Aller au contenu principalAller à la recherche

Et si les cinémas du Sud prenaient d’assaut le palmarès de Cannes 2025 ?

Après l'annonce des Prix décernés dans la section Un Certain Regard, on peut se poser la question : et si dans ce Cannes très hollywoodien, la surprise venait d’ailleurs? Les cinémas du Sud au sens large pourraient triompher dans la compétition officielle avec L'AGENT SECRET, SIRÂT, ROMERÍA, UN SIMPLE ACCIDENT et LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE. Le Festival de Cannes 2025 se conclurait alors sur une note forte en consacrant les films venus du Sud, confirmant une année marquée par la diversité géographique et la puissance des récits ancrés dans des réalités culturelles riches.

Un Certain Regard a ouvert la voie

La soirée d’hier a consacré les cinémas du Sud, en particulier ceux d’Europe du Sud et d’Amérique latine, dans la section UN CERTAIN REGARD du Festival de Cannes. Des œuvres venues du Chili, de Colombie, du Portugal ou encore de Palestine ont brillamment dominé le palmarès, témoignant de la vitalité créative et politique d’un cinéma souvent ancré dans le réel et les tensions contemporaines.

LA MISTERIOSA MIRADA DEL FLAMENCO (LE MYSTÉRIEUX REGARD DU FLAMAND ROSE) de Diego Céspedes, premier film chilien aux accents oniriques, a remporté le prix principal, tandis que UN POETA du Colombien Simón Mesa Soto a été distingué par le Prix du Jury. Le duo palestinien Arab et Tarzan Nasser a reçu le Prix de la mise en scène pour ONCE UPON A TIME IN GAZA, et l’actrice portugaise Cléo Diára a été saluée pour son rôle dans O RISO E A FACA (LE RIRE ET LE COUTEAU).

Deux exceptions notables à cette domination géographique : URCHIN de l’acteur-réalisateur britannique Harris Dickinson (l'acteur de BABYGIRL), qui a permis à Frank Dillane de décrocher le Prix d’interprétation masculine, et PILLION de Harry Lighton, un autre premier film venu du Royaume-Uni, récompensé pour son scénario.

Focus cinq films de la Compétition Officielle qui pourraient se retrouver au palmarés ce soir.

Des œuvres des Cinémas du Sud au sens large, saluées tout au long de la quinzaine, qui pourraient repartir avec des prix majeurs, confirmant les espoirs suscités par la critique et par les Prix décérnés à Un Certain Regard. 

L'AGENT SECRET 

Kleber Mendonça Filho, figure de proue du nouveau cinéma brésilien, a ému les critiques avec L'AGENT SECRET, un thriller politique aux accents mélancoliques et festifs. Le film, situé dans le Brésil des années 1970, suit Marcelo (Wagner Moura), un ancien militant reconverti en agent de sécurité pendant le carnaval de Recife. le film a reçu une ovation de 13 minutes lors de sa première projection, témoignant de l'enthousiasme du public et des professionnels présents. En l’honorant, lejury saluerait la manière dont le réalisateur mêle l’intime et le politique, dans une mise en scène subtile où la mémoire devient un champ de bataille.

C’est la troisième sélection officielle de Kleber Mendonça Filho à Cannes, après AQUARIUS en 2016 et BACURAU en 2019, ce dernier avait remporté le Prix du Jury ex aequo. Le réalisateur est reconnu internationalement pour son engagement politique et sa capacité à mêler genre et réflexion sociale.

SIRÂT  

Oliver Laxe pourrait décrocher un prix pour SIRÂT, odyssée sensorielle tournée dans les montagnes du Saghro au Maroc. Ce road-movie entre un père et son fils, à la recherche de leur fille disparue, se distingue par sa radicalité visuelle et son dépouillement narratif. Le jury pourrait récompenser une proposition cinématographique audacieuse, d’une beauté dite mystique par certains.Le film a également conquis la presse espagnole, marocaine et latino-américaine, louant sa capacité à lier spiritualité et critique du monde contemporain.

Pour Oliver Laxe, c’est sa troisième sélection officielle à Cannes, après ORO VERDE en 2014 et MIMOSAS en 2016, ce dernier ayant remporté le Prix du Jury Un Certain Regard. Laxe est reconnu pour son style contemplatif et engagé, ancré dans les paysages du Sud.

ROMERÍA

Carla Simón pourrait être une concurrente sérieuse à un Prix pour ROMERÍA, une chronique intime et puissante de l’Espagne des années 1980 à travers le regard d’une jeune femme adoptée en quête de ses origines. L’œuvre est très personnelle, marquée par une écriture délicate et sensible, et boucle une trilogie personnelle entamée avec ÉTÉ 93 et NOS SOLEILS.

ROMERÍA marque aussi la deuxième sélection officielle de Carla Simón à Cannes, après ÉTÉ 93 en 2017 (qui lui avait valu le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard) . En 2022, NOS SOLEILS avat remporté l’Ours d’Or à Berlin. La réalisatrice espagnole confirmerait ainsi sa place comme une voix majeure du cinéma européen contemporain.

UN SIMPLE ACCIDENT

Le film UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi s'impose comme un sérieux prétendant à un prix au Festival de Cannes 2025, notamment grâce à sa puissante charge politique et son audace formelle. Tourné clandestinement en Iran, sans autorisation officielle, le film dépeint une fable morale sur la vengeance et la répression, mêlant humour noir et critique acerbe du régime iranien.

La narration débute par un incident banal — un homme renverse un chien — qui déclenche une série d'événements révélant la brutalité et la corruption systémiques de l'État . Cette œuvre marque le retour de Panahi à Cannes après 15 ans d'absence. La réception critique a été enthousiaste, saluant la capacité du film à transformer un événement ordinaire en une allégorie percutante sur la résistance et la justice. Cette combinaison de pertinence politique, de maîtrise cinématographique et de courage artistique positionne UN SIMPLE ACCIDENT comme un candidat de poids pour les distinctions majeures du festival.

LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE

Le film LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE de Tarik Saleh s'impose comme un sérieux prétendant à un prix. Clôturant sa trilogie du Caire entamée avec LE CAIRE CONFIDENTIEL et LA CONSPIRATION DU CAIRE, ce thriller politique plonge dans les méandres du pouvoir égyptien à travers le parcours de George Fahmy, un acteur contraint d'incarner le président Al-Sissi dans un biopic de propagande. Cette mise en abyme du cinéma au service du pouvoir offre une critique acerbe de la censure et de la manipulation politique.

La performance de Fares Fares, collaborateur régulier de Tarik Saleh, est saluée pour sa profondeur, incarnant un homme tiraillé entre ambition et intégrité. La mise en scène, soutenue par la musique d'Alexandre Desplat et la photographie de Pierre Aïm, confère au film une tension palpable. L’audace narrative  et l’engagement politique sont des qualités souvent récompensées sur la Croisette.

Si plusieurs de ces films étaient récompensés à Cannes, cela traduirait un mouvement profond au sein du cinéma mondial : celui de la montée en puissance d’un cinéma du Sud pluriel, politique, spirituel et profondément incarné. En honorant ces films, Cannes 2025 signerait une édition historique, marquant un basculement symbolique vers des récits longtemps marginalisés sur la scène internationale.

Le Sud n’aurait alors pas seulement été visible cette année : il aurait parlé fort, et le monde l’aurait écouté.