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LES RAYONS ET LES OMBRES : l’histoire vraie derrière le film

Après sa sortie au cinéma au printemps dernier, LES RAYONS ET LES OMBRES arrive sur CANAL+ ce mardi 27 octobre. Dans cette fresque historique de Xavier Giannoli, Jean Dujardin incarne Jean Luchaire, patron de presse devenu l’une des figures de la collaboration. Un personnage bien réel, tout comme sa fille Corinne, dont le destin raconte l’une des pages les plus troubles de l’Occupation.

Qui étaient vraiment Jean et Corinne Luchaire ?

LES RAYONS ET LES OMBRES est largement inspiré d’une histoire vraie. Jean Luchaire (Jean Dujardin) et sa fille Corinne (Nastya Golubeva) ont réellement existé, et leurs trajectoires sont étroitement liées à l’Occupation.

Né en 1901, Jean Luchaire est journaliste et homme de presse. Dans les années 1930, il évolue dans les milieux de gauche radicale et défend avant tout le rapprochement entre la France et l’Allemagne, convaincu que celui-ci permettra d’éviter une nouvelle guerre.

C’est à cette époque qu’il se rapproche d’Otto Abetz (August Diehl), futur ambassadeur du IIIᵉ Reich à Paris. Après la défaite française de 1940, cette relation devient déterminante. Luchaire fonde le quotidien LES NOUVEAUX TEMPS, financé par l’occupant allemand, et prend une place de plus en plus importante dans la presse collaborationniste.

Sa fille Corinne connaît alors une trajectoire très différente. Actrice précoce, elle devient à la fin des années 1930 l’un des grands espoirs du cinéma français grâce notamment à PRISON SANS BARREAUX. Mais sa proximité avec les cercles fréquentés par son père et par les responsables allemands va profondément marquer son image.

Que sont devenus Jean et Corinne Luchaire après la guerre ?

À mesure que la défaite allemande devient inévitable, la situation des Luchaire se referme sur eux.

Après la Libération de Paris, Jean et Corinne suivent une partie des collaborateurs français jusqu’à Sigmaringen, en Allemagne, où le régime de Vichy termine son existence dans une atmosphère de déroute. Ils gagnent ensuite l’Italie avant d’être arrêtés.

Jean Luchaire est ramené en France et jugé pour intelligence avec l’ennemi. Son rôle à la tête de la presse collaborationniste pèse lourd dans son procès. Condamné à mort, il est fusillé au fort de Châtillon le 22 février 1946, à 44 ans.

Le destin de Corinne est différent mais tout aussi sombre. Elle est condamnée à dix ans d’indignité nationale pour son attitude pendant l’Occupation. Déjà très malade avant la guerre, elle souffre depuis plusieurs années de tuberculose.

Après la mort de son père, elle publie en 1949 un livre de souvenirs intitulé MA DRÔLE DE VIE, dans lequel elle revient sur son parcours, sa carrière et ses années pendant l’Occupation. Le magnétophone que l’on voit dans le film relève en revanche de la fiction. Le réalisateur Xavier Giannoli a imaginé ce dispositif pour faire de la jeune femme la narratrice de son film et raconter toute l’histoire à travers son regard.

Elle meurt quelques mois plus tard, en janvier 1950, à seulement 28 ans.

Jean Luchaire était-il vraiment malade ?

Oui. La maladie qui affaiblit Jean Luchaire dans le film n’a pas été inventée pour les besoins du scénario puisqu'il souffrait réellement de tuberculose.

Un élément important de son parcours, d’autant plus que sa fille Corinne était elle aussi atteinte de cette maladie depuis sa jeunesse. Elle avait dû interrompre à plusieurs reprises sa carrière pour effectuer de longs séjours en sanatorium.

Dans le cas de Jean Luchaire, certains historiens ont même rapproché cette maladie de son rapport très particulier au temps et au danger. Le journaliste vivait avec la perspective d’une santé fragile et d’une mort potentiellement précoce, au moment même où il s’engageait de plus en plus loin dans la collaboration.

Jean Dujardin a également expliqué s’être beaucoup appuyé sur cet aspect pour construire son personnage. La tuberculose lui permettait notamment de comprendre physiquement Luchaire, son essoufflement, sa fragilité et cette impression d’un homme qui continue d’avancer alors que tout autour de lui commence à s’effondrer.