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Entre Laure Calamy et Laurent Lafitte, la guerre est déclarée et c'est déjà disponible sur CANAL+

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes en mai dernier, le 4e long métrage d’Anthony Cordier réunit un casting de haute volée – Laure Calamy, Ramzy Bedia, Élodie Bouchez, Laurent Laffitte… – autour d’une électrique guerre des classes sous le soleil. Une comédie qui s’en donne à cœur joie et n’épargne absolument personne.

Sans foi, ni loi

Sur le modèle de la comédie à l’italienne – vive, mordante et bien souvent sans pitié –, Anthony Cordier, à qui l’on doit notamment la série OVNI(s), et Julie Peyr, sa collaboratrice de toujours, ont adapté un scénario écrit à l’origine par Jean-Alain Laban et Steven Mitz pour trouver le ton qui siérait le mieux à leur CLASSE MOYENNE.

Cette savoureuse satire, où tous les coups sont permis, voit s’affronter une famille extrêmement aisée, les Trousselard, venus passer des vacances dans leur luxueuse résidence secondaire en Occitanie, et les gardiens à l’année de cette villa, les Azizi, bien plus modestes.

Philippe (Laurent Lafitte) est un avocat d’affaires d’une suffisance totale, sa femme Laurence (Élodie Bouchez) traîne sa frustration d’actrice ratée et leur fille Garance (Noée Abita) ne recule devant aucun mensonge pour obtenir un rôle. Elle a convié son petit-ami, Mehdi (Sami Outalbali), aspirant avocat, à passer quelques semaines dans la demeure très cossue dont s’occupent à l’année Nadine (Laure Calamy) et son mari Tony (Ramzi Bedia), lesquels vivent dans une dépendance avec leur fille Marilou (Mahia Zrouki).

Si les tensions entre les deux familles ne semblent pas dater d’hier, chacun y allant de ses brimades en cachette des autres, la demande en apparence anodine que fait un soir Philippe à Tony tourne au vinaigre et met littéralement le feu aux poudres. Employés au noir depuis sept ans, les Azizi demandent rétribution aux Trousselard, qui font résistance. Mehdi, la pièce rapportée originaire d’un milieu modeste, va tenter de mener les négociations…

Des allures de joutes médiévales

Avec comme inspiration le cinéma vénéneux de Claude Chabrol, CLASSE MOYENNE ne recule devant aucun coup bas et s’autorise une méchanceté aussi rare qu’elle est ici délectable. Anthony Cordier fait tomber les masques d’entrée de jeu, s’amusant à ausculter les limites de ses personnages face à ce qui les animent le plus : l’argent, la reconnaissance, le pouvoir…

Ici, il ne s’agit pas de sauver les pauvres face aux riches, ou même de trouver un entre-deux– ce que le personnage de Mehdi s’évertue à faire, aussi par intérêt pour un stage en droit que la négociation pourrait lui garantir – mais d’illustrer les effets extrêmement corrosifs de l’argent, tout comme la violence des rapports sociaux.

Anthony Cordier raconte d’ailleurs avoir découvert AFFREUX, SALES ET MÉCHANTS d’Ettore Scola à 20 ans et avoir été marqué par l’approche du cinéaste. « Il disait que représenter les pauvres comme de bonnes personnes voire comme des saints était une mauvaise action politique car cela rendait la misère désirable et vertueuse. Or si la misère est désirable, pourquoi les pauvres devraient-ils sortir de leur condition ? Il faut représenter ce qui est moche chez les pauvres. »

Pour camper ces personnages d’une cruauté sans pareille, Laurent Lafitte, Élodie Bouchez, Noée Abita, Sami Outalbali (découvert dans UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DÉSIR de Leyla Bouzid), Laure Calamy, Ramzi Bedia et Mahia Zrouki (LES MEILLEURES) ont recours à mille trouvailles de jeu, dont certaines improvisées, et donnent à CLASSE MOYENNE de folles allures de joutes médiévales.