Keepers, un film noir à la lumière d'un phare

Posté par Rosario Ligammari le 20 Septembre 2019
Qu'il éclaire des amants ou abrite des morts, le phare au cinéma n'est pas qu'un simple élément de décor. Dans Keepers, les trois marins venus tranquillement le garder vont baigner dans une atmosphère plus noire que joliment tamisée...
Le romantisme autour du phare

Qui dit « phare » dit « nuit ». Au-delà d'être un simple système de signalisation maritime – voire un personnage à part entière – le phare est le prétexte à un éclairage adouci. C'est un moyen (au sens technique du terme) de souligner des péripéties nocturnes. Il peut sinon mettre en lumière des êtres solitaires et héroïques comme Aquaman (James Wan, 2018). Mais le phare fait surtout office de décor sentimental : on visualise sans mal deux amants à l'abri du monde, le ressac des vagues pour seule mélodie et l'éternité comme ligne d'horizon. La nuit peut alors devenir blanche puisqu'elle est éclairée par la lumière du phare.

Proche dans le champ ou non, ce fameux phare est loin d'être un détail ; on peut déceler sa présence comme témoin de la passion, des Temps Modernes (Charlie Chaplin, 1936) à Forever Young (Steve Miner, 1992), en passant par la dernière séquence de La Grande Bellezza (Paolo Sorrentino, 2013) – quand l'amour de jeunesse du héros dévoile sa poitrine – jusqu'à Un long dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet, 2004).

Lieu de tension sexuelle...

Un autre Genet – Jean cette fois-ci – a influencé un film  qui lui-même a inspiré une affiche connue pour avoir provoqué des remous : il s'agit de celle de Querelle, le dernier long-métrage de Rainer Werner Fassbinder (sorti en 1982). Et que représente cette affiche ? Un dessin qui met sur le même plan l'acteur et le phare sur lequel il est adossé. Seulement le phare n'est même plus métaphorique puisqu'il est explicitement phallique ; on y reconnaît un sexe masculin en érection.

Plus symbolique : dans la romance torride Lucia y el sexo (Julio Medem, 2002), quand l'héroïne se balade en bord de mer, elle y croise un phare placé juste à côté d'un trou qui plonge dans les rochers. Oui, quand il y a un phare, il y a de la tension érotique dans l'air.

… et lieu de tension tout court

Après Éros, place à Thanatos. Ce n'est pas l'arbre qui cache la forêt mais le phare qui camoufle... quelque chose ; un cadavre par exemple, dans Keepers (Kristoffer Nyholm, 2018). La nuit n'est pas si calme qu'on peut le croire et encore moins quand elle est enveloppée de brouillard (comme dans The Fog de John Carpenter, 1980). Le phare est carrément hanté d'après les rumeurs dans The Phantom Light (1935), film que réalise Michael Powell trente-cinq avant son angoissant et précurseur Le Voyeur (1960). Dans Le Phare de l'angoisse (Simon Hunter, 1999), un serial-killer s'échappe de sa prison et trouve avec le phare une planque idéale, en plus de pouvoir assouvir ses pulsions meurtrières à l'abri des regards.

Car oui, le phare voit tout sauf quand on est juste en-dessous ; à ce moment-là, il n'est plus témoin de rien.

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