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El Reino, un grand thriller politique venu d'Espagne

Posté par Rosario Ligammari le 20 mai 2020
Après Que Dios nos perdone, Rodrigo Sorogoyen réalise avec El Reino un second film haletant en phase avec l'actualité de l'Espagne. Et son long-métrage de se situer dans la veine des grands thrillers politiques tels que Z ou Il Divo, en même temps qu'il confirme la vitalité du cinéma espagnol.
El Reino et les affaires politiques

Parfois un simple fait divers de quelques lignes peut être à l'origine d'un scénario des plus palpitants. Pour El Reino (2019), le réalisateur Rodrigo Sorogoyen s'est inspiré de la situation politique de l'Espagne de ces dix dernières années, dont les histoires de corruption et de procès emplissent – et tachent – les pages des journaux.

L'histoire d'El Reino (« le royaume » en espagnol), c'est plus exactement celle de Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre), qui, en passe de devenir le président de son parti, se retrouve impliqué dans une affaire de corruption et de détournement de fonds inculpant l'un de ses proches. Et Rodrigo Sorogoyen de signer un thriller politique qui, en plus d'avancer à toute allure (mouvements de caméra nerveux, montage dynamique, musique qui dépote...), ne se prive pas de pointer avec sa caméra la corruption en Espagne et ce avec une idée originale et audacieuse : celle de se placer (cinématographiquement) « du point de vue » du politicien corrompu.

Dans la lignée des grands films politiques

El Reino pourrait être à première vue un sujet rugueux pour le public qui n'est pas espagnol. Il n'en est rien. Ce long-métrage renvoie beaucoup au cinéma politique italien comme Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri, 1970), classique du genre et parabole ultime qui démontre que les personnages hauts placés – ici criminel – s'en sortent haut la main. Toujours chez les Italiens, on pense au cinéma de Francesco Rosi connu pour ses « films-dossier » jusqu'à plus récemment Il Divo (2009), biopic décalé sur Giulio Andreotti (homme politique peu connu en France) dont Paolo Sorrentino a tiré une grande farce avec un suspense digne des grandes enquêtes. On peut se poser la question : à quoi bon voir un biopic sur une personnalité que l'on ne connaît pas ? Eh bien, c'est que, dans le cas politique précisément, le véritable sujet n'est pas (seulement) le protagoniste en tant que tel mais... la corruption.

Parmi les films qui peuvent se voir à la fois comme des thrillers haletants et comme de grands brûlots politiques, on peut encore citer Les Hommes du président (Alan J Pakula, 1976), sur le scandale du Watergate (l'affaire d'espionnage politique qui a abouti à la démission de Richard Nixon en 1974). Du côté du cinéma français, on pense bien sûr à Z de Costa-Gavras (1969), qui s'inspire quant à lui de l'affaire Lambrakis (l'assassinat du députe grec du même nom en 1963).

Le cinéma espagnol se porte bien

Si Pedro Almodovar continue de s'imposer comme le maître du mélodrame espagnol, et au-delà d'un Juan Antonio Bayona dont la carrière est désormais à Hollywood, on a pu voir ces dernières années quelques pépites noires issues de la péninsule ibérique. Citons l'hybride La Nina de Fuego (Carlos Vermut, 2014), entre drame social et film d'enquête « puzzle » avec beaucoup de hors champs et une ambiance glaciale à la Michael Haneke. Rayon polar brut, La Isla Minima (Alberto Rodriguez, 2014) est un film d'une efficacité redoutable, qui se situe dans l'Espagne post-franquiste des années 80, avec parallèlement une enquête sur un serial killer. On peut encore citer le thriller politique L'Homme aux mille visages (réalisé par le même Rodriguez, 2017), soit, dixit la tagline de l'affiche, « l'histoire vraie d'un homme qui a arnaqué tout un pays ».

Le premier long-métrage de Rodrigo Sorogoyen, Que Dios nos perdone (2017) suit la trace d'un tueur en série tout en abordant la crise de Madrid de 2011 et le mouvement des Indignés. Il peut s'ajouter aux thrillers politiques ibériques. Avec El Reino, le réalisateur n'est donc plus une révélation mais une valeur sûre du cinéma espagnol. Les Sept Goya (l'équivalent des César espagnols) remportés pour son film, en plus de son succès critique et public un peu partout vient nous le confirmer un peu plus.

El Reino, disponible dès le 20/05 sur CANAL+CINEMA

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