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FRANKENSTEIN sur Netflix : pourquoi il ne faut pas rater la sublime adaptation de Guillermo del Toro

Après avoir été présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise, l’impressionnant FRANKENSTEIN de Guillermo del Toro est enfin arrivé sur Netflix (disponible avec CANAL+). Et on vous dit pourquoi il est immanquable.

FRANKENSTEIN : un chef-d'oeuvre signé Guillermo Del Toro

Existe-t-il un mariage plus évident que FRANKENSTEIN et Guillermo del Toro ? Depuis le début des années 2000, le réalisateur oscarisé de LA FORME DE L’EAU rêvait de mettre en scène sa propre version du roman fondateur du fantastique de Mary Shelley, publié en 1818.

À l'époque, le cinéaste mexicain venait d’achever LE LABYRINTHE DE PAN (2006) et voyait dans l'histoire de la créature une parabole idéale de ses thèmes de prédilection : la monstruosité, l'exclusion et la quête d'humanité. Il envisageait déjà de porter le texte à l'écran en collaboration avec un studio, mais l'envergure du projet, le coût des effets spéciaux et ses engagements sur d'autres films (PACIFIC RIM, CRIMSON PEAK) repoussèrent sans cesse l’échéance.

Ce n'est qu'au début des années 2020, après le succès critique de LA FORME DE L’EAU (Lion d'or à Venise en 2017 et Oscar du meilleur film en 2018), que Guillermo del Toro reprend sérieusement l'idée. L'avènement des plateformes de streaming, prêtes à financer de grandes productions d'auteur, ainsi que la fidélité de Netflix envers le réalisateur (qui a produit son PINOCCHIO en stop‑motion en 2022), offrent enfin le contexte idéal. Un accord se noue et, en 2023, Del Toro annonce officiellement la mise en chantier de son FRANKENSTEIN avec un budget estimé à 120 millions de dollars.

Au casting, on retrouve Oscar Isaac dans le rôle de Victor Frankenstein et Jacob Elordi dans la peau de sa Créature. À leurs côtés : Christoph Waltz ou encore Mia Goth complètent la distribution.

Une construction en deux volets

FRANKENSTEIN s’organise autour d’un dispositif en deux parties : la première moitié suit Victor Frankenstein dans son laboratoire clandestin. On assiste à l'obsession qui le dévore, à ses tentatives de rassemblement des corps, à ses échecs et à son triomphe final lorsque l'étincelle de vie anime enfin l'être inerte. Oscar Isaac compose un savant torturé, à la fois arrogant et vulnérable, tandis que Christoph Waltz incarne un mentor cynique qui encourage et met en garde Victor qui se prend pour un dieu tout-puissant.

La seconde moitié du film se concentre sur la Créature, magistralement incarnée par un impressionnant Jacob Elordi. Dès sa naissance, celle-ci est rejetée par son créateur, incapable d'assumer le monstre qu'il a engendré. Le géant aux multiples cicatrices s'enfuit et découvre un monde hostile, la cruauté des hommes, mais aussi la beauté et l’amour. Le film adopte son point de vue et explore sa découverte de la nature, ses rencontres avec des paysans, la lecture qui lui permet d'accéder à la parole, puis l'inexorable prise de conscience de sa différence. Cette inversion du regard – du créateur vers la créature – est la grande force du film. Guillermo del Toro l'avait déjà expérimentée dans LA FORME DE L’EAU, en faisant d'un amphibien la figure centrale d'une histoire d'amour. Ici, il réhabilite le monstre comme véritable héros tragique, victime d'un monde qui l’exclut.

Une oeuvre somme pour Guillermo del Toro

Derrière l'horreur et le romantisme, FRANKENSTEIN version Del Toro est un film profondément politique. En situant l'action dans l'après-guerre, il interroge le rapport de l'homme à la violence. Les corps mutilés et la volonté de dominer la mort renvoient aux traumatismes des tranchées et aux avancées scientifiques sans garde-fous. La Créature, rejetée par tous, subit la haine de ceux qui la considèrent comme une abomination : l'évocation du racisme, de l'intolérance et de la peur de l'autre est explicite. Le monstre apprend à parler en observant les hommes, il découvre la beauté, mais comprend vite que l'humanité peut être plus monstrueuse que lui.

Guillermo del Toro renverse ainsi les rôles : les véritables monstres sont les humains qui torturent, haïssent, exploitent. La Créature, elle, cherche désespérément un sens, un amour, une reconnaissance. Ce thème, déjà au cœur de LA FORME DE L’EAU, résonne avec l'actualité : marginalisation des étrangers, cris de rejet, peur du différent. En montrant la Créature errant dans une Europe en ruines, Del Toro fait de son film un miroir de nos sociétés, où la quête d'identité se heurte au rejet.

Cette obsession de la monstruosité a toujours été au centre du cinéma de Guillermo del Toro.  Depuis ses débuts avec CRONOS (1993), il explore la frontière entre l'humain et l'inhumain. MIMIC (1997) mettait en scène des insectes géants créés par l'homme, LE LABYRINTHE DE PAN (2006) confrontait une enfant à des créatures fantastiques, HELLBOY (2004, 2008) transformait un démon en héros, PACIFIC RIM (2013) célébrait la culture des monstres géants (kaijus). Dans chaque film, Del Toro développe un imaginaire riche en symboles et en textures, où la monstruosité est synonyme d'altérité et de poésie.

Avec LA FORME DE L'EAU (2017), il raconte l'histoire d'amour entre une femme muette et une créature amphibienne. Le film remporte le Lion d'or et l'Oscar du meilleur film. FRANKENSTEIN prolonge cette démarche, mais à une échelle encore plus grande. Guillermo del Toro y déploie ses talents de conteur, de plasticien et de cinéphile pour un superbe film-somme.