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Cannes 2025 : les sérieux concurrents au titre du Grand prix du Jury !

Le Grand Prix du Jury à Cannes récompense souvent des œuvres puissantes, audacieuses, capables de marquer leur époque. Alors que l’édition 2025 se distingue par un jury engagé, présidé par Juliette Binoche, plusieurs films en compétition semblent taillés pour remporter cette prestigieuse distinction. Tour d’horizon de nos favoris, entre brûlots politiques, récits intimes et propositions radicales.

Résister, dénoncer, témoigner : la politique au cœur du cinéma

Si l’on en croit l’histoire du Festival, le Grand Prix du Jury récompense souvent un film à fort retentissement humain ou social — de CAPHARNAÜM (Nadine Labaki) à CLOSE (Lukas Dhont), en passant par ATLANTIQUE (Mati Diop). Cette année, le jury semble particulièrement sensible aux œuvres engagées. Parmi les prétendants sérieux, Deux procureurs de Sergei Loznitsa offre une plongée glaçante dans la machine totalitaire soviétique, tandis que DOSSIER 137 de Dominik Moll interroge les violences policières en France à travers le prisme de l’IGPN. Un autre film s’impose par son audace politique : UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi. Réalisateur iranien dissident, Panahi est un symbole de résistance artistique. Condamné en 2010 à six ans de prison et à une interdiction de filmer, il continue de défier le régime en réalisant clandestinement ses œuvres. Son dernier film, en compétition à Cannes, explore les conséquences d’un incident apparemment anodin, tout en proposant une critique acerbe du système judiciaire iranien. Cette œuvre, réalisée sous contrainte, témoigne de son engagement indéfectible envers la liberté d’expression.

Regards féminins, récits de combat

Plusieurs réalisatrices, parmi les voix les plus attendues de cette compétition, semblent prêtes à livrer des œuvres puissantes, où l’intime croise des préoccupations sociales majeures. DIE MY LOVE de Lynne Ramsay s’annonce comme une plongée viscérale dans la psyché d’une mère en détresse mentale et isolée. Fidèle à son style sensoriel et tendu, Ramsay pourrait proposer un huis clos oppressant, à la fois drame psychologique et chronique de l’effondrement intérieur. Dans un registre plus directement social, JEUNES MERES des frères Dardenne promet de mettre en lumière les réalités de l’adolescence précaire. En filmant cinq jeunes femmes hébergées dans une maison maternelle, les cinéastes belges — habitués du palmarès cannois — devraient poser un regard sensible et sans concession sur les obstacles systémiques qui pèsent sur les jeunes filles devenues mères trop tôt. Enfin, LA PETITE DERNIERE de Hafsia Herzi pourrait bien être l’un des récits les plus poignants de cette sélection. Adapté du premier roman de Fatima Daas, le film suit Fatima, 17 ans, entre banlieue, fac de philo à Paris, traditions familiales et désir d’émancipation. En interrogeant le conflit intérieur d’une jeune femme musulmane qui découvre un monde nouveau, Herzi livre un portrait d’une rare justesse sur les tensions identitaires, le féminisme postcolonial et l’affirmation de soi. 

Poétique et politique : une autre forme d’engagement

Certaines œuvres, moins frontales dans leur traitement, pourraient pourtant se révéler tout aussi puissamment politiques. À commencer par ROMERIA de Carla Simón, qui s’annonce comme une quête identitaire intime : une jeune femme, adoptée, part à la recherche de ses racines biologiques, réveillant au passage les non-dits d’une famille éclatée. Dans le sillage de ALCARRAS, la cinéaste catalane pourrait une nouvelle fois capter les tensions souterraines de la mémoire collective avec une douceur trompeuse. Le Norvégien Joachim Trier, avec VALEUR SENTIMENTALE, livre une mise en abyme poignante sur la filiation, le deuil et la création artistique. Le retour d’un père absent, metteur en scène charismatique, face à ses filles, pourrait ouvrir la voie à un drame familial subtil, tout en finesse émotionnelle — une marque de fabrique chez Trier. Enfin, SIRÂT d’Oliver Laxe pourrait bien être l’odyssée la plus sensorielle de la sélection. À travers l’errance d’un père et d’un fils dans les étendues brûlantes du désert marocain, à la recherche d’une fille disparue, Laxe offre une méditation mystique sur la perte et la résistance. Autant de récits où la poésie et l’ellipse pourraient devenir des formes d’engagement à part entière, dans un festival où l’intime n’est jamais dissocié du politique. 

Rendez-vous le samedi 24 mai pour découvrir le Grand Prix du Jury et le reste du Palmarès de la 78e édition !