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LA FILLE AU BRACELET, un film de procès troublant qui révèle Melissa Guers

Posté par Alexis Lebrun le 9 mars 2021
Nommé plusieurs fois aux César 2021, le troisième long-métrage de Stéphane Demoustier (2020) s’aventure sur le terrain du drame judiciaire, en adaptant avec succès le scénario d’un film argentin. Soutenu par un casting de choix, LA FILLE AU BRACELET permet surtout à la jeune actrice Melissa Guers de briller dans un rôle d’accusée difficile à percer à jour.
Fossé générationnel

LA FILLE AU BRACELET n’est pas un film judiciaire tout à fait comme les autres. Certes, il s’articule autour du procès d’une jeune fille (Lise) sous bracelet électronique car accusée du meurtre de sa meilleure amie. Mais le mystère qui entoure le drame reste entier. Chaque spectateur est invité comme les jurés à se forger sa propre opinion sur la culpabilité de Lise, en observant les débats comme s’il se trouvait dans la salle d’audience. À l’évidence, Stéphane Demoustier a fait de solides recherches sur le fonctionnement d’un procès d’assises avant de tourner : la reconstitution et les dialogues des différents acteurs sonnent parfaitement justes et sont surtout très prenants. Un bon point qui doit aussi beaucoup au personnage de Lise, une accusée dont la personnalité est très difficile à cerner.

Libérée sexuellement, ses mœurs sont au cœur du procès, qui met bien en évidence le « deux poids, deux mesures » auxquels sont soumis les garçons et les filles en matière de relations intimes, et ce dès l’adolescence. LA FILLE AU BRACELET double par la même occasion son mystère judiciaire d’une réflexion sur le fossé énorme qui sépare Lise et la génération de ses parents, dans le rapport au corps, au sexe et aux réseaux sociaux notamment. Le film est d’ailleurs raconté du point de vue des parents de l’accusée, qui soutiennent leur fille mais découvrent aussi son intimité de façon très brutale. Si le procès au cœur de l'intrigue se déplace aussi sur le terrain de la morale, c’est parce que les éléments matériels qui incriminent Lise sont contestables : elle se trouve dans la zone grise où le doute n’est pas seulement possible, mais très difficile à évacuer. Ce que vient renforcer la toute dernière scène du film, que chacun est libre d'interpréter à sa manière.

La révélation Melissa Guers

Pour tenir le rôle principal de LA FILLE AU BRACELET, Stéphane Demoustier recherchait une jeune fille dont ce serait le premier rôle. Au vu de la prestation de Melissa Guers dans le film, on peut affirmer sans aucun risque que ce ne sera pas le dernier. Cette ancienne gymnaste a répondu à l’annonce de casting postée sur Facebook, et on comprend pourquoi elle s’est tout de suite imposée. Par sa maîtrise des silences et sa répartie économe en mots, elle donne au personnage de l’accusée une intensité et une ambiguïté qui la rendent extrêmement crédible. Elle est l’une des favorites pour l’obtention du César 2021 du meilleur espoir féminin, une cérémonie qui sera d’ailleurs présidée par Roschdy Zem, qui joue le père de l’accusée dans LA FILLE AU BRACELET.

Après son César du meilleur acteur reçu il y a un an pour ROUBAIX, UNE LUMIÈRE (Arnaud Desplechin, 2019), le franco-marocain revient à un genre qu’il connaît bien, puisque son deuxième film en tant que réalisateur (OMAR M’A TUER, sorti en 2011) revenait sur la célèbre affaire judiciaire Omar Raddad. Dans le long-métrage de Stéphane Demoustier, il est accompagné de Chiara Mastroianni dans le rôle de la mère de l’accusée, qui livre notamment un monologue puissant lors du procès. Anaïs Demoustier incarne elle une avocate générale qui compense son inexpérience par un zèle excessif, et Annie Mercier met toute son expérience du théâtre au service de son rôle d’avocate de la défense, où elle est d’une justesse tout à fait remarquable.

Un scénario bien adapté

L’autre point fort de LA FILLE AU BRACELET, c’est incontestablement son scénario. Adapté de celui du film argentin ACUSADA (Gonzalo Tobal, 2018), il a déjà été primé à la cérémonie des Lumières 2021, et il est également en lice pour le César 2021 de la meilleure adaptation. Dans le long-métrage argentin, le point de vue était différent, puisque le personnage incarné par l’actrice Lali Espósito était embourbé dans une affaire suivie par un pays tout entier, ce qui la soumettait à la pression populaire qui va avec dans ce genre d’affaire.

LA FILLE AU BRACELET adopte une approche nettement plus intimiste – et sobre dans la réalisation – en faisant le choix de se concentrer sur les rapports entre Lise et son père. Après TERRE BATTUE (2014) et ALLONS ENFANTS (2018), Stéphane Demoustier réalise en tout cas incontestablement son meilleur film à ce jour, et contribue à la bonne santé du film de procès à la française, genre marqué récemment par les réussites UNE INTIME CONVICTION (Antoine Raimbault, 2019) et L’HERMINE (Christian Vincent, 2015). Car au cinéma comme ailleurs, les faits divers font toujours recette.

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