière naturelle et compositions picturales, Laxe sculpte l’image avec la rigueur d’un moine. Un film à la beauté rare, à la croisée du sacré et du réel.

NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater : En forme d’hommage à Godard, ce film audacieux joue avec les codes, les formats et le rythme – un vrai tour de force de mise en scène ludique.

Grand Prix - Qui succédera à ALL WE IMAGINE AS LIGHT de Payal Kapadia ?

Le Grand Prix pourrait être attribué à tous les films cités plus haut dans la catégorie des sérieux concurrents à la Palme d'Or mais pourraient venir s'y rajouter trois films :

ROMERÍA de Carla Simón
Simón capte l’intimité des gestes simples et des rituels quotidiens avec une justesse contemplative qui rappelle Kiarostami.

SOUND OF FALLING de Mascha Schilinski 
Un drame au tempo lent mais à la mise en scène précise, qui révèle progressivement la profondeur du trauma.

JEUNES MÈRES de Luc et Jean-Pierre Dardenne 
La crise du désir maternel : qu'elles veuillent placer leur enfant, interrompre leur grossesse, se battre rageusement pour pouvoir s’en occuper... toutes ces jeunes mères sont confrontées à un chaos émotionnel que les frères Dardenne nous livrent avec une profonde justesse. 

Prix de la Mise en Scène - Qui succédera à Miguel Gomes pour GRAND TOUR ?

JAFAR PANAHI – UN SIMPLE ACCIDENT
Dans ce film tourné dans des conditions semi-clandestines, Panahi transcende les limites matérielles. Sa mise en scène utilise l’espace avec une précision chirurgicale : huis clos étouffants, mouvements réduits mais éloquents. Un travail de résistance, où la contrainte devient une grammaire artistique.

JOACHIM TRIER – VALEUR SENTIMENTALE
Trier excelle dans l’art du cadre signifiant et du rythme émotionnel. Chaque plan semble respirer au diapason des personnages. Sa direction d’acteurs est aussi remarquable que sa fluidité narrative, transformant le quotidien en matière dramatique palpitante.

BI GAN – RÉSURRECTION 
Bi Gan ne se contente pas de raconter une histoire : il invite à une expérience sensorielle totale, où la mise en scène devient langage émotionnel. Le film se vit plus qu’il ne se comprend, et c’est sans doute là sa force — et sa radicalité.

JULIA DUCOURNAU – ALPHA
Une véritable expérience sensorielle. Ducournau maîtrise le langage du corps et de l’inconscient avec une audace visuelle rare. Caméra subjective, lumières organiques, textures dérangeantes : chaque élément de mise en scène participe à l’immersion dans un univers dérangeant et fascinant. Une œuvre physique, presque tactile.

 

PRIX DU JURY - Qui succédera à EMILIA PÉREZ de Jean-Jacques Audiard ? 

Le Prix du Jury, souvent considéré comme la récompense de la singularité, pourrait cette année récompenser l’une des trois œuvres fortes qui se démarquent par leur originalité et leur force narrative, chacune incarnant une vision très différente du cinéma contemporain.

THE HISTORY OF SOUND d’Oliver Hermanus
Ce film explore la mémoire et le pouvoir évocateur du son dans un récit mêlant suspense et émotion intime. Hermanus déploie une mise en scène subtile, jouant avec les textures sonores et visuelles pour immerger le spectateur dans un univers à la fois sensoriel et mental. Sa narration, entre tension dramatique et délicatesse poétique, témoigne d’une maîtrise raffinée de la forme, à la fois classique et audacieuse.

LA PETITE DERNIÈRE d’Hafsia Herzi
Un portrait intimiste et poignant d’une jeune femme tiraillée entre traditions familiales et désir d’émancipation. Hafsia Herzi signe ici un premier long métrage à la mise en scène dépouillée, privilégiant les silences et les regards. Ce choix crée une proximité forte avec les personnages, rendant leur combat intérieur tangible et universel. Le film navigue habilement entre réalisme social et douceur contemplative.

SIRÂT d’Oliver Laxe
Film profondément mystique et contemplatif, Sirât offre une expérience sensorielle unique. Laxe investit les paysages montagneux marocains avec une caméra qui semble capter l’âme même des lieux, mêlant images d’une beauté à couper le souffle et une narration poétique. Sa mise en scène, à la fois rigoureuse et lyrique, interroge le rapport entre l’homme, la nature et le spirituel, proposant un cinéma méditatif et exigeant.

Ces trois propositions, aussi différentes soient-elles dans leur style et leur ton, incarnent une ambition artistique commune : celle de renouveler la mise en scène pour toucher à l’essence des émotions humaines. Le jury aura donc la délicate tâche de choisir.

Prix d’Interprétation Féminine - Qui succédera au quatuor de EMILIA PÉREZ ?

La compétition pour le Prix d’interprétation féminine s’annonce cette année particulièrement relevée, avec des performances marquantes dans des registres très variés. Voici les interprètes qui ont fait forte impression sur la Croisette :

JENNIFER LAWRENCE dans DIE MY LOVE
L’actrice américaine surprend par sa radicalité dans ce rôle de mère à bout de souffle, inspiré du roman de Ariana Harwicz. Lawrence explore la frontière entre amour maternel et pulsions destructrices avec une intensité rare. Son jeu brut, sans fard, emplit l’écran d’une fureur désespérée qui bouleverse autant qu’elle dérange. Un rôle à Oscars mais est-ce un rôle à Prix d’Interprétation à Cannes ?

NADIA MELLITI dans LA PETITE DERNIÈRE
Révélation du film d’Hafsia Herzi, Melliti incarne une adolescente franco-tunisienne en quête de liberté dans une famille traditionnelle. Son interprétation, toute en retenue et en nuance, donne corps à un personnage tiraillé entre deux mondes. Un jeu d’une grande justesse, porté par un regard à la fois candide et révolté.

GOLSHIFTEH FARAHANI dans ALPHA
Elle livre une performance viscérale. En proie à une transformation corporelle mystérieuse, son personnage lutte pour préserver son humanité. L’actrice iranienne y déploie une physicalité impressionnante, entre douleur, sensualité et puissance animale.

LÉA DRUCKER dans DOSSIER 137
Dans ce drame judiciaire aux accents politiques, Léa Drucker incarne une juge confrontée à un cas explosif. Elle compose un personnage complexe, tiraillé entre son humanité et la froideur institutionnelle. Sa maîtrise du registre dramatique, toujours sobre, force l’admiration.

LLUCIA GARCIA dans ROMERÍA
La jeune actrice espagnole impressionne par sa sincérité dans ce récit de Carla Simón sur la transmission et la mémoire rurale. Elle incarne une adolescente confrontée à la disparition progressive de ses repères culturels et familiaux. Son jeu naturel et touchant capte à merveille les émotions de l’âge fragile.

PARINAZ IZADYAR dans WOMAN AND CHILD
Même si le film a deçu les critiques, Parinaz Izadyar offre une prestation bouleversante dans ce drame iranien. Elle y incarne une femme tentant d’échapper à son destin. Avec peu de mots mais une expressivité remarquable, elle donne vie à une héroïne silencieuse, dont la dignité et la résilience marquent durablement.

Prix d’Interprétation Masculine - Qui succédera à Jesse Plemons pour KINDS OF KINDNESS ?

Plusieurs prestations d’acteurs ont marqué cette 78e édition par leur intensité, leur subtilité ou leur complexité. Si le choix du jury reste imprévisible, quatre noms se détachent parmi les favoris pour le Prix d’interprétation masculine :

WAGNER MOURA dans L’AGENT SECRET
L’acteur brésilien incarne un ancien journaliste devenu lanceur d’alerte dans ce thriller politique haletant signé Kleber Mendonça Filho. Moura impose à l’écran une autorité brûlante, à la fois physique et morale. Son jeu, tendu mais jamais excessif, traduit la rage contenue d’un homme traqué qui refuse de se taire. Il porte le film sur ses épaules avec une intensité rare, conjuguant charisme et fragilité avec une aisance remarquable.

PAUL MESCAL dans THE HISTORY OF SOUND
Déjà remarqué dans AFTERSUN, Paul Mescal confirme ici toute l’étendue de sa palette émotionnelle. Dans ce drame sensible et sensoriel, il interprète un jeune homme hanté par les voix du passé. Sa performance, tout en intériorité, repose sur de subtils changements de regard, de respiration, de posture. Il parvient à exprimer la douleur, l’amour et la perte sans jamais tomber dans le pathos, offrant une incarnation poignante et délicate.

STELLAN SKARSGÅRD dans VALEUR SENTIMENTALE
Son interprétation a été unanimement saluée par la critique. Stellan Skarsgård apporte à son personnage une profondeur émotionnelle remarquable, mêlant fragilité, regrets et une quête sincère de rédemption.  L'acteur a lui-même souligné combien ce rôle résonnait avec sa propre expérience de père et d'artiste, renforçant ainsi l'authenticité de son jeu. Sa prestation contribue grandement à faire de VALEUR SENTIMENTALE l'un des films les plus émouvants et acclamés de cette édition cannoise.

FARES FARES dans LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE
L’acteur suédo-libanais campe un ancien officier d’élite devenu consultant politique dans un film aux accents de tragédie contemporaine. Fares Fares impressionne par la complexité de son interprétation : entre cynisme froid et mélancolie enfouie, il donne vie à un homme brisé par ses propres choix. Son regard dur, sa diction précise, sa posture rigide trahissent un personnage rongé de l’intérieur. Une performance magnétique, qui résonne bien au-delà du cadre du récit.

Ces quatre comédiens se distinguent par leur capacité à incarner des personnages ambigus, à la fois vulnérables et puissants. Leurs performances, portées par des écritures riches et des mises en scène exigeantes, témoignent d’un haut niveau d’engagement artistique. Quel que soit le choix final, cette année aura clairement mis à l’honneur des rôles masculins loin des archétypes, complexes et profondément humains.

Prix du Scénario - Qui succédera à Coralie Fargeat pour THE SUBSTANCE ?

Cette année, trois œuvres se démarquent par la force de leur écriture, chacune à sa manière : qu’il s’agisse de dialogues ciselés, de constructions narratives ambitieuses ou d’une articulation subtile entre l’intime et le politique. Le Prix du Scénario pourrait ainsi couronner l’un de ces récits remarquables :

VALEUR SENTIMENTALE de Joachim Trier
Joachim Trier, fidèle à son style délicat, signe un scénario d’une justesse rare. Ce drame familial explore les non-dits, les regrets et les liens intergénérationnels avec une précision émotionnelle qui touche au cœur. Les dialogues — souvent courts, parfois suspendus — laissent place aux silences éloquents, aux gestes, aux regards. Trier parvient à évoquer l’amour, la perte et la réconciliation sans jamais forcer le trait, avec une élégance narrative qui rappelle Oslo, August 31st ou The Worst Person in the World. Une écriture fine, profondément humaine.

LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE de Tarik Saleh
Tarik Saleh propose un scénario d’une redoutable efficacité dans cette fresque politique tendue, située au cœur des arcanes du pouvoir. L’écriture brille par sa structure implacable, mêlant intrigues géopolitiques, enjeux de loyauté et manipulations d’État. Chaque scène pousse le récit vers un engrenage implacable, tout en dessinant des personnages complexes, pris dans des dilemmes moraux cinglants. Le texte, intelligent et percutant, transforme une histoire de renseignement en tragédie contemporaine.

UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi
Ce film, inspiré d’un fait personnel, prend la forme d’une confession douloureuse, à mi-chemin entre le journal intime et la chronique politique. Panahi signe un scénario hybride, à la fois réaliste et symbolique, dans lequel le moindre détail prend une charge politique sous-jacente. L’accident du titre agit comme point de bascule dans un récit d’une sobriété glaçante, où les ellipses, les ruptures et les hésitations renforcent le trouble. L’écriture est tendue, sincère, et empreinte d’une grande puissance critique — sans jamais tomber dans la démonstration.

Chacun de ces scénarios affirme une voix singulière et un rapport très personnel à la narration. Entre les subtilités émotionnelles de Trier, le tranchant géopolitique de Saleh et l’autofiction bouleversante de Panahi, le choix du jury pourrait refléter une certaine idée du cinéma d’auteur : engagé, incarné, et ancré dans son époque.

Prix Spécial du Jury

Ce prix qui peut ou ne pas exister car il est à la discrétion du jury, pourrait saluer une œuvre à la frontière des genres et des formes, comme :

RÉSURRECTION de Bi Gan
Fidèle à sa réputation de poète visuel, Bi Gan signe avec RÉSURRECTION une œuvre vertigineuse, à mi-chemin entre le rêve éveillé, le film de science-fiction et la méditation métaphysique. Le réalisateur chinois y déploie une grammaire cinématographique singulière, où chaque plan semble flotter hors du temps. Les travellings hypnotiques, marque de fabrique de son cinéma, traversent des décors irréels, entre ruines urbaines, forêts brumeuses et architectures mentales. Le récit, volontairement éclaté, brouille les repères temporels et narratifs pour mieux immerger le spectateur dans une quête intérieure, une expérience sensorielle totale. Ce type de proposition, audacieuse et inclassable, s’inscrit parfaitement dans l’esprit du Prix Spécial du Jury, qui distingue traditionnellement des œuvres à la marge, inventives, et souvent inclassables dans les catégories traditionnelles mais on pourrait aussi retrouver RÉSURRECTION ailleurs dans le palmarés. 

Ou une oeuvre intime et universelle qui n'aurait pas été récompensée ailleurs : 

LA PETITE DERNIÈRE de Hafsia Herzi
Le film d'Hafsia Herzi pourrait légitimement recevoir un prix spécial à Cannes tant elle incarne une voix singulière et audacieuse dans le paysage du cinéma français. En racontant le parcours d’émancipation d’une jeune femme issue d’un milieu populaire, Hafsia Herzi aborde avec finesse les tensions entre traditions familiales, aspirations personnelles et pression sociale. Sa mise en scène sensible et sans fard rappelle l’intensité de films comme ROSETTA ou LA VIE D’ADÈLE, tout en affirmant un regard propre, profondément humain. Le film se distingue aussi par la force de son interprétation. C’est précisément ce mélange de sincérité, d’engagement et d’originalité qui pourrait valoir à LA PETITE DERNIÈRE une reconnaissance spéciale du jury.

 

Et qui remportera la Caméra d'Or ? Chaque année, cette prestigieuse récompense honore le meilleur premier film de la Sélection officielle, la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Cinéastes. Cetta année, ils sont 27 à concourir sous le regard d'un jury dédié présidé par la réalisatrice Alice Rochrwacher. 

Verdict pour tous les prix ce soir sur la Croisette. Pour la Compétition Officielle, le jury de Juliette Binoche aura la lourde tâche de départager une compétition d’une richesse exceptionnelle. Une édition où le cinéma, une fois encore, aura prouvé sa capacité à surprendre, interroger, et bouleverser.