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"Zahia, un temps d'avance", le doc sur la cheffe d'orchestre qui démocratise le classique

Après avoir vu son histoire racontée cette année dans le film "Divertimento" (Marie-Castille Mention-Schaar), Zahia Ziouani est aujourd'hui au centre d'un documentaire qui revient sur la préparation du concert donné par son orchestre symphonique à la Philharmonie de Paris. On y découvre aussi le portrait d'une cheffe d'orchestre qui casse les codes d'un milieu élitiste et sexiste.

Un parcours atypique

En France, les femmes cheffes d'orchestre ne représentent que 4% de la profession. Et si on cherche celles qui sont issues de la diversité, on n'ose pas imaginer le pourcentage. Mais celui-ci n'est heureusement pas zéro, puisque depuis qu'elle a fondé l'orchestre Divertimento en 1998 à seulement 20 ans, Zahia Ziouani a réussi à s'imposer comme une femme qui compte dans la musique classique.

Elle méritait donc bien un documentaire long format de 90 minutes, où son parcours atypique est retracé alors qu'elle s'apprête à faire jouer pour la première fois à la Philharmonie de Paris son orchestre basé à Stains en Seine-Saint-Denis. Une nouvelle étape importante dans la carrière de cette femme contaminée enfant par le virus de la musique grâce à son père, immigré algérien qui a découvert la magie du classique en allumant la radio sur France Culture.

Une anecdote touchante racontée dans le film en compagnie de ses deux filles, puisque la sœur jumelle de Zahia Ziouani (Fettouma) est également devenue une violoncelliste professionnelle. On comprend en les écoutant que leur enfance à Pantin a été très studieuse, et que Zahia Ziouani a vite voulu vivre de sa passion. Elle raconte sa découverte décisive de Sergiu Celibidache dans un documentaire en noir et blanc, avant d'avoir la chance d'assister à ses cours.

Un privilège qui n'a rien d'une sinécure – elle ne se plaint pas –, tant le grand chef d'orchestre roumain est réputé pour être décourageant voire blessant à l'égard des femmes. Plus globalement, Zahia Ziouani voit bien qu'elle ressemble à une anomalie dans ce milieu tenu par des hommes blancs d'un âge avancé, mais elle ne se décourage pas.

Elle comprend qu'elle doit viser l'excellence pour s'imposer, et c'est ce qu'elle essaye aujourd'hui d'inculquer aux jeunes des quartiers populaires qu'elle rencontre et à qui elle enseigne via une académie itinérante.

Un commencement plus qu'un aboutissement

Elle le sait mieux que personne : l'excellence est une exigence la plupart du temps refusée à ces banlieues que le milieu de la musique classique préfère peut-être encore tenir à bonne distance. Elle en fait aussi le constat dans le documentaire, ce qui explique pourquoi elle se démène au quotidien pour rendre accessible sa passion à tout le monde.

Mais pour y parvenir, il faut évidemment de l'argent, et il est un peu déprimant de voir le temps qu'elle doit consacrer à la chasse aux subventions qui ne viennent pas, malgré le soutien du président en exercice et de son prédécesseur François Hollande, qui apparaît dans le film via sa fondation. Pour beaucoup d'entreprises, mélanger classique et minorités est visiblement encore tabou.

C'est d'autant plus triste que l'on voit pendant les répétitions du concert de la Philharmonie la détermination et la passion des jeunes élèves de l'académie que Zahia fait jouer aux côtés des professionnels. Leurs regards émerveillés lorsqu'ils découvrent pour la première fois la grande salle majestueuse du bâtiment dessiné par Jean Nouvel est de loin la scène la plus émouvante du film, à égalité avec la fierté ressentie par le père de Zahia Ziouani lorsqu'il arrive lui aussi sur place pour le concert.

Pour la cheffe d'orchestre, ce concert n'est pas un aboutissement mais un commencement. Elle le dit avec beaucoup de franchise dans le documentaire : l'orchestre Divertimento devrait avoir une résidence à la Philharmonie. On ne sait pas si la musique classique est prête à l'accepter, mais on vote pour. La culture n'est pas réservée à une élite, et heureusement que Zahia Ziouani est là pour le rappeler.

Zahia, un temps d'avance, une Création Documentaire seulement sur CANAL+.