Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

MADRE, un drame bouleversant sur la disparition d'un fils

Posté par Cinéma Canal le 9 avril 2021
Le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen a décidé de prolonger au cinéma son court-métrage nommé aux Oscars en 2019, MADRE. Pari réussi, puisqu’il s’agit de l’un des films les plus singuliers et émouvants sortis dans les salles l’an dernier.
Plan-séquence à couper le souffle

MADRE (2020) commence avec une longue scène d’introduction assez irrespirable : un long plan-séquence d’une quinzaine de minutes filmé dans un appartement, dans lequel une mère de famille espagnole (Elena) a son fils de 6 ans au bout du fil pour la dernière fois. Et pour cause : le pauvre enfant ne retrouve plus son père sur une plage du littoral atlantique français, et la seule rencontre qu’il fait est mauvaise. Cette scène à couper le souffle et à briser le cœur, c’est en fait le court-métrage MADRE sorti en 2017, et qui sert de point de départ au film de plus de deux heures de Rodrigo Sorogoyen. Après une ellipse de dix ans, ce dernier reprend sur une plage des Landes, où Elena travaille désormais comme responsable d’un restaurant touristique. La mère dont l’enfant a disparu semble survivre comme une sorte de fantôme errant en bord de mer, mais sa rencontre sur place avec un ado qui pourrait être son fils (Jean) change radicalement son quotidien et ses perspectives.

Autant prévenir tout de suite, MADRE fait un choix très audacieux : celui de commencer comme un thriller, avant d’abandonner complètement la résolution de l’intrigue pour privilégier la relation naissante étrange entre Elena (Marta Nieto, excellente) et Jean (Jules Porier, un nouveau talent). On ne sait pas ce qui est arrivé à son fils, son père apparaît tout juste dans une scène sans vocation explicative, et on n’a aucune idée non plus des étapes par lesquelles Elena est passée pour en arriver à cette situation où des gens du coin la qualifient de « folle ». Vous l’avez compris, MADRE est un film intimiste qui défie les conventions et les genres, et qui préfère s’appuyer sur le pouvoir suggestif d’une réalisation qui regorge de beaux plans lumineux des personnages face à l’océan Atlantique, filmé en grand angle.

La grande liberté de Rodrigo Sorogoyen

Après ses débuts en tant que réalisateur d’épisodes de séries à la fin des années 2000, le cinéaste espagnol s’est rapidement imposé comme une des figures montantes du renouveau du cinéma ibérique. Après les coups d’essai 8 CITAS (2008) et STOCKHOLM (2013), sa carrière décolle véritablement avec le thriller QUE DIOS NOS PERDONE (2016), qui remporte le prix du meilleur scénario au festival international du film de Saint-Sébastien, avec son histoire tirée au cordeau qui mêle la traque d’un tueur en série avec l’arrivée en 2011 du mouvement des Indignés à Madrid, au cœur de la crise économique. Sorogoyen en remet une couche deux ans plus tard avec un nouveau thriller – politique cette fois –, EL REINO (2018).

Primé à pas moins de sept reprises aux Goya (la version espagnole des César), le film s’attaque à la corruption qui gangrène la vie politique de l’autre côté des Pyrénées depuis des années maintenant, via le parcours d’un personnage d’homme politique fictif. Entre ces deux productions très appréciées du public et de la critique, Sorogoyen a bien sûr trouvé le temps de sortir son court-métrage MADRE, nommé aux Oscars en 2019. Et l’an dernier, il a fait son retour à la télévision en s’attaquant à un autre sujet pour le moins explosif, avec sa série ANTIDISTURBIOS (POLAR+), qui plonge dans une affaire de violences policières au sein d’une unité anti-émeutes en Espagne. De quoi justifier sa réputation de réalisateur qui ne s’interdit aucun sujet, et qui met toujours sa liberté artistique au service d’œuvres risquées mais marquantes.

Quand les enfants disparaissent au cinéma

Si l’approche choisie par MADRE pour traiter son sujet est originale, son thème reste un grand classique du septième art. Dans GONE BABY GONE (2007), le premier long-métrage réalisé par Ben Affleck, une fillette de 4 ans disparaît mystérieusement à Boston, ce qui oblige deux détectives privés incarnés par Casey Affleck et Michelle Monaghan à enquêter sur ce drame dans les bas-fonds de la ville de la côte Est. Sorti à peu près au même moment, le remarquable L’ECHANGE (Clint Eastwood, 2008) met lui en scène Angelina Jolie dans un rôle de mère courage dans les années 1920 à Los Angeles, puisqu'elle réalise que son fils a été enlevé et remplacé par un autre petit garçon, et découvre une vaste affaire de corruption à l’échelle de la ville.

Enfin, plus récemment, Noomi Rapace a effrayé plus d’un spectateur dans ANGEL OF MINE (Kim Farrant, 2019), où elle incarne une mère persuadée que son bébé – considéré comme mort lors de l’incendie d’une maternité – a été volé par un couple, dont elle se rapproche progressivement avant que la situation ne dégénère en harcèlement pur et simple, aux frontières de la folie. Une dimension qui rapproche beaucoup ce film de MADRE, et on ne dira pas pourquoi pour ne pas vous le spoiler.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram