Depuis 30 ans, ce film reste l'un des polars les plus copiés du cinéma
Trente ans après sa sortie, FARGO, le film culte des Frères Coen n'a rien perdu de son pouvoir de fascination. Sorti en France en 1996, ce polar enneigé, aussi drôle que glaçant (et ce n’est pas une blague météo), a profondément marqué le cinéma contemporain. Entre criminels maladroits, violence absurde et humour noir, son influence se retrouve encore aujourd'hui dans d'innombrables films et séries.
Le polar qui a changé les règles du jeu
Lorsque FARGO débarque dans les salles au printemps 1996, personne ne s'attend à ce que ce thriller atypique devienne l'un des films les plus marquants de sa génération. Il faut dire que sur le papier, l'intrigue paraît presque banale : Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures endetté, engage deux truands pour kidnapper sa propre épouse afin d'extorquer une rançon à son riche beau-père. Mais comme souvent chez les frères Coen, rien ne se déroule comme prévu…
Pour donner vie à cette galerie de personnages aussi pittoresques qu'inquiétants, les frères Coen réunissent un casting remarquable. William H. Macy campe un Jerry Lundegaard dépassé par ses propres mensonges, tandis que Steve Buscemi et Peter Stormare forment un duo de ravisseurs aussi imprévisibles que dangereux. Mais c'est surtout Frances McDormand qui marque, à l’époque et pour longtemps, les esprits dans le rôle de Marge Gunderson, policière enceinte à la gentillesse désarmante, devenue l'une des héroïnes les plus mémorables de l'histoire du polar.
Au creux des paysages glacés du Minnesota, les choses prennent rapidement une tournure qu’il ne serait pas abusif de qualifier de chaotique. Les réalisateurs entremêlent, avec la précision redoutable qu’on leur connaît, suspense criminel, humour décalé et observation sociale. Le résultat ? Une œuvre impossible à ranger dans une seule catégorie, capable de déclencher une hilarité incontrôlable que vient rompre un profond malaise la seconde suivante. Une singularité qui vaudra à FARGO deux Oscars, dont celui du meilleur scénario original.
Une influence qui traverse les décennies
Si FARGO continue d'être cité comme une référence absolue du polar moderne, c'est parce qu'il a imposé une formule qui a depuis été largement reprise. Des criminels incompétents confrontés à des situations qui les dépassent, une violence surgissant de manière brutale au cœur du quotidien et un regard ironique sur l'Amérique profonde : autant d'éléments que l'on retrouve dans de nombreux films postérieurs… On pense notamment à GET SHORTY de Barry Sonenfeld (1995) ou à UN PLAN SIMPLE (1998) de Sam Raimi, autre thriller enneigé où une découverte fortuite entraîne des individus sans histoire dans une spirale meurtrière.
Mais l'influence de FARGO dépasse largement le cadre du cinéma des années 1990. BONS BAISERS DE BRUGES (2008), par exemple, faisait coexister tueurs à gages maladroits, dialogues décalés et tragédie existentielle. Plus récemment, 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE de Martin McDonagh, sorti en 2018, reprend ce mélange de violence, de personnages excentriques et d'ancrage dans une Amérique périphérique souvent ignorée par Hollywood.
À la télévision, l'héritage du film des frères Coen est peut-être encore plus visible. La série BREAKING BAD doit, par exemple, une partie de sa mécanique narrative à cette idée qu'un citoyen ordinaire peut basculer dans le crime et perdre progressivement pied. Des séries comme OZARK ou BARRY ont également hérité de ce ton si particulier où l'humour surgit au cœur des situations les plus dramatiques.
