Un plan-séquence de 40 minutes : ce gros choc de 2025 est dispo sur CANAL+
Marqué par un exceptionnel plan-séquence de 40 minutes, RESURRECTION est une œuvre complexe qui utilise le rêve comme métaphore face au régime chinois. Disponible sur Ciné+ OCS (avec CANAL+), le film de Bi Gan est un choc visuel à voir absolument.
RESURRECTION, un chef-d’œuvre que trop peu ont vu
Certains films passent malheureusement presque inaperçus lors de leur sortie en salles. C’est le cas de RESURRECTION (2025), un long-métrage d’auteur chinois qui n’avait cumulé que 40 767 entrées au box-office français. Un score à relativiser, puisque ce genre d'œuvre exigeante ne bénéficie jamais d'une large distribution et ne vise évidemment pas le million d'entrées.
Pourtant, ce chef-d’œuvre mérite une tout autre lumière. Lors de sa sortie, le site Allociné titrait d'ailleurs qu'il s'agissait du « film à voir absolument cette semaine », tandis que Le Monde écrivait dans sa critique que RESURRECTION, « d’une époustouflante inventivité formelle, ne ressemble à aucun autre film ». Heureusement, CANAL+ permet désormais de rattraper cette anomalie.
Réalisé par le virtuose Bi Gan, RESURRECTION est un film labyrinthique qui navigue à travers le temps et les genres. L’histoire se déroule dans un monde où les humains ont arrêté de rêver. Une condition qui leur permet de devenir immortels. Ceux qui refusent cela s’appellent les « Rêvoleurs ».

L’exploration des rêves et des genres cinématographiques
Lorsqu’une femme nommée la Grande Autre (Shu Qi) rencontre l’un d’entre eux (Jackson Yee), elle décide d’explorer ses visions pour comprendre ce qui le pousse à mettre sa vie en péril. Elle va alors suivre ce Rêvoleur à travers différentes histoires qui traversent et réinterprètent les périodes majeures du XXe siècle en Chine.
Pour rappel, Bi Gan avait déjà prouvé son obsession fascinante pour le rêve avec UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT (2018). Ce film noir intégrait déjà un plan-séquence fou de 59 minutes pour lequel le réalisateur utilisait la 3D afin d'offrir une véritable immersion sensorielle.
Pas de 3D ici, mais des images une nouvelle fois à couper le souffle. La première partie du film est construite comme une œuvre muette, avec des décors qui rappellent tantôt la poésie de Georges Méliès, tantôt l'expressionnisme de F.W. Murnau, où le Rêvoleur apparaît sous les traits d'une créature difforme.

Un plan-séquence époustouflant
Le point d'orgue du film reste son incroyable plan-séquence de 40 minutes, centré sur une histoire d’amour impossible entre un homme et une vampire. La séquence se déroule à l’aube de l’an 2000, le temps d’une nuit. Sans la moindre coupure, la caméra nous emmène entre des quais, des bâtiments en ruine, des ruelles sombres et une boîte de nuit.
La virtuosité de Bi Gan atteint son paroxysme après que le quartier s’anime pour projeter un film en extérieur. « Trois heures condensées en accéléré pour créer une ambiance onirique », expliquait le réalisateur. Le plan se termine lorsque les deux amoureux fuient à bord d’un bateau juste avant le lever du jour.
Pour réussir cet exploit technique, Bi Gan et son équipe ont tourné entre 2 heures et 7 heures du matin dans la ville de Chongqing. Le cinéaste confiait au magazine Dazed : « À chaque mouvement, il y avait au moins dix personnes qui suivaient, préparant le plateau et planifiant les étapes suivantes ». Rien que pour cette prouesse visuelle, RESURRECTION est une expérience à vivre. Mais si le film est sublime sur la forme, il s'avère plus cryptique sur le fond. Car il s’agit de bien plus qu’un simple hommage esthétique au septième art.

Comment comprendre le film ?
Il faut d’abord comprendre que chaque segment du film correspond à un sens précis que le Rêvoleur doit recouvrer, à commencer par la vue avec la Grande Autre. Dans la deuxième partie (l’ouïe), le héros est traqué par un commandant qui se perce les tympans pour trouver un vieil instrument de musique. Dans la troisième (le goût), il réveille un esprit et goûte une pierre. Tandis que pour le quatrième acte (l'odorat), une jeune orpheline est capable de deviner des cartes de jeu à l'odeur. Enfin, la cinquième partie se conclut par le toucher : les crocs d'une vampire qui mordent le héros pour lui offrir la vie éternelle.
Dans chacun de ces segments, le Rêvoleur finit toujours par mourir de manière paisible après avoir assimilé une leçon. Une fois tous ses sens retrouvés, la Grande Autre accepte de le laisser partir. Il meurt, mais il a pu décider de son propre destin. Ainsi, derrière cette narration complexe se cache une critique – subtilement cryptée pour échapper à la censure – du régime chinois.
Si le pouvoir en place (incarné par la Grande Autre) cherche à contrôler l’individu pour maximiser le rendement de la société (des êtres éternels qui ne dorment plus et produisent sans cesse), il se heurte à une frontière infranchissable : le rêve. L'onirisme reste le dernier refuge de l'individualité, le seul espace où la liberté de penser et la liberté artistique sont encore possibles.
