"Nos futurs", la série documentaire qui imagine à quoi le monde ressemblera en 2080
En développement depuis plusieurs années, cette production ambitieuse mêle animation, fiction et entretiens avec des experts scientifiques pour dessiner des possibilités plus ou moins sombres pour notre avenir. Et dans le genre série d’anticipation plus crédible que la science-fiction, ses quatre épisodes sont absolument passionnants.
Utopie ou dystopie ?
Quand il s’agit de prédire l’avenir, le clivage entre optimistes et pessimistes est inévitable. Cette nouvelle Création Documentaire l’a bien compris, et elle a même décidé de le mettre en scène d’une façon originale. Dans chaque épisode, un scénario a été imaginé pour un même individu dans deux mondes différents. L’un est désirable, l’autre est cauchemardesque.
Dans le premier cas, notre planète reste habitable pour une population qui vit à peu près harmonieusement, parce que nous avons opéré les grands changements nécessaires dans tous les domaines. Mais dans la deuxième situation, la série nous présente l’avenir tel qu’il se dessine probablement si nous persistons dans l’inaction actuelle, et inutile de préciser que ce monde dystopique ne fait pas rêver.
Et attention, les deux futurs imaginés par la série ne sont pas de la science-fiction. Il y a certes une part d’imagination – et personne ne peut prédire ce que sera 2080 avec certitude –, mais les scénarios élaborés l’ont été avec l’aide d’experts scientifiques qui travaillent déjà sur ce que sera le monde dans une soixantaine d’années.
Ils sont d’ailleurs interviewés longuement dans la série, et chacun intervient dans l’un des quatre domaines abordés : la médecine, la mobilité, l’alimentation et le divertissement. Et grâce à l’animation et des effets numériques convaincants, la série montre réellement à quoi pourrait ressembler le monde du futur, qu’il soit idéal ou pas, ce qui offre un dynamisme inédit au montage.

Des défis gigantesques
Si les bouleversements évoqués sont évidemment majeurs dans tous les domaines, ils le sont peut-être encore plus en matière d’alimentation et de mobilité. Comment nourrir correctement une population de 12 milliards d’habitants ? Comment se déplacer dans un monde où les énergies fossiles sont épuisées ? Ces questions sont absolument vitales, et la série a le grand mérite d’y répondre avec honnêteté.
Non, même dans le scénario optimiste, nous ne mangerons plus de la viande comme maintenant, car notre système d’élevage actuel est tout simplement intenable avec une population croissante. Reste à savoir par quoi nous allons la remplacer, mais beaucoup de pistes pertinentes sont évoquées, et il ne tient qu’à nous de les adopter le plus tôt possible pour éviter la catastrophe.
Et oui, nous devrons dans tous les cas dire adieu au mythe consumériste de la grosse "bagnole" individuelle pour privilégier des transports partagés, sans doute autonomes, qui rendront les métropoles plus agréables. Adieu les parkings, adieu les accidents, adieu les embouteillages et adieu la pollution.
Faudra-t-il réduire nos déplacements lointains en 2080 ? Si certains optimistes pensent pouvoir remplacer l’avion par des trains circulant à plusieurs milliers de km/h, beaucoup de scientifiques interrogés rappellent que la seule solution sera de réduire nos déplacements lointains pour vivre à une échelle plus locale. Quant à l’avion à hydrogène, il relève pour l’instant du fantasme.

Le pouvoir aux GAFAM ?
Si nous parvenons à subvenir à nos besoins en termes d’alimentation et de déplacements, on pourra alors profiter aussi d’avancées dans le domaine médical et dans nos loisirs. Deviendrons-nous des humains augmentés capables de vivre 150 ans et d’engendrer des enfants à 70 ans avec un utérus artificiel, ou bien les progrès seront-il réservés à une élite richissime qui se paye les dernières innovations pendant que la majorité n’a accès qu’à un système de santé au rabais ?
La série pose cette question centrale du coût de l’accès aux soins, de même que celle de la place des GAFAM dans le secteur de la santé. Allons-nous laisser des géants du numérique comme Google ou Apple surveiller nos fonctions vitales ? C’est déjà un peu le cas, et plusieurs témoins rappellent qu’une santé mieux surveillée va évidemment avec davantage de contrôle de nos données personnelles.
Quant à l’épisode consacré aux divertissements, il risque d’inquiéter quand même beaucoup toute personne qui travaille dans le domaine des industries culturelles et créatives. L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer tous ces métiers, et le divertissement ne sera-t-il qu’un grand métavers global, uniforme, contrôlé là encore par les GAFAM et où la créativité sera limitée par leur censure ? Ou une interactivité illimitée permettra-t-elle à tout le monde de devenir le propre créateur de ses loisirs sur mesure ?
Comme pour le reste, on demande à voir, mais les perspectives envisagées sont vertigineuses.

Nos futurs, une Création Documentaire CANAL+ Docs, disponible avec CANAL+.
