Depuis 32 ans, ce film français contient l'une des scènes de massacre les plus choquantes du cinéma
Sorti en 1994, LA REINE MARGOT demeure l'un des plus grands succès de Patrice Chéreau. Porté par Isabelle Adjani, Daniel Auteuil et Virna Lisi, le film est notamment resté dans les mémoires pour sa représentation de la Saint-Barthélemy, une séquence d'une violence inhabituelle dans le cinéma français, qui aurait même servi d’inspiration à GAME OF THRONES. Il est à (re)découvrir sur CINE+ OCS avec CANAL+.
Le pari fou de Patrice Chéreau
Au début des années 1990, adapter LA REINE MARGOT d'Alexandre Dumas représente un défi considérable. Le roman foisonnant, les nombreux personnages historiques et l'ampleur des événements racontés nécessitent une production exceptionnelle pour le cinéma français de l'époque.
Patrice Chéreau relève pourtant le défi avec un énorme budget de 140 millions de francs. Le réalisateur choisit d'aborder cette histoire comme un drame politique et familial avant tout. Derrière les costumes et les décors du XVIᵉ siècle se cache une famille déchirée par les luttes de pouvoir, la méfiance et la violence.
Au centre du récit se trouve Marguerite de Valois, interprétée par Isabelle Adjani. Mariée de force à Henri de Navarre (Daniel Auteuil) dans l'espoir d'apaiser les tensions entre catholiques et protestants, elle se retrouve au cœur d'une cour où chacun semble poursuivre ses propres intérêts. Autour d'elle gravitent Jean-Hugues Anglade, Vincent Pérez ou encore Virna Lisi dans le rôle de Catherine de Médicis.
Présenté en compétition à Cannes en 1994, il repart avec le Prix du Jury tandis que Virna Lisi reçoit le Prix d'interprétation féminine. Quelques mois plus tard, cinq César viennent confirmer l'accueil réservé à cette fresque historique de près de trois heures.

Une Saint-Barthélemy filmée comme un cauchemar
Si LA REINE MARGOT est régulièrement cité parmi les grandes fresques historiques françaises, beaucoup de spectateurs se souviennent avant tout d'une séquence : celle du massacre de la Saint-Barthélemy.
Après le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, censé apaiser les tensions entre catholiques et protestants, Paris bascule dans l'horreur. En pleine nuit, les assassinats se multiplient dans les rues de la capitale. Les protestants sont traqués jusque dans leurs maisons, tandis que le sang envahit progressivement la ville.
Patrice Chéreau filme cette violence sans détourner le regard. Les corps s'accumulent, les cris résonnent dans les couloirs du Louvre et les rues deviennent le théâtre d'une véritable chasse à l'homme. Parmi les images les plus marquantes du film figure celle de Margot, interprétée par Isabelle Adjani, découvrant avec effroi le massacre qui se déroule sous ses yeux.
Le réalisateur choisit pourtant de ne pas faire de cette séquence un simple spectacle de violence. Ainsi, au milieu du chaos surgit La Môle, un jeune protestant incarné par Vincent Perez. Blessé et couvert de sang, il trouve refuge dans la chambre de Margot. Cette rencontre bouleverse le personnage. Alors que sa propre famille se trouve au cœur des événements, la jeune reine décide de protéger cet homme pourchassé au péril de sa vie.
La robe blanche de Margot, rapidement maculée de sang, est devenue l'une des images les plus célèbres du film, jusqu'à devenir son affiche. Elle symbolise à elle seule la rupture qui s'opère chez le personnage. Pour la première fois, Margot s'éloigne du camp auquel elle appartient par naissance et refuse de cautionner les violences commises autour d'elle.
Cette séquence s'appuie sur un événement historique bien réel. Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, plusieurs milliers de protestants sont massacrés à Paris avant que les violences ne s'étendent à d'autres villes du royaume. Plus de quatre siècles plus tard, la Saint-Barthélemy demeure l'un des épisodes les plus traumatisants de l'histoire de France. Ce mariage a été renommé « les noces vermeilles » en raison du massacre qui s’en est suivi. Il se murmure que George R.R. Martin s’en soit largement inspiré pour ses Noces Pourpres de GAME OF THRONES.
