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NATURE PRÉDATRICE : le film Netflix est-il réaliste ? On fait le point

Disponible depuis ce vendredi 10 avril sur Netflix (avec CANAL+), le film NATURE PRÉDATRICE imagine des requins nageant dans une ville de Caroline du Sud inondée après le passage d’un ouragan de catégorie 5. Mais un tel phénomène pourrait-il se produire dans la réalité ? On fait le point.

NATURE PRÉDATRICE : le film Netflix est-il réaliste ?

Le film NATURE PRÉDATRICE pose ses bases sur un événement météo dantesque : un ouragan de catégorie 5 s'abattant sur la Caroline du Sud. Scientifiquement, c’est tout à fait probable. Dans l’histoire des États-Unis, plusieurs ouragans de cette catégorie ont déjà frappé cet État proche de la Floride, comme l’ouragan Hugo en 1989. 

Mais au-delà de la force du vent, c’est la question de l’inondation qui pose question. Pour qu’un requin bouledogue de trois mètres puisse patrouiller dans un salon, il lui faudrait une colonne d’eau stable d’au moins un mètre de profondeur. Dans la réalité, une marée de tempête, même record, ne transforme pas une ville en aquarium. L’eau qui s'engouffre dans les terres devient un torrent de boue turbulent et saturé de débris, un environnement dans lequel n’importe quel grand poisson finirait par s’échouer contre un muret ou s'étouffer dans une eau trop agitée.

Les marées de tempête record en Caroline du Sud (environ 6 mètres au maximum) se produisent à la côte et diminuent rapidement à l’intérieur des terres. Dans les quartiers situés à plusieurs kilomètres du littoral, l’eau stagnante serait plus proche de 0,5 mètre ou moins, insuffisante pour de grands requins.

L’autre grande liberté prise par Tommy Wirkola concerne le comportement social des squales. Le film nous dépeint des prédateurs opportunistes qui profitent du chaos pour chasser l'humain. La biologie marine nous raconte pourtant une histoire inverse. Grâce à leurs cellules sensorielles capables de détecter les variations de pression hydrostatique, les requins sentent l'ouragan arriver bien avant les premiers nuages.

Les études sont formelles : lors de l'ouragan Irma, la quasi-totalité des jeunes requins bouledogues ont quitté leurs zones de nurserie pour se réfugier au large, dans des eaux plus profondes et sécurisées, plusieurs heures avant l’impact.

Un requin blanc en ville ?

Quant à l'invité surprise, le Grand Requin Blanc, sa présence dans les rues de la ville fictive Annieville relève de la pure fantaisie. Ce géant des mers préfère les eaux tempérées et le grand large. En Caroline du Sud, les observations de grands blancs sont rares (de l’ordre de 10 à 20 individus par saison), ces derniers préférant rester à plus de 100 mètres de profondeur sur le plateau continental. L'idée qu'une femelle en gestation s'aventure dans un estuaire pour aller grignoter un requin bouledogue en plein centre-ville est visuellement jouissive, mais biologiquement improbable. 

Dans la nature, ces deux espèces ne se croisent quasiment jamais, leurs habitats étant aux antipodes l'un de l'autre. NATURE PRÉDATRICE est donc un excellent divertissement, mais si vous voyez de l'eau monter dans votre rue, vous avez statistiquement plus de chances de croiser une carpe égarée qu'un tueur des océans.