Il aura fallu attendre 7 ans pour découvrir la suite de ce film français choc
Sept ans, c'est le temps qu'il aura fallu attendre entre la fin du tournage de MEKTOUB MY LOVE : CANTO DUE et sa sortie en salles françaises. Rarement un film français aura-t-il connu un parcours aussi mouvementé. Troisième et dernier volet de la trilogie imaginée par Abdellatif Kechiche, le long métrage est resté invisible pendant près d'une décennie, alimentant toutes les spéculations avant de finalement sortir en décembre 2025. Retour sur l’histoire de ce film à découvrir sur CANAL+.
Une trilogie née d'une ambitieuse adaptation
Après LA VIE D’ADÈLE, Palme d'or à Cannes en 2013, Abdellatif Kechiche entreprend un projet d'une tout autre ampleur : adapter librement le roman La Blessure, la vraie de François Bégaudeau sous la forme d'une vaste fresque estivale en plusieurs parties. Le premier film, MEKTOUB MY LOVE : CANTO UNO, sort en 2017. On y suit Amin, jeune étudiant en cinéma revenu passer l'été à Sète au début des années 1990. Entre plages, soirées, premiers désirs amoureux et aspirations artistiques, Kechiche compose un récit contemplatif où les dialogues, les corps et le temps occupent une place centrale. Dans la foulée, le réalisateur tourne simultanément les deux chapitres suivants. En 2018, CANTO DUE est entièrement mis en boîte, laissant penser que la trilogie sera rapidement achevée.
Mais les projets du cinéaste vont pourtant être bouleversés l'année suivante. En 2019, Abdellatif Kechiche présente au Festival de Cannes MEKTOUB MY LOVE : INTERMEZZO, un montage de près de quatre heures. La projection provoque immédiatement de très vives réactions. Une longue séquence de boîte de nuit occupant une part importante du film divise profondément la critique, certains saluant une expérience sensorielle radicale tandis que d'autres dénoncent sa durée et sa représentation particulière du désir. Le film devient rapidement l'un des sujets brûlants de cette édition du Festival de Cannes. Les mois passent, puis les années, sans que le film ne sorte jamais en salles.
À cette réception critique particulièrement mouvementée s'ajoutent des difficultés financières importantes. La société de production du cinéaste connaît plusieurs problèmes économiques qui compliquent la finalisation de la trilogie. Les questions liées aux droits, au financement de la postproduction et à la distribution ralentissent considérablement le projet. Pendant plusieurs années, CANTO DUE demeure une sorte de film fantôme. Tourné mais invisible, il alimente régulièrement les rumeurs parmi les cinéphiles, certains allant jusqu'à douter de sa sortie future.
Un retour à Sète… et une nouvelle rencontre
Lorsque CANTO DUE (le troisième volet de la trilogie, donc, comme son titre ne l'indique pas forcément) arrive enfin sur les écrans, fin 2025, on y retrouve Amin, toujours campé par Shaïn Boumedine. De retour à Sète après ses études parisiennes, le jeune homme souhaite devenir réalisateur. Son scénario attire cette fois l'attention d'un producteur américain qui souhaite financer son premier film, à condition de confier le rôle principal à son épouse, Jess, incarnée par Jessica Pennington. Cette introduction « hollywoodienne » donne un nouvel allant à la trilogie. Entre ambitions artistiques, désirs, jalousies et rapports de pouvoir, le film poursuit l'exploration des thèmes chers à Kechiche : les élans amoureux, les longues conversations, la sensualité des corps et la frontière parfois floue entre réalité et mise en scène. Autour de Shaïn Boumedine, on retrouve plusieurs visages familiers de la saga, parmi lesquels Ophélie Bau, Hafsia Herzi et Salim Kechiouche.
Présenté en avant-première mondiale au Festival de Locarno, MEKTOUB MY LOVE : CANTO DUE marque enfin l'aboutissement d'un projet lancé près de dix ans plus tôt. La critique salue notamment l'arrivée de Jessica Pennington, soulignant la fraîcheur et l'humour qu'elle apporte au récit, et le fait que le film soit daté pour une sortie en salles permet enfin de refermer un chapitre devenu l'un des plus longs feuilletons de l'histoire récente du cinéma français. Au-delà de ses qualités ou des débats qu'il continue de susciter, MEKTOUB MY LOVE : CANTO DUE aura fait date par l'écart impressionnant écoulé entre le temps du tournage et le moment où le public a découvert le film sur grand écran.
