Condamné à 23 ans de prison à cause de son avocat : cette folle histoire vraie qui a inspiré ce thriller dispo sur CANAL+
Disponible sur CANAL+, THE PROSECUTOR met en scène Donnie Yen dans le rôle d’un procureur qui découvre que des avocats manipulent leurs propres clients pour servir de sombres intérêts. Une histoire révoltante inspirée d’une vraie affaire.
Donnie Yen, de flic à procureur
On connaît l'immense Donnie Yen pour ses films d’action chinois (HERO, SEVEN SWORDS, la saga IP MAN) ou ses incursions hollywoodiennes (BLADE 2, JOHN WICK 4). Autant dire qu’on ne s’attendait pas forcément à voir l’acteur prêter ses traits à un homme de loi dans ce qui s’annonçait comme un pur film de procès. Pour autant, THE PROSECUTOR mêle habilement les genres pour tendre bien davantage vers les productions musclées habituelles de la star que vers ANATOMIE D'UNE CHUTE.
Dans ce long-métrage réalisé par Donnie Yen lui-même, le comédien interprète Fok Chi-ho, un inspecteur de police lassé de voir la justice échouer et les criminels s'en sortir à l’étape du tribunal. Pour cette raison, il décide de changer de voie et de devenir procureur.
Sa première affaire s’avère pour le moins étrange : un jeune homme nommé Ma, accusé de trafic de drogue, accepte de plaider coupable sur les conseils de son avocat. Une décision qui permet, par ricochet, de disculper totalement un autre garçon, Chan, pourtant directement impliqué dans ce trafic.
Comprenant trop tard qu’il s’est fait piéger, Ma décide de revenir sur sa déposition. Fok prend alors conscience que les avocats de la défense ont tout mis en œuvre pour envoyer leur propre client derrière les barreaux afin de protéger d'autres intérêts. Il décide donc de mener sa propre enquête sur le terrain.

Une véritable affaire de trafic de stupéfiants
THE PROSECUTOR offre des scènes d’action d'une efficacité redoutable, marquées par la réalisation virtuose de Donnie Yen, tout en les alternant avec des joutes verbales intenses lors des séquences au tribunal. Cependant, là où le film surprend le plus, c’est dans son intrigue qui a tout d’une pure fiction. Or, c’est bel et bien un fait divers authentique, survenu à Hong Kong en 2016, qui a inspiré le scénario.
Dans la réalité, un jeune homme nommé Ma Ka-kin a d’abord été poursuivi aux côtés de Hung Chu-him pour trafic de stupéfiants, après que la douane a intercepté un colis contenant exactement 1185 grammes de cocaïne. D’après l’accusé, il ignorait ce que contenait le paquet. Il avait simplement autorisé Hung, son collègue de restaurant, à utiliser son adresse personnelle pour une livraison.
Pourtant, en mars 2017, sous les conseils de l’assistant juridique Paul Chan Keung-lee et de l'avocate Dorothy Cheung, Ma a signé une déclaration officielle. Celle-ci stipulait qu'il acceptait de plaider coupable à condition que les charges retenues contre Hung soient abandonnées. Une fois devant la Haute Cour, réalisant la supercherie, l’accusé s’est séparé de ses conseillers et a demandé à modifier son plaidoyer. Malgré ses protestations, il a été reconnu coupable en 2019 et condamné à une peine de 23 ans de prison.

Des avocats contre l'intérêt de leur client
L’avocat Eric Cheung a alors repris cette affaire pour représenter Ma en appel. Lors de la procédure, il a été démontré que l’assistant juridique, Paul Chan Keung-lee, avait sciemment induit en erreur le jeune homme en le poussant à se sacrifier malgré son innocence, l'obligeant à fournir un faux témoignage. L'enquête a également révélé que Paul Chan avait un lourd passé judiciaire (condamné pour viol, cambriolage ou encore chantage), ce qui posait question vis-à-vis de sa fonction d’assistant juridique.
Ce scandale a mis en lumière une faille au sein de la profession juridique hongkongaise : la possibilité pour des intermédiaires corrompus de manipuler les dossiers en coulisses. Paul Chan Keung-lee et l'avocate Dorothy Cheung ont ainsi été traduits en justice pour « complot visant à entraver le cours de la justice ».
Ma Ka-kin a vu sa condamnation intégralement annulée en août 2021, et il a été définitivement blanchi. Les trois juges de la Cour d'appel qui ont libéré le jeune homme ont, par la même occasion, vivement critiqué les méthodes du ministère de la Justice de Hong Kong.
De son côté, Paul Chan Keung-lee a été condamné en 2023 à trois ans de prison ferme. L'avocate Dorothy Cheung a quant à elle été acquittée en 2024, le tribunal déclarant qu'elle « semblait avoir enfreint son code de déontologie en ignorant délibérément les instructions et en omettant d'agir dans le meilleur intérêt de son client », sans pour autant retenir l'intention criminelle de complot.
