Ce film français à voir absolument si vous avez aimé CLAYFACE
Avec THE SUBSTANCE, disponible sur CINE+OCS, Coralie Fargeat transformait les diktats de beauté en cauchemar sauce body horror. Deux ans plus tard, CLAYFACE plonge à son tour dans les mutations les plus terrifiantes du corps humain. Entre obsession de l’apparence, identité brisée et transformations physiques, les deux films explorent une même peur : celle de ne plus reconnaître le monstre qui se cache dans le miroir.
THE SUBSTANCE : quand la quête de perfection tourne au cauchemar
Sorti en 2024, THE SUBSTANCE a imposé la réalisatrice française Coralie Fargeat comme l’une des figures incontournables du cinéma de genre contemporain. Son point de départ ? Elisabeth Sparkle, une star de la télévision incarnée par l’icône Demi Moore (GHOST, À ARMES ÉGALES), dont la carrière est brutalement menacée lorsque son émission de fitness se voit annulée. Jugée trop âgée par les responsables de la chaîne, Elisabeth découvre un mystérieux produit clandestin capable de donner naissance à une version plus jeune, plus belle et plus parfaite d’elle-même.
Une injection suffit pour faire apparaître Sue, interprétée par Margaret Qualley (ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD, PAUVRES CRÉATURES). Mais cette seconde jeunesse obéit à une règle stricte : les deux femmes doivent se partager le temps, une semaine chacune, sans jamais déroger à cette alternance. Lorsque Sue commence à vouloir profiter d’une part plus vaste que celle dont elle bénéficie, la promesse de perfection se transforme en descente aux enfers.
Avec ce deuxième long-métrage après REVENGE, Coralie Fargeat pousse le body horror — un sous-genre de l’horreur qui fait du corps humain le terrain de transformations monstrueuses — dans ses derniers retranchements. Chair déformée, prothèses impressionnantes, mutations et séquences volontairement outrancières : le film matérialise la violence d’une société qui exige des femmes qu’elles restent jeunes, désirables et performantes.
Mais derrière le spectacle gore, la réalisatrice développe une réflexion sur le regard des autres et sur la manière dont celui-ci finit par contaminer notre propre perception. Dans une interview accordée à Première en 2025, elle expliquait avoir voulu choisir une actrice iconique, capable de symboliser « la pression d’une idée du succès qui passe par le regard des autres ». Elle raconte également avoir été surprise que Demi Moore accepte de se confronter aussi radicalement à son image. Une décision qui donne au film une dimension particulièrement troublante, tant le parcours de l’actrice nourrit les résonances du personnage.
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en mai 2024, THE SUBSTANCE y remporte le prix du scénario et marque par sa réception critique. Le film est ensuite nommé à cinq reprises aux Oscars 2025, notamment dans les catégories du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice pour Demi Moore. Elle décroche le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie, tandis que le long-métrage est distingué aux BAFTA pour son maquillage et sa coiffure.
CLAYFACE : quand le visage devient une prison
Dans CLAYFACE, le cauchemar change de visage, mais pas nécessairement de nature. Réalisé par James Watkins (EDEN LAKE, SPEAK NO EVIL), le film DC Studios s’intéresse à Matt Hagen, un acteur en pleine ascension incarné par Tom Rhys Harries. Après avoir été défiguré, il voit sa carrière et son identité s’effondrer.
Désespéré de retrouver son apparence et sa place dans l’industrie hollywoodienne, il se tourne vers la scientifique Caitlyn Corr, jouée par Naomi Ackie (MICKEY 17, I WANNA DANCE WITH SOMEBODY), qui lui propose un traitement expérimental. Ce qui devait lui permettre de réparer son visage ouvre la voie à une transformation bien plus inquiétante : son corps devient une matière malléable, capable de changer de forme, mais de moins en moins facile à contrôler.
CLAYFACE propose une approche horrifique d’un personnage habituellement associé à l’univers de Batman. Ici, le « super-vilain » n’est pas seulement une créature à combattre : c’est un homme qui tente de récupérer ce qu’il a perdu, quitte à se détruire davantage. Le rapprochement avec THE SUBSTANCE est évident tant, dans les deux films, l’apparence physique conditionne la place que l’on occupe dans le monde du spectacle. Elisabeth veut échapper au vieillissement et Matt cherche à effacer les traces d’une violence qui menace son avenir. Tous deux acceptent une solution extraordinaire pour retrouver leur valeur aux yeux des autres, avant de découvrir que la transformation promise a un prix.
Mais les intentions diffèrent : chez Coralie Fargeat, le corps devient le révélateur d’une violence sociale et intériorisée, tandis que CLAYFACE s’attache davantage à la perte d’identité, au traumatisme et à la dérive d’un homme dont le pouvoir de métamorphose devient aussi une malédiction. Il ne s’agit donc pas de deux récits interchangeables, mais de deux variations sur une même angoisse : que reste-t-il de nous lorsque notre apparence, celle qui nous permet d’être reconnus, aimés ou désirés, nous échappe ?
CLAYFACE comme THE SUBSTANCE s’inscrivent dans une même tradition, celle d’un cinéma où le spectacle de la chair permet d’explorer des blessures bien plus profondes. Et si le monstre de CLAYFACE finit par prendre toutes les formes possibles, sa tragédie reste profondément humaine : celle d’un homme qui voulait retrouver son visage, et risque finalement de perdre tout ce qui faisait de lui une personne.
