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Rats, violences et arme chargée : un tournage traumatisant pour ce film de guerre culte sorti il y a 47 ans

Disponible sur CANAL+, VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER (1979) a été tourné dans des conditions extrêmes et dangereuses. Pour tirer le meilleur de ses acteurs, le réalisateur Michael Cimino a repoussé des limites de sécurité.

VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER : Michael Cimino au sommet

La guerre du Vietnam a été une grande source d'inspiration pour le cinéma américain. Parmi les œuvres les plus marquantes sur le sujet se trouve VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER (The Deer Hunter), sorti sur les écrans français il y a 47 ans, et qui propulsa son réalisateur Michael Cimino au sommet de la gloire. Récompensé par cinq Oscars, le cinéaste a pu ensuite bénéficier d’une grande liberté financière pour réaliser LA PORTE DU PARADIS (1980), dont l’échec fut aussi retentissant que le succès de son film précédent.

VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER, suit un groupe d’amis ouvriers issus d’une petite ville industrielle de Pennsylvanie. Adoptant un style quasi-documentaire (il faut voir le documentaire MICHAEL CIMINO, UN MIRAGE AMERICAIN de Jean-Baptiste Thoret) , le réalisateur s’attarde longuement sur leur quotidien et met en scène une longue séquence de mariage devenue mythique. En prenant le temps de nous attacher à ces personnages, la plongée brutale dans la guerre n’en devient que plus terrifiante.

Au casting de ce drame, on retrouve Robert De Niro, Christopher Walken, Meryl Streep, John Savage et John Cazale. Ce dernier était atteint d’un cancer du poumon en phase terminale au moment du tournage.

Sa compagne à la ville, Meryl Streep, accepta d'ailleurs son rôle uniquement pour rester à ses côtés et l'accompagner jusqu'à ses derniers instants. John Cazale s'éteindra le 13 mars 1978 à l'âge de 42 ans, seulement quelques jours avant la fin du tournage.

John Savage attaqué par de vrais rats

Tout comme APOCALYPSE NOW (1979) de Francis Ford Coppola, le tournage de VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER s'est transformé en un véritable enfer logistique et physique pour l'équipe. Michael Cimino recherchait un réalisme si absolu qu'il n'a pas hésité à maltraiter ses comédiens. John Savage en a fait la douloureuse expérience lors de la séquence où les soldats sont faits prisonniers et enfermés dans des cages immergées dans une rivière boueuse.

En pleine prise, l’acteur avu que des rats s'étaient glissés dans sa cage et commençaient à grimper sur lui. Paniqué, il s’est mis à hurler : « Il y a des rats là-dedans ! ». Michael Cimino a refusé de couper la caméra et a conservé cette prise authentique de pure terreur dans le montage final.

Dans cette même optique de provoquer des réactions viscérales, le réalisateur a secrètement convaincu Christopher Walken de cracher au visage de Robert De Niro lors de la fameuse scène de la roulette russe. Choqué et furieux, De Niro a menacé de quitter définitivement le plateau avant de se raviser.

Robert De Niro a utilisé une arme chargée

Véritable manipulateur, Michael Cimino a donc orchestré un climat de paranoïa constant. Ainsi, pour la scène où les prisonniers se font brutaliser par leurs geôliers, le cinéaste a laissé les figurants donner de véritables gifles aux acteurs, sans trop retenir leurs coups. En ressort une prestation habitée de la part du duo De Niro / Walken, dont la rage et la colère semblent bien réelles.

Cependant, ces méthodes extrêmes n'étaient pas uniquement le fait du réalisateur. Robert De Niro s'est lui-même montré inconscient. Au moment de filmer la séquence où son personnage s’en prend à celui de John Cazale (dans une cabane, il lui plaque un revolver sur le front), De Niro a proposé qu'une balle soit insérée dans le barillet de l'arme pour pousser la tension à son paroxysme.

Michael Cimino n’a pas été difficile à convaincre. Plus surprenant, John Cazale a fini par accepter de tourner la scène, à condition de pouvoir vérifier avant chaque prise que la cartouche ne se trouvait pas dans la chambre alignée avec le canon. Suffisant pour le rassurer apparemment...