Le premier gros choc de Cannes 2025 n’est pas en Compétition
Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique, "L'Intérêt d'Adam", le nouveau film de Laura Wandel secoue les festivaliers de Cannes 2025 avec un huis clos hospitalier tout en tension, porté par une Léa Drucker magistrale.
Une immersion suffocante au cœur de l'hôpital
Il n’est pas en Compétition, et pourtant c’est bien "L’Intérêt d’Adam" qui a provoqué les premiers frissons du Festival de Cannes 2025. Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique, le deuxième long-métrage de la cinéaste belge Laura Wandel confirme un talent déjà repéré avec "Un monde" en 2021. Cette fois, elle troque les cours d’école pour les couloirs d’un hôpital, mais garde intacte sa capacité à nous immerger corps et âme dans un univers en tension permanente.
Le film suit Lucy, infirmière en chef d’un service pédiatrique débordé, incarnée avec une intensité saisissante par Léa Drucker. La caméra la suit au plus près, dans une mise en scène nerveuse et organique qui épouse chaque battement de son quotidien. Tout se passe sur une seule nuit. Un petit garçon de quatre ans, Adam, hospitalisé pour malnutrition sévère, est accompagné par sa mère, incarnée par Anamaria Vartolomei. Une mère aimante, mais perdue, dont les choix alimentaires mettent son fils en danger.
Ce qui se joue là n’est pas qu’un simple cas médical : c’est un véritable champ de bataille émotionnel, juridique, éthique. Lucy doit jongler entre les urgences médicales, les décisions de justice, les incompréhensions familiales, et sa propre résistance physique et mentale.

Un thriller social sec et nerveux
"L’Intérêt d’Adam" avance à un rythme haletant, sans musique ni respiration, comme une longue apnée. Le découpage, resserré sur une unité de temps, renforce la sensation d’urgence. En à peine 1h18, Laura Wandel construit un suspense sourd autour d’un dilemme impossible : comment aider une mère qui met en péril son enfant en croyant bien faire ? Comment intervenir sans brutaliser ? Et comment rester debout, quand tout s’effondre autour ?
Difficile de ne pas penser à la série Hippocrate, tant le film partage avec elle ce regard clinique et tendu sur l’hôpital public, ce quotidien où les protocoles vacillent face à la réalité humaine. Mais là où la série déploie un chœur collectif, Wandel reste collée à sa protagoniste, comme pour mieux nous faire ressentir le poids de chaque décision.
Léa Drucker livre une performance d’une grande précision, tour à tour ferme, compatissante, épuisée. Le film trouve une grande partie de sa force dans ce regard féminin posé sur une réalité hospitalière souvent brutale, où les décisions se prennent dans l’urgence, et où les femmes — infirmières, mères, aides-soignantes — absorbent tout sans jamais plier.
Laura Wandel signe ici un film d’une redoutable efficacité formelle, mais aussi d’une grande finesse dans l’écriture. Sans jamais sombrer dans le pathos ni l’explication, elle dessine trois figures bouleversantes : l’infirmière, la mère et l’enfant. Trois solitudes qui cherchent à survivre, à comprendre, à aimer, dans un monde déshumanisé.
S’il ne figure pas dans la course à la Palme d’or, "L’Intérêt d’Adam" s’impose d’ores et déjà comme l’un des grands moments de cette édition 2025. Sa sortie en salles est prévue pour le 1er octobre, et l’on parie que le choc ne s’arrêtera pas à la Croisette.



