PROMIS LE CIEL : cette tragédie réelle qui a inspiré le film
Présenté à Un Certain Regard à Cannes en 2025, le bouleversant film d’Erige Sehiri raconte le destin de trois femmes subsahariennes installées à Tunis, dont le quotidien bascule lorsqu’elles recueillent une petite fille rescapée d’un naufrage. Un hommage à une petite fille bien réelle…
Un hommage poignant
Dans PROMIS LE CIEL, Marie (Aïssa Maïga), une pasteure ivoirienne et ancienne journaliste installée à Tunis, héberge Naney (Deborah Christelle Lobe Naney), une jeune mère qui tente de gagner sa vie pour subvenir aux besoins de sa fille restée en Côte d’Ivoire, et Jolie (Laetitia Ky), une étudiante déterminée à construire son avenir. Toutes trois vivent au même endroit et se serrent les coudes au creux d’une Tunisie où les tensions envers les populations subsahariennes se font de plus en plus fortes. Leur fragile équilibre vole en éclats lorsqu’elles recueillent Kenza, une petite fille de quatre ans qu’on a retrouvée après un naufrage en Méditerranée.
Si Kenza est un personnage de fiction, son existence est directement liée à une tragédie qui a profondément marqué Erige Sehiri, la réalisatrice de PROMIS LE CIEL. Elle s’est inspirée du destin d’une petite fille de cinq ans morte lors d’un naufrage en Méditerranée. Sa disparition a été un véritable électrochoc pour la cinéaste, qui a choisi de lui rendre hommage à travers un personnage nommé Kenza, dont le prénom signifie « trésor » en arabe. Erige Sehiri ne voulait toutefois surtout pas réduire son film à cette tragédie mais déplacer le regard porté sur les migrations africaines. « Trop souvent, elle sont uniquement racontées à travers le prisme du grand départ vers l’Europe », expliquait-elle à Cannes, rappelant que plus de 80 % des migrations ont lieu à l’intérieur du continent africain. Avec Marie, Naney et Jolie, la réalisatrice observe et raconte celles et ceux qui restent, travaillent, étudient, aiment et tentent de construire une vie ailleurs en Afrique.
Jamais loin du réel
Cette volonté de filmer au plus près de la réalité n’est pas chose nouvelle dans le cinéma de Erige Sehiri, que l'on avait découvert avec SOUS LES FIGUES en 2021. Avant PROMIS LE CIEL, la réalisatrice avait consacré un documentaire aux étudiants subsahariens en Tunisie en 2016. Elle explique avoir alors découvert les communautés qu’ils avaient constituées sur place, ce qui a nourri plusieurs années plus tard son scénario. « Le film s’écrit à mesure qu’il se tourne », confie Deborah Christelle Lobe Naney au sujet de la méthode de la cinéaste, particulièrement ouverte à l’improvisation et aux expériences de ses interprètes.
Et le réel s’est effectivement invité sur le plateau de PROMIS LE CIEL. Erige Sehiri raconte notamment qu’une bagarre entre des enfants congolais et tunisiens, survenue dans la rue pendant le tournage, a inspiré une scène qui a finalement été intégrée au film. Plus troublant encore, l’arrestation d’un pasteur s’est produite au moment même où l’équipe devait tourner une séquence similaire écrite dans le scénario. « La frontière entre réalité et fiction était constamment floue sur le tournage », raconte la réalisatrice.

Un casting à tomber
La porosité entre fiction et réel qui se joue autour de PROMIS LE CIEL se retrouve aussi au casting. En effet, pour incarner Marie, Erige Sehiri avait d’abord envisagé une véritable pasteure, avec laquelle elle a travaillé pendant un an. Mais la réalisatrice a finalement estimé qu’une professionnelle pourrait davantage laisser apparaître les failles du personnage. C’est ainsi qu’Aïssa Maïga a rejoint le projet. « C’est un rôle tout à fait inédit pour moi », expliquait l’actrice, séduite autant par le personnage de cette pasteure évangélique que par le travail d’immersion mené par la réalisatrice. Pour préparer son rôle, elle s’est notamment fait accompagner par une amie comédienne afin de travailler la gestuelle et la manière de prêcher.
Face à elle, PROMIS LE CIEL révèle surtout Deborah Christelle Lobe Naney, qui n’avait jamais joué au cinéma. Erige Sehiri l’avait rencontrée alors qu’elle cherchait à traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Son histoire personnelle a nourri le personnage de Naney, jeune mère séparée de son enfant. Une distribution qui a sans aucun doute participé au succès du film, récompensés par trois prix au Festival du film francophone d’Angoulême en 2025 : le Valois de la mise en scène pour Erige Sehiri, le Valois du scénario pour Erige Sehiri, Anna Ciennik et Malika Cécile Louati, ainsi que le Valois de l’actrice pour Deborah Christelle Lobe Naney.
