Film choc de 2025, ce thriller sensoriel a été tourné dans des conditions folles
Du début à la fin, la production de SIRĀT a été complexe, mais les difficultés du tournage en valaient la peine. Ce succès inattendu de 2025, qui a laissé les spectateurs groggy, est disponible sur CANAL+.
Succès surprise d’une rave dans le désert
Réalisé par Oliver Laxe, SIRĀT a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie en 2025. D’abord au Festival de Cannes, où il a remporté le Prix du jury (ex æquo avec LES ÉCHOS DU PASSÉ), puis à son arrivée en salles. En quelques semaines, le long-métrage a cumulé plus de 750 000 entrées, un score impressionnant pour un film d’auteur sans nom clinquant. Car outre Sergi López, visage bien connu en France, le reste du casting est composé d’acteurs amateurs.
Dans SIRĀT, Sergi López incarne Luis, un homme à la recherche de sa fille aînée. Accompagné de son jeune fils Esteban, il se rend dans une fête clandestine, dans le sud du Maroc, dans l’espoir de la retrouver. Sur place, il fait la rencontre d’un groupe de cinq raveurs. Lorsque l’armée interrompt brusquement les festivités, Luis décide de suivre ces jeunes qui tentent de rejoindre une autre rave en Mauritanie, en traversant les montagnes.
Même s’il a pu diviser, SIRĀT a été globalement très bien accueilli. Le public s'est laissé transporter par l’expérience sensorielle d’Oliver Laxe, naviguant entre un désert étouffant et la musique techno hypnotique composée par Kangding Ray, qui accompagne ce voyage mystique de bout en bout.

Un tournage sauvé par Almodóvar
Oliver Laxe a pourtant lutté pour trouver des financements. D’après lui, le projet "n’a pas été bien compris au stade de l’écriture" et il estime même avoir été maltraité par le système de financement français, comme il le confiait au site Bande à part :
C’est très courant de ne pas être choisi pour être financé. Cela arrive à presque tout le monde. Mais au vu de ma trajectoire, trois films primés à Cannes, on devrait quand même me recevoir et m’écouter.
C’est finalement grâce au soutien de Pedro Almodóvar et de son frère Agustín, qui ont produit SIRĀT via leur société El Deseo, qu’il a pu mener son projet à bien. Des producteurs qui lui ont fait une confiance aveugle, même pour les séquences les plus folles à mettre en place, à l'instar de la scène d'ouverture de la fête où plus de 1 000 personnes ont débarqué.
On a organisé une vraie teuf avec des collectifs de raveurs. On attendait un peu de monde, et puis 1 000 personnes sont venues ! On a dû s’adapter, car lorsque la musique démarre, ils n’arrêtent pas de danser durant trois jours…

Reproduire le son d’une rave
La musique est déterminante dans SIRĀT. Oliver Laxe la passait véritablement au moment de tourner certaines scènes, quitte à rendre difficile la communication entre lui, derrière la caméra, et ses acteurs situés parfois à plusieurs mètres. Mais le travail en post-production est encore plus remarquable tant le résultat final embarque le spectateur.
Pour cela, il n’était pas possible de simplement ajouter la bande sonore, le rendu aurait été trop lisse. Les équipes d’Oliver Laxe ont d'abord tenté d'enregistrer la musique via les enceintes du studio, mais là encore, le son était trop parfait et manquait de grain.
Finalement, comme chaque haut-parleur que l’on voit dans le film a ses particularités (ayant été fabriqués à la main), il a été nécessaire de dénicher un sound system similaire. L'équipe a alors enregistré la musique avec des microphones placés plus ou moins près des enceintes pour reproduire fidèlement l'effet brut et l'impact physique du son ressentis lors du tournage.

“Le sable, la bouche sèche, la soif, tout ça habite le film”
Pour l’aspect visuel, Oliver Laxe et son équipe ont tourné dans des décors naturels somptueux trouvés en Espagne et dans le sud du Maroc. Mais ils ont dû se soumettre aux caprices de la météo. Une véritable tempête de sable s'est par exemple invitée pendant les prises de vues.
On peut d’ailleurs voir à l'écran Sergi López recevoir une violente rafale de sable et être obligé de détourner le regard. De même, lorsque son personnage marche seul avant de s’effondrer sur le sol, le vent réel commençait à se lever. Les épreuves physiques des personnages étaient donc celles des acteurs.
Malgré la chaleur et l'épuisement, Sergi López a tenu à relativiser l'expérience auprès de Paris Match :
Le tournage était dur mais on ne va pas se plaindre, on fait un film, on est des privilégiés. Cette dureté, cette chaleur, la fatigue de l'équipe, le sable, la bouche sèche, la soif, tout ça habite le film et nous aide à construire l’histoire et les personnages.
Dans la suite de l'entretien, le comédien confie avoir pris un plaisir immense sur ce plateau. Une preuve supplémentaire du talent de l'acteur, qui livre ici une performance habitée dans le rôle d'un père de plus en plus meurtri et renfermé.
