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Disparition de Nadia Farès, l'actrice du polar sous tension qui nous a marqués dans LES RIVIERES POURPRES

Il y a des actrices qu’on retient pour leur carrière, une silhouette ou une voix, une manière d’entrer dans un plan. Nadia Farès appartenait à cette seconde catégorie. Du thriller français des années 1990 aux séries plus récentes, elle aura toujours incarné une présence dense, tendue, toujours un peu en retrait — et donc d’autant plus mémorable. Elle vient de s’éteindre précocement à l’âge de 57 ans.

Cindy Crawford méditerranéenne

Née à Marrakech d’un père marocain et d’une mère arménienne, Nadia Farès débute à l’écran dans le téléfilm NAVARRO en 1990, puis L’EXIL en 1991. Mais c’est le cinéma et ELLES N’OUBLIENT JAMAIS (Christopher Frank), trois ans plus tard, qui la pousse réellement sous la lumière. Puis une série de films français des années 1990 installe son visage dans le paysage, de HOMMES, FEMMES : MODE D’EMPLOI de Lelouch en passant par LES DÉMONS DE JÉSUS de Bernie Bonvoisin, SOUS LES PIEDS DES FEMMES et LES GRANDES BOUCHES, de Bonvoisin encore. A chaque fois, elle ne s’impose pas par l’esbroufe ni par la surexposition, mais par une qualité plus rare : une intensité sèche, immédiatement lisible qui évite d’emblée le purement décoratif. Dans ce cinéma français post années 1980, elle apporte autre chose qu’une simple caution féminine à coté du héros.

Le polar comme point d’ancrage

La mémoire collective fixera surtout Nadia Farès au tournant de la nouvelle décennie. Avec LES RIVIÈRES POURPRES de Kassovitz, sorti en 2000, l’actrice prend part à l’un des thrillers français les plus marquants de sa génération.  
Le rôle de Fanny Ferreira contribuera à l’imposer comme une figure forte et déterminée, tendance que confirmera NID DE GUÊPES de Florent-Emilio Siri en 2002. Ce n’est clairement pas un hasard si ces deux titres restent les plus spontanément associés à son nom : ils exploitent exactement ce que son jeu apporte de plus singulier, cette capacité à rendre la violence plus concrète et le mystère moins abstrait. D’ailleurs le polar lui va bien parce qu’il exige moins la démonstration que la tenue. Farès y excelle dans un registre physique, nerveux, en tension. 

Cette affinité n’enferme pourtant pas sa carrière. Elle prête aussi sa voix au CHÂTEAU DES SINGES, traverse des films plus variés, puis déplace cette énergie vers des productions internationales comme ROGUE : L’ULTIME AFFRONTEMENT et STORM WARNING. Et même lorsque les films circulent davantage dans les marges du grand public, sa présence reste identifiable. C’est une constante chez elle : ne pas toujours occuper le centre du dispositif, mais faire sentir qu’un plan a changé d’équilibre dès qu’elle y entre. Il y a chez Nadia Farès quelque chose de frontal et de secret à la fois, une combinaison qui explique sans doute pourquoi elle a tant compté dans un cinéma fait d’actions et d’ombres portées.  

Une rareté durable

La suite de la trajectoire sera plus intermittente, mais pas effacée. Après plusieurs années plus discrètes, Nadia Farès revient au premier plan avec MARSEILLE en 2016, première série française de Netflix, où elle incarne Vanessa d’Abrantès. Dans un entretien, elle disait alors ressentir un « désir fort de retrouver les plateaux », comme si ce retour devait compter autant artistiquement que symboliquement. Le choix n’est pas anodin : MARSEILLE la replace dans une fiction de pouvoir, de stratégies, de dureté sociale, autrement dit dans un territoire où sa présence continue de produire son effet. Elle prolongera ce retour avec LES OMBRES ROUGES, puis LA PROMESSE et plus récemment, en 2025, dans TOUJOURS POSSIBLE, aux côtés d’une autre femme forte, Amanda Lear. 

Dans une époque qui pousse souvent les comédiens à commenter sans cesse leur propre image pour continuer d’exister, Nadia Farès aura suivi une ligne plus rare. Moins de bruit, moins de saturation médiatique. Sa filmographie n’est donc pas celle d’une machine à blockbusters ni d’une actrice-happening. Elle ressemble plutôt à une suite de surgissements précis, à des rôles qui reviennent par blocs dans la mémoire des spectateurs. Cela suffit parfois à laisser sa marque. Et la sienne, dans le cinéma français récent, aura été celle d’un visage qui ne venait pas simplement habiter un film, mais qui pouvait en bouleverser la température.

Copyright photo : PASCAL LE SEGRETAIN - GETTY IMAGES EUROPE - Getty Images via AFP