Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

BLACKBIRD, plaidoyer bouleversant de Susan Sarandon pour le droit à mourir

Posté par Alexis Lebrun le 3 mai 2021
En plus de cinquante ans de carrière, l’icône d’Hollywood n’a jamais failli à sa réputation d’actrice engagée. Elle le prouve une nouvelle fois en portant avec délicatesse le combat en faveur de l’euthanasie dans BLACKBIRD (2020), le dernier film on ne peut plus dramatique d’un habitué des mélos, Roger Michell, réalisateur entre autres de COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL (1999).
Mort programmée

Atteinte d’une maladie dégénérative incurable, Lily (Susan Sarandon) a la chance de pouvoir compter sur un mari compréhensif et médecin (Sam Neill), qui accepte de l’aider à abréger ses souffrances avant qu’elles ne deviennent insupportables. Mais avant de faire le grand saut, le couple a convié sa famille rapprochée pour passer un dernier week-end ensemble dans leur maison en bord de mer. Évidemment, si tout le monde semble d’abord accepter la décision de Lily, les choses se compliquent à mesure que la date fatidique se rapproche : des rancœurs contenues et des secrets de longue date explosent au grand jour et mettent à l’épreuve les relations entre tous les membres de la famille, en particulier Jennifer (Kate Winslet) et Anna (Mia Wasikowska), les deux filles de Lily dont les personnalités et les choix de vie sont radicalement opposés.

Ce trio incroyable d’actrices principales est bien sûr le principal point fort de BLACKBIRD, huis clos intimiste où la performance hors-normes de Susan Sarandon nous bouleverse du début à la fin. Le long-métrage de Roger Michell trouve le ton juste, y compris dans les moments les plus difficiles, et il se risque même à alléger ses dialogues avec un humour noir bienvenu, qui réussit très bien à ce film choral et théâtral dans le bon sens du terme, où les autres membres du casting (Sam Neill, Rainn Wilson, Lindsay Duncan entre autres) sont au diapason des trois stars citées plus haut.

Susan Sarandon, habituée des rôles où la mort rôde

Lorsqu’elle faisait la promotion du film, Susan Sarandon s’amusait du fait qu’à son âge, on ne lui proposait plus que des « films où [elle] est malade, mourante ou aide quelqu’un à mourir ». Blague à part – avec certainement un gros fond de vérité –, l’actrice reconnaît elle-même qu’elle a accumulé une certaine connaissance de ces rôles difficiles au fil de sa filmographie. En 1998, elle partageait ainsi l’affiche avec Julia Roberts dans le très émouvant MA MEILLEURE ENNEMIE (Chris Colombus), en incarnant Jackie, une mère au foyer atteinte d’un cancer incurable et qui affronte la perspective indicible de dire adieu à ses deux jeunes enfants. Quelques années plus tôt, Susan Sarandon se retrouvait à l’inverse dans le rôle d’une mère d’un jeune garçon touché lui aussi par une maladie incurable, dans LORENZO (George Miller, 1993). Elle fut nommée à juste titre aux Golden Globes et aux Oscars pour ce rôle une nouvelle fois très touchant.

Plus récemment, elle a eu la bonne idée de se risquer une première fois sur le terrain très sensible de l’euthanasie, en donnant la réplique à Al Pacino dans LA VÉRITÉ SUR JACK (Barry Levinson, 2010), un biopic qui raconte l’histoire du docteur Jack Kevorkian, connu pour avoir démocratisé le suicide assisté aux Etats-Unis il y a une trentaine d’années, quand la pratique était encore totalement illégale. Et au vu de sa prestation dans BLACKBIRD, notre petit doigt nous dit que l’actrice devenue culte grâce à THELMA & LOUISE (Ridley Scott, 1991) et oscarisée pour LA DERNIÈRE MARCHE (Tim Robbins, 1995) est loin d’en avoir fini avec le cinéma, et on ne peut que s’en réjouir.

La fin de vie, un sujet forcément complexe à aborder au cinéma

Cela n’aura échappé à personne, le débat sur le droit à mourir dans la dignité est de nouveau au cœur de l’actualité en France. Le sujet avait déjà été abordé chez nous en 2012 par Stéphane Brizé dans QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS, où Vincent Lindon jouait un ancien prisonnier confronté à une relation difficile avec sa mère (Hélène Vincent), atteinte d’une maladie incurable, et qui comme l’héroïne de BLACKBIRD a décidé du moment adéquat pour mettre fin à ses souffrances. S’il n’aborde pas directement le thème de l’euthanasie, FRANKIE (Ira Sachs, 2019) partage tout de même quelques similitudes avec BLACKBIRD : Isabelle Huppert y incarne une actrice dont la maladie a atteint le stade terminal, ce qui l’amène à s’entourer de ses proches pour passer ses derniers instants avec eux en vacances au Portugal.

L’idée du rassemblement familial où les langues se délient autour d’un parent âgé était aussi au cœur de FESTEN (1998), prix du Jury à Cannes et deuxième film de Thomas Vinterberg, cinéaste tout récemment oscarisé pour DRUNK (2020). Après l’humour noir du réalisateur danois, on pense aussi à la comédie de Cédric Kahn, FÊTE DE FAMILLE (2019), dans laquelle l’anniversaire de Catherine Deneuve est sérieusement perturbé par la réapparition subite de sa fille aînée, jouée par Emmanuelle Bercot. Catherine Deneuve qui a d’ailleurs joué une scène d’amour devenue culte avec son amie Susan Sarandon dans LES PRÉDATEURS (Tony Scott, 1983). Les géantes se reconnaissent entre elles.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram