MA FRÈRE : pourquoi y a-t-il une faute dans le titre ?
Acclamé lors de sa présentation à Cannes en mai dernier, MA FRÈRE, le nouveau film des réalisatrices Lise Akoka et Romane Guéret (LES PIRES) sort ce mercredi. Mais que se cache-t-il derrière ce titre un brin étrange ?
MA FRÈRE : un été pour grandir
MA FRÈRE, le second long métrage en duo de Lise Akoka et Romane Guéret, dont on avait découvert le travail avec le remarquable LES PIRES en 2022, suit Shaï et Djeneba, deux amies d’enfance aujourd’hui âgées d’une vingtaine d’années. Originaires d’un quartier populaire de Paris, elles décident, un été, de quitter les tours de la Place des Fêtes pour devenir animatrices dans une colonie de vacances organisée dans la Drôme. Elles se retrouvent à guider une bande d’enfants à la fois insouciants et pleins de questions sur la vie.
Loin d’être une simple comédie estivale, MA FRÈRE aborde, sous couvert de scènes de vacances « légères », des thèmes comme le racisme, les rapports familiaux, l’identité ou encore la lutte des classes, dans une alternance subtile entre humour et gravité. Le tout porté par l’énergie contagieuse des jeunes interprètes – Fanta Kebe et Shirel Nataf, en tête – et par des dialogues vifs et sincères.
Un titre qui questionne
Si la formule « Ma frère », que reprend le titre, provoque forcément une interrogation à la lecture, le choix est bien délibéré et reflète un usage populaire et contemporain de la langue par ces jeunes filles. Habituées à employer « Mon frère » indépendamment du genre de la personne à laquelle elles s’adressent, elles transforment ce terme affectueux en le féminisant. Cette tournure traduit aussi la manière dont Shaï et Djeneba se perçoivent et la nature de leur lien : elles ne sont pas simplement des amies, mais entretiennent une relation sorore, solidaire et complice.
En interview, les réalisatrices ont déclaré :
« C’est un clin d’œil à « Frère » qui s’emploie par beaucoup – nous comprises – pour désigner autant les garçons que les filles, comme un stigmate langagier du patriarcat toujours dominant. Nous avons tordu le cou à cette dénomination en en changeant le genre, comme nous l’avons déjà entendu prononcer par ailleurs par Fanta, Shirel, et certains enfants. Nous apprécions cette prise de pouvoir que s’autorisent nos deux héroïnes en féminisant cette expression. »
Avec une attention constante portée à l’authenticité des dialogues et à la représentation des jeunes issus de milieux populaires, MA FRÈRE confirme le talent Lise Akoka et Romane Guéret à observer et retranscrire un segment de la jeunesse tout en nuances et émotions. Le film se fait une chronique sensible du passage à l’âge adulte, qui interroge la liberté qu’on y trouve comme les responsabilités qu’on doit y assumer.
