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Il y a 8 ans, Gilles Lellouche nous bouleversait dans ce film

Dans PUPILLE, Jeanne Herry s'intéresse aux premiers mois de la vie d'un bébé né sous X et au long parcours qui le mènera jusqu'à sa future mère adoptive. Au cœur de ce récit profondément sensible, Gilles Lellouche est bluffant et… surprend dans un rôle à mille lieues des personnages de flics ou de gros bras auxquels il est d’ordinaire plutôt rattaché.

Un rôle étonnamment tendre

Sorti en 2018, PUPILLE raconte l'histoire de Théo, remis à l'adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Après cet accouchement sous X, les services de l'Aide sociale à l'enfance prennent le relais. Pendant que différentes professionnelles d’un même corps de métier collaborent pour protéger le nouveau-né, une autre histoire se dessine : celle d'Alice, une femme de 41 ans qui se bat depuis dix ans pour devenir mère.

Le film suit ainsi, presque en temps réel, les différentes étapes qui conduiront à la rencontre entre Alice et Théo. Pour incarner les personnes qui vont croiser le parcours atypique du bébé, Jeanne Herry réunit un casting particulièrement prestigieux : Élodie Bouchez interprète Alice, Sandrine Kiberlain campe Karine, une éducatrice spécialisée, tandis que Gilles Lellouche prête ses traits à Jean, un assistant familial chargé d'accueillir temporairement des enfants en attente d'adoption. On croise aussi dans PUPILLE Miou-Miou (que l’on retrouvera dans le film suivant de Jeanne Herry, JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES), Olivia Côte, Clotilde Mollet, Leïla Muse, Jean-François Stévenin ou encore Bruno Podalydès.

Mais c'est peut-être Gilles Lellouche qui crée la plus grande surprise. À cette époque, l'acteur vient notamment de réaliser LE GRAND BAIN et reste très associé à des personnages masculins, rattachés à leurs attributs physiques et, parfois, à une certaine brutalité. Jeanne Herry a précisément avoir joué sur cette image. Pour Jean, elle cherchait « un homme un peu viril, qui a incarné une masculinité crâne au cinéma », expliquant que ce choix devait provoquer « un étonnement » chez le spectateur. Et le pari fonctionne. Jean est un homme solide, mais surtout profondément doux. Assistant familial expérimenté, il accueille Théo avec une attention presque instinctive, alors même qu'il traverse lui-même une période de doute et de fatigue face aux enfants qu'il prend habituellement en charge. Avec ce personnage, Lellouche laisse tomber la carapace pour révéler une facette beaucoup plus pudique et vulnérable de son jeu.

« Un bloc de tendresse et de délicatesse »

Ce rôle a d'ailleurs revêtu une résonance particulière pour l'acteur. Gilles Lellouche expliquait à l'époque de la sortie qu’il était désolé et apeuré qu’on puisse le considérer comme « un macho » ou même comme un « hétéro-beauf ». À l'inverse, il disait s'être glissé, grâce au personnage de Jean, « dans un bloc de tendresse et de délicatesse qui ne va pas sans angoisse, sans doute ». Un choix d'autant plus intéressant que Jeanne Herry s'était inspirée, pour écrire Jean, d'un véritable assistant familial exerçant en Bretagne. La réalisatrice voulait donc dépasser les clichés associés à cette profession et montrer un homme capable de conjuguer force physique, fragilité et instinct protecteur. Dans une interview consacrée plus tard à JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, elle revenait d'ailleurs sur ce qui l'intéressait déjà dans PUPILLE chez Lellouche : « comme c'est un être plutôt pudique, timide et tendre aussi, c'est intéressant d'aller lui demander de mobiliser ça ».

À sa sortie, PUPILLE séduit aussi par son regard sur les métiers de l'aide sociale à l'enfance, sans transformer ses personnages en simples figures héroïques. Le film connaît un joli succès en salles, avec plus de 840 000 entrées, et s'impose rapidement parmi les œuvres françaises remarquées de l'année. La reconnaissance est au rendez-vous aux César 2019 : PUPILLE décroche en effet sept nominations, notamment pour le meilleur film, la meilleure réalisation et le scénario original pour Jeanne Herry, mais aussi pour les performances de Gilles Lellouche, Élodie Bouchez et Sandrine Kiberlain. Élodie Bouchez remporte par ailleurs le prix de la meilleure actrice aux Lumières de la presse étrangère.