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LOVE ON TRIAL : Pourquoi les idoles japonaises ont-elles interdiction de tomber amoureuses ?

Et si le simple fait de tomber amoureuse pouvait vous conduire devant un tribunal ? C’est le point de départ de LOVE ON TRIAL, film du prodige japonais Kōji Fukada, présenté à Cannes en 2025 et inspiré de véritables batailles juridiques. Car, au Japon, au sein de l’industrie des « idoles », aimer quelqu’un peut vous coûter votre carrière. Mais pourquoi ces artistes doivent-elles renoncer à leur vie sentimentale ?

Incroyable mais vrai

Dans LOVE ON TRIAL, Mai Yamaoka est une jeune « idole » de la J-pop (ou « Japan pop ») dont la carrière s’apprête à décoller. Mais alors qu’elle est censée préserver une image de pureté irréprochable auprès de ses fans, la jeune femme tombe amoureuse de Kei Mayama, un ami d’enfance. Lorsque leur relation est révélée au grand jour, l’agence qui emploie Mai et gère sa carrière décide de l’attaquer en justice pour violation de son contrat. Une histoire qui pourrait sembler invraisemblable si elle ne trouvait pas son origine dans des affaires bien réelles.

Le réalisateur japonais Kōji Fukada – à qui l’on doit notamment HARMONIUM (2016), SUIS-MOI, JE TE FUIS et FUIS-MOI, JE TE SUIS (2020) ou encore le déchirant LOVE LIFE (2022) – s’est en effet inspiré de procédures judiciaires engagées contre de jeunes artistes au Japon sur la dernière décennie. En 2015, plusieurs agences ont en effet réclamé des dommages et intérêts à des « idoles » ayant entretenu des relations amoureuses malgré les clauses de leurs contrats. Dans un entretien accordé au magazine Trois Couleurs, le cinéaste revient sur le moment où il a pris connaissance de ces affaires : « Je me souviens avoir été très surpris et assez gêné d’entendre qu’une telle chose était possible ». Une réaction qui a nourri son envie de raconter cette histoire à l’écran.

Mais pourquoi interdire à une chanteuse de tomber amoureuse ? Au Japon, les « idoles » ne sont pas tout à fait des artistes comme les autres. Ces jeunes chanteuses, souvent intégrées à des groupes, construisent leur carrière autour de leur talent, de leur personnalité et d’une relation très particulière avec leur public. Une partie de leur succès repose sur l’impression de proximité qu’elles entretiennent avec leurs fans, parfois jusqu’à donner l’illusion d’une disponibilité sentimentale. Une relation amoureuse publique peut ainsi – et à tort – être perçue comme une trahison par certains admirateurs, voire comme une menace commerciale par les agences. Les clauses dites de « non-relation » visent à préserver cette image, même si elles ne constituent pas une règle universelle applicable à toutes les « idoles » japonaises.

Kyoko Saito, l’ancienne « idole » devenue actrice

Pour incarner Mai, Kōji Fukada a choisi Kyoko Saito, qui connaît particulièrement bien cet univers. Avant de se consacrer à sa carrière d’actrice, celle-ci a en effet été membre du groupe japonais Hinatazaka46, qu’elle a quitté en 2024. Un parcours qui donne une résonance particulière à son personnage, même si la comédienne ne prétend pas avoir vécu elle-même les événements racontés dans le film. Dans une interview accordée au média K World, elle explique que cette expérience lui a été précieuse : « Sans ça, je n’aurais sans doute jamais reçu ce projet. » À ses côtés, on retrouve Yuki Kura, également connu pour son rôle dans la série Shōgun, Erika Karata, qui avait déjà foulé la Croisette avec ASAKO I & II de Ryusuke Hamaguchi, présenté en compétition en 2018, ainsi que Kenjiro Tsuda, figure bien connue au Japon pour ses nombreux rôles au cinéma, à la télévision et dans le doublage.

Derrière cette histoire d’amour contrariée, Kōji Fukada entend surtout interroger les libertés individuelles et les rapports de pouvoir au sein de l’industrie du divertissement. Dans Trois Couleurs, il décrit une société marquée par une forte domination masculine, où les restrictions imposées aux artistes peuvent être considérées comme normales. Avec LOVE ON TRIAL, il ne s’agit donc pas seulement de savoir si Mai et Kei réussiront à défendre leur relation devant la justice, mais aussi de poser une question plus universelle : jusqu’où une industrie peut-elle contrôler la vie privée de celles et ceux dont elle commercialise l’image ?