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C’est le troisième livre français le plus lu au monde, son adaptation est à voir sur CANAL+

Après un beau succès au cinéma, le film L'ÉTRANGER de François Ozon est disponible sur CANAL+. Une relecture d'Albert Camus ambitieuse portée par Benjamin Voisin et Rebecca Marder à rattraper de toute urgence.

L’ÉTRANGER par François Ozon : un projet intime et universel

Publié en 1942, L’ÉTRANGER est le troisième livre français le plus lu dans le monde, un texte traduit dans plus de 40 langues et étudié par des générations entières. Y toucher au cinéma relevait du défi. François Ozon a choisi de l’affronter frontalement, avec l’ambition d’être fidèle au roman tout en le plaçant dans un cadre cinématographique contemporain.

L'ÉTRANGER se déroule dans l’Algérie coloniale des années 30, décor que le cinéaste a voulu restituer avec précision. Le choix du noir et blanc s’imposait, autant pour contourner les difficultés de tournage en Algérie que pour accentuer l’épure visuelle. Ce dépouillement traduit aussi l’essence du roman, centré sur un personnage opaque que chacun interprète à sa manière.

Benjamin Voisin, déjà dirigé par Ozon dans ÉTÉ 85, incarne un Meursault impénétrable, obligé de gommer les traces habituelles de son jeu pour laisser planer le mystère. Face à lui, Rebecca Marder, repérée dans MON CRIME du même cinéaste, apporte une énergie solaire dans le rôle de Marie, contrepoint lumineux au mutisme du héros. Le film bénéficie en outre de la bénédiction de la famille Camus : Catherine Camus en personne a validé les choix d’adaptation de François Ozon, une validation essentielle pour le réalisateur.

Affronter l'universalité du texte de Camus

Pour François Ozon, adapter Camus, c’était répondre à une nécessité intime. « Relire le roman aujourd’hui m’a frappé. Ce texte garde une force incroyable, il reste bouleversant par sa simplicité et sa radicalité », nous a-t-il confié lors de la Mostra de Venise 2025. « Ce n’est pas un livre daté, c’est une œuvre qui continue de parler à notre époque. »

Le cinéaste souligne aussi le lien personnel qui l’a rapproché du projet. Son grand-père, juge en Algérie, avait échappé à un attentat : « En travaillant sur le film, je me suis souvenu de cette histoire familiale. J’ai compris que je portais une mémoire que je n’avais jamais interrogée. » Adapter L’ÉTRANGER, c’était aussi pour lui se confronter à cette mémoire coloniale trop souvent laissée de côté.

La direction d’acteurs a été pensée comme une prolongation du roman : « Meursault est une page blanche. Benjamin Voisin devait travailler dans la retenue, ne rien donner de trop explicite. Je voulais que le spectateur puisse projeter ses propres émotions sur lui. » À l’inverse, Ozon explique avoir voulu élargir l’espace laissé aux personnages féminins : « Les femmes du roman sont en retrait. J’ai voulu qu’elles aient plus de place, plus de chair, parce qu’elles incarnent une vitalité qui manquait. »

Enfin, François Ozon insiste sur l’universalité de Camus. « L’absurde, la confrontation avec la mort, l’indifférence du monde : tout cela résonne encore. Il fallait adapter ce livre avec le regard d’aujourd’hui. » Présenter le film à Venise, presque soixante ans après Visconti, avait une valeur symbolique forte : « Le film s’ouvre au monde ici, c’est émouvant. Je n’ai pas d’attente particulière, je ne prépare jamais de discours, mais montrer L’ÉTRANGER dans ce cadre est déjà une victoire. »

Avec cette adaptation, François Ozon poursuit un geste qu’il décrit lui-même comme à la fois intime et universel. « J’ai voulu rester fidèle à l’esprit de Camus tout en assumant mon regard. Adapter, ce n’est pas figer une œuvre, c’est la réinventer. »