Aller au contenu principalAller à la recherche

11 septembre : le SPIDER-MAN de Sam Raimi a-t-il vraiment été modifié après les attentats ?

Le premier SPIDER-MAN de Sam Raimi est sorti en mai 2002 aux États-Unis, huit mois seulement après les attentats du 11 septembre. Si la promotion a été bouleversée par le drame, Sam Raimi a tout de même tenu à conserver les tours jumelles dans son New York.

SPIDER-MAN : comment le 11 septembre a chamboulé le film ?

À l’été 2001, Sony commence déjà à promouvoir SPIDER-MAN, qui doit installer Tobey Maguire dans le costume du héros. Pour marquer les esprits, le studio dévoile donc un teaser spectaculaire dans lequel on voit des braqueurs quitter une banque et s’enfuir en hélicoptère au-dessus de Manhattan. 

Soudain, l’appareil est violemment arrêté en plein vol. La caméra recule et révèle une immense toile d’araignée tendue entre les deux tours du World Trade Center, avec l’hélicoptère pris au milieu. Après les attentats du 11 septembre, le teaser disparaît immédiatement de la circulation. Sony retire également une affiche montrant les tours jumelles se refléter dans les yeux de Spider-Man.

Cette fameuse scène de l’hélicoptère avait bien été tournée pour la promotion. Elle ne faisait pas partie, à l’origine, du montage du film. Mais le réalisateur Sam Raimi comptait réutiliser au moins une partie de ces images dans SPIDER-MAN. Il expliquera plus tard qu’il avait prévu d’intégrer ce plan au long métrage avant d’y renoncer après les attentats.

La productrice Laura Ziskin confirmait elle aussi que les images avaient finalement été abandonnées. La raison était très simple : voir un hélicoptère évoluer autour du World Trade Center était devenu particulièrement difficile quelques mois après le 11 septembre. Elle précisait en revanche que l’équipe n’avait jamais décidé d’effacer les tours jumelles de tout le film. Elles restent d’ailleurs visibles en arrière-plan dans plusieurs plans du New York de Sam Raimi :

« Je ne voulais pas que les terroristes gagnent en les retirant de l’arrière-plan », expliquait-il au Washington Post en 2002.

Les attentats ont tout de même entraîné d’autres changements plus directs. Pendant l’affrontement final, des New-Yorkais viennent aider Spider-Man face au Bouffon Vert et lui lancent notamment : « Attaquer Spidey, c’est attaquer New York. L’attaquer, c’est nous attaquer tous ! ».

Sam Raimi a expliqué avoir ajouté ce passage après le 11 septembre, en référence à l’élan de solidarité qui avait traversé la ville. Le drapeau américain visible à la fin du film a lui aussi été ajouté dans ce contexte.

Après les attentants, Hollywood a dû changer ses films en urgence

Le cas de SPIDER-MAN évidemment est loin d’être isolé. Dans les heures qui suivent les attentats, Hollywood s’arrête quasiment. Les grands studios ferment leurs plateaux, les tournages sont suspendus et des dizaines de milliers d’employés sont renvoyés chez eux.

Puis les studios regardent leurs calendriers de sortie et plusieurs films deviennent soudain impossibles à promouvoir tels quels :

Warner repousse DOMMAGE COLLATÉRAL, avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle d’un pompier dont la famille est tuée dans un attentat contre un immeuble. Disney décale BIG TROUBLE de Barry Sonnenfeld, qui mettait en scène une bombe nucléaire transportée à bord d’un avion, et devait sortir le 21 septembre.

BAD COMPANY de Joel Schumacher dans lequel apparaît le World Trade Center subit également un report. Quelques semaines plus tard, CNN estimera qu’au moins 45 films ont été modifiés, repoussés ou abandonnés après le 11 septembre.

Des films déjà en production sont eux aussi repris. Sony annonce dès le 12 septembre travailler sur une alternative pour MEN IN BLACK II, dont une scène importante devait se dérouler avec le World Trade Center en arrière-plan. Les tours sont également effacées de plusieurs productions en postproduction.

Pendant quelques mois, tout ce qui touche aux avions, aux gratte-ciel et au terrorisme devient particulièrement sensible. « Pas de bombes dans les avions, pas de bombes dans les immeubles », résumait à l’époque le producteur Jon Landau au Los Angeles Times.

Mais cette prudence ne va pourtant pas durer éternellement. Dès la fin de l’année 2001, Hollywood constate que le public continue de se rendre massivement au cinéma et que les films d’action fonctionnent toujours. LA CHUTE DU FAUCON NOIR et EN TERRITOIRE ENNEMI voient même leur sortie avancée, les studios estimant que le contexte favorise désormais les récits militaires et patriotiques.

Il faudra davantage de temps pour que le cinéma américain raconte directement le 11 septembre. Le vrai tournant arrive en 2006, cinq ans après les attentats, avec VOL 93 de Paul Greengrass puis WORLD TRADE CENTER d’Oliver Stone.