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De Festen à Families Like Ours : la famille selon Vinterberg

En 1998, Thomas Vinterberg bouleversait le cinéma avec Festen, radiographie glaçante d'une famille bourgeoise confrontée à ses secrets. Vingt-cinq ans plus tard, le réalisateur danois poursuit son exploration des liens familiaux avec sa première série, Families Like Ours.

Si le contexte a changé - une catastrophe climatique force le Danemark à l'évacuation - sa façon unique de disséquer les relations familiales pour révéler les failles de notre société reste intacte. Entre Festen, La Chasse, Drunk et aujourd'hui Families Like Ours, retour sur l'obsession d'un cinéaste pour ces "familles comme les nôtres" qui ne le sont jamais tout à fait.

La famille comme laboratoire

Vinterberg s'est toujours servi des liens familiaux comme d'une loupe pour observer nos sociétés. Son cinéma excelle à placer ses personnages dans des situations extrêmes qui révèlent leur vraie nature : un dîner d'anniversaire qui vire au cauchemar dans Festen, une communauté qui se déchire sur fond d'accusation dans La Chasse, quatre amis qui poussent l'ivresse jusqu'à ses limites dans Drunk. Avec Families Like Ours, il pousse l'expérience encore plus loin en imaginant une famille ordinaire face à l'impensable : la disparition progressive de leur pays sous les eaux. Comme dans ses films, la crise agit comme un révélateur des tensions enfouies et des non-dits, mais aussi des solidarités insoupçonnées. Face à la montée des eaux, chaque personnage se retrouve confronté à des choix impossibles qui mettent à l'épreuve les liens supposés indéfectibles du sang. La série prolonge ainsi ce qui fait la signature du cinéaste : sa capacité unique à transformer le huis clos familial en une expérience sociale grandeur nature.

L'art de la transmission

La question de l'héritage, déjà brûlante dans Festen où un père devait répondre de ses actes devant ses enfants, prend dans Families Like Ours une dimension vertigineuse : que transmet-on à la génération suivante quand l'héritage lui-même disparaît sous les flots ? À travers le personnage d'Holger, incarné par Thomas Bo Larsen (fidèle complice du réalisateur depuis Festen), la série explore le désarroi d'une génération qui doit préparer ses enfants à un monde qu'elle peine elle-même à comprendre. Un thème que Vinterberg avait déjà effleuré dans Submarino, où deux frères tentaient désespérément de briser le cycle de la violence familiale, et dans La Communauté, où des parents voyaient leur fille s'émanciper d'un modèle qu'ils croyaient idéal. Mais ici, la transmission devient paradoxale : comment léguer un pays, une culture, une identité quand le territoire lui-même s'efface ? La série transforme ainsi la question classique de l'héritage en une réflexion plus large sur ce qui, des liens familiaux, survit au naufrage d'un monde.

Le deuil comme moteur

La perte traverse toute l'œuvre de Vinterberg comme une onde de choc. La mort tragique de sa fille Ida en 2019, survenue juste avant le tournage de Drunk qui lui est dédié, a profondément marqué le cinéaste et son travail. La mélancolie était pourtant déjà bien présente avant la tragédie, notamment dans After the Wedding, comme si le cinéaste avait toujours porté en lui cette réflexion sur la vie qui continue (ou pas) après la disparition. Dans Families Like Ours, il élève ce deuil intime à une échelle collective : ce n'est plus seulement une famille qui perd un être cher, mais tout un peuple qui doit faire le deuil de sa terre. Pourtant, comme dans ses films, Vinterberg refuse le piège du désespoir. À l'image des personnages de La Communauté qui réinventaient la famille dans le Danemark des années 1970, les protagonistes de Families Like Ours découvrent que les liens peuvent survivre - et parfois même se renforcer - face à l'adversité. Le réalisateur prolonge ainsi sa réflexion sur la résilience familiale : ce n'est plus la maison qui fait le foyer, ni même le pays qui fait la nation, mais bien ces liens invisibles qui nous unissent, même quand tout le reste a disparu.

 

Families Like Ours est disponible sur CANAL+