DOSSIER 137 : le film avec Léa Drucker se base-t-il sur une histoire vraie ?
DOSSIER 137 est le coup de cœur du mois de juin de CANAL+. Pour ce film, Dominik Moll s’est approché très près de récits liés aux manifestations des Gilets jaunes. Déjà salué pour son travail de recherche sur LA NUIT DU 12, le cinéaste français compose un thriller aux accents autrement documentaires avec DOSSIER 137.

Un modus operandi bien rôdé
Si le dossier 137 est, en apparence, une affaire de plus pour Stéphanie (campée par la magistrale Léa Drucker, qui a remporté le César de la meilleure actrice pour ce film), enquêtrice chevronnée de l’IGPN, la police des polices, un élément inattendu va venir lui donner une tout autre envergure. Avec son équipe, cette femme à la droiture sans faille va chercher à découvrir ce qu’il s’est passé un soir de manifestation des gilets jaunes, suite à la blessure d’un jeune homme par un tir de LBD. Elle recueille inlassablement témoignages, informations, vidéos pour faire éclater une vérité que le pouvoir voudrait taire.
Comme pour LA NUIT DU 12, dont l’intrigue était basée sur un fait réel relaté par Pauline Guéna dans son livre documentaire "18.3 - Une année à la PJ", Dominik Moll s’est énormément documenté pour DOSSIER 137, ici sur un grand nombre de cas dramatiques où des civils ont été blessés lors de ces rassemblements contestataires. « Après la phase d’immersion et de documentation, j’ai partagé cette somme d’informations avec mon complice Gilles Marchand et nous avons tissé minutieusement une enquête avec son lot de tensions, de mystères, et de rebondissements », raconte le réalisateur.
« Augmenter l’effet de réel »
Si l’histoire racontée dans le film est donc manifestement inventée, elle se nourrit de plusieurs affaires réelles qui se sont peu ou prou déroulées sur la même période, soit à l’époque des premières manifestations de Gilets jaunes, en décembre 2018. Et notamment, celle d’une famille venue de la Sarthe pour la défense des services publics et dont le plus jeune a été grièvement blessé à la main par une grenade de désencerclement. Le film met, lui, en scène les Girard, pour qui la manifestation est aussi l’occasion d’une sortie familiale à Paris, et donne ainsi à voir l’important clivage entre Paris et le reste du pays dans une période politique extrêmement tendue.
Plongée vertigineuse dans les affres d’une enquête de l’IGPN, avec tout ce que ça peut convoquer de procédurier et de répétitif, DOSSIER 137 fait un usage autrement intéressant de la vidéo dans une pleine variété de formats. Le spectateur, dans cette proposition immersive, est confronté à son propre rapport aux images et au hors-champ, à scruter minutieusement l’écran pour y déceler un indice. « La plupart de ces vidéos sont mises en scène, notamment parce que dans la plupart, les protagonistes du film y apparaissent […] mais parfois j’ai mélangé des prises de vue mises en scène avec des vidéos d’archives que j’avais sélectionnées auparavant, afin d’augmenter l’effet de réel », analyse Dominik Moll qui signe un excellent thriller à charge.
